Jusqu'à une époque récente grant green a été scandaleusement sous estimé ( il n'est pas encore estimé à sa juste valeur mais ça s'arrange ). Je ne parle pas de la France où là c'était incroyable. Pensez que ce musicien n'a dans le dictionnaire du jazz droit qu' à 32 lignes ( trente deux vous avez bien lu ! ). Dans le même temps, et je ne parle pas de l'édition de 1988 mais de celle « revue et augmentée » de 1994, la chanteuse française Tamia, dont il faut bien dire qu'à part sa famille, et ce n'est pas faire insulte à sa mémoire, personne ne se souvient, a droit à 36 lignes.et bruno chevillon, contrebassiste français a droit à 49 lignes ...
Il faut dire que GG ( on va l'appeler comme ça maintenant OK ? ) avait tout contre lui, pour ne pas attirer l'attention des musicologues français ( forcément ) distingués. Autodidacte, dans le business de la musique depuis l'age de 13 ans, sorti du gospel, genre dans lequel il avait fait ses premières armes, inapte à faire des déclarations fumeuses sur la philosophie de la musique ou la musique de la philosophie (1), simplement capable de jouer de la guitare, ce qu'après tout on est naturellement en droit de demander à un guitariste. Je ne me souviens pas avoir lu un article sérieux et documenté sur lui dans une revue française ( mais je n'ai pas tout lu==> « la chair est triste hélas et j'ai lu tous les livres » un disque de grant green à gagner à qui me trouve l'auteur? Moi je crois que c'est mallarmé mais j'ai la flemme de vérifier )
Peu à peu, on se rend compte que GG ( et si je continuai à écrire gégé ? Trop familier peut être? Vous avez raison mais tant pis allons y pour GG. ) est un des guitaristes majeurs des années 60, situation qu'il partage avec wes montgomery de 10 ans son aîné toutefois.
Originaire de St louis , comme chuck berry curieusement,( quoique si on n'y réfléchit un peu c'est peut être pas aussi curieux que ça; il y a entre le style de chuck, toutes proportions gardées évidemment, et celui de GG des coïncidences) il y est resté assez longtemps puisqu'il n'a intégré new york qu'en 1960 , à 29 ans. Enfin c'est ce qu'on dit dans les notices officielles. Je fais modestement observer que son tout premier enregistrement, certes en sideman, a été réalisé en 1959 à new york, dans l'orchestre de jimmy forrest ( où il cotoie le jeune elvin jones ) . Ce disque, que je possède sous le nom de jimmy forrest, vient d'être réédité récemment sous le nom de grant green:

la gloire de GG y gagne ce que la déontologie discographique y perdra.
La première apparition nous fait entendre un GG très sur de lui et très proche du syle qui sera constamment le sien pendant les quelques années qui viennent et qui vont être les plus productives.
En fait la grande chance de notre homme c'est d'avoir rencontré lou donaldson, qui a tout de suite compris à qui il avait à faire et qui l'a illico présenté à alfred lion de la firme blue note.
En trois ans de 1961 à 1964, comme leader ou comme sideman, GG enregistrera pour blue note plus de séances qu'aucun autre musicien avant ( ou après ) lui Je vous ai déjà raconté l'histoire mais on dit qu'il couchait dans le studio pour passer de la séance de l'après midi à celle du lendemain matin.
Cette situation a plusieurs explications. La première est naturellement artistique. Lion avait compris la valeur de ce musicien, sa disponibilité à s'intégrer à toutes les formations possibles en apportant une touche bluesy/churchy qui était dans l'air à l'époque. mais les séances c'est comme la valse il faut être deux. De son côté GG avait,de façon chronique, besoin d'argent. Disons le tout net son besoin d'argent n'était pas du à l'entretien d'une vieille mère malade ou à une euvre caritative mais bel et bien au fait que GG était un camé grave à l'héro .
Revenons à la musique. Comme leader, pendant cette période il ne va graver pratiquement que des chefs d'oeuvre. En 1961 plusieurs disques. Le premier « grant first stand » avec l'organiste baby face willette.

Puis plus classiquement et plus be bop, avec un pianiste, et quel pianiste, kenny drew « sunday morning :

toujours la même année, ( enfin partie en décembre et partie en mars de 1962 ) un disque très important « born to be blue » puisqu'il rencontre sur ce disque deux musiciens qui vont compter pour lui : sonny clark ( hé j'en ai déjà parlé je n'y reviens pas ) qui va être le « house pianist » de blue note comme grant green va être le « house guitarist ». et puis le sax ténor Ike quebec. Ike quebec est d'une autre génération que clark ou green, il a presque 20 ans de plus qu'eux et son style dérive des ténors hawkinso- chuberryens mais, protégé de blue note, il en sera le AR Man, disons le directeur de production, s'intégrant à l'occasion aux formations et réalisant sous son nom quelques ( excellents ) disques bien sur avec les zèbres de la bande blue note.

Encore en 61 « green street » où il expérimente la formule trio

( guitare/basse/dms) où il excellera.il reproduira cette formule dans le très bon album « standards » la même année .
Enfin en aout 61 « grandstand » avec jack mc duff à l'orgue et yusef lateef au sax ( j'aime moins ce disque , pourquoi? Mystère )
En 62 avec « feeling the spirit » il revient aux sources de son enfance, le gospel.

Toujours en 62, car c'est la mode, il sacrifie au cha cha cha avec « the latin bit » et les cogneurs de congas habituels willie bobo et potato valdes. disque remarquable puisque GG joue effectivement « latinement » les thèmes et, dès l'exposé terminé, revient illico à sa manière habituelle bop/blues.

Toujours cette année 62, avec sonny clark seront enregistrés des quartets dont la musique , magnifique, ne sera éditée qu'après leur disparition.
Enfin, en 1963 son chef d'oeuvre, de mon point de vue « idle moment »

joe henderson et bobby hutcherson sont dans le coup.duke pearson devenu producteur à la place d'ike quebec tient le piano et a écrit les arrangements. Sur des thèmes de duke pearson ( l'éponyme et nomad ) de GG ( jean de fleur) + le django de john lewis, GG s'élève au dessus de sa manière habituelle, qui n'est déjà pas rien, pour délivrer une musique vibrante, tendue, lyrique; moment de grâce qu'il ne retrouvera plus complètement par la suite.
En 1964, il enregistre « matador » avec quasiment la rythmique de john coltrane, dont il reprend my favorite thing. Je ne suis pas complètement convaincu non plus par ce disque...

la même année « talkin about JC » avec larry young et elvin. On sent que ça ne colle plus tout à fait et que le gamin de st louis élevé au biberon du boogie woogie et du gospel puis du be bop se fait violence pour intégrer une musique « avancée » qui ne lui correspond fondamentalement pas.

En 1965, il quitte blue note pour verve où il enregistrera ça, plus dans sa manière au fond que le « pré ou péri-free » qui régnait chez blue note à l'époque ( attention c'était vachement bien jackie mac lean, grachan monchur ou eric dolphy mais c'était pas le truc de GG me semble t il ).

de 1965 à 1968 ses problèmes liés à la drogue vont le tenir quasiment éloignés des studios. Revenu en meilleure forme et l'âge aidant, il a songé un peu plus à sa carrière et donc à construire une image musicale plus vendeuse. Son aptitude au blues et l'air du temps ( james brown, peace and love et tamla motown ) l'ont amené à se produire dans de nouvelles conditions , plus rythm and blues que be bop.C'est peut être le lot des guitaristes très doués de finir dans un certain commercialisme ( voir wes ou george benson ) tout le monde ne peut pas avoir la chance comme charlie christian de mourir à 26 ans!
Les disques de cette époque , comme le » live at lighthouse » de 1972 sont agréables mais on est loin du charme des années blue note dont il a été un artiste phare et exemplaire. Il disparaîtra en 1978.

directement dérivé de la musique populaire noire de son enfance, fécondé par la découverte de charlie christian , le style de GG est unique mais pas seulement pour ça; beaucoup de guitaristes de sa génération sont dans ce cas . GG a quelque chose de plus : un lyrisme contenu ,une vibration spéciale et électrique, quelque chose comme le grand père be bop de jimmy hendricx qui aurait écouté django.
Comme sideman chez blue note il a accompagné tout le monde . Pour mesurer l'intérèt de sa présence il suffit d'écouter le « work out » de hank mobley en 1961 où figure grant green et le « another workout » de la même année, avec exactement les mêmes musiciens mais sans GG. Lumineux!


Il serait trop long d'énumérer les dizaines et dizaines de disques où il joue . J'aime bien ces deux là


dernière chose, si vous en avez la possibilité, écoutez à la suite le « round midnight » de GG en 1961 ( album green street) puis celui de wes montgomery en 1959 ( album a dynamic new sound avec melvin rhyne à l'orgue ) . vous constaterez la différence radicale d'esthétique des deux musiciens. Doublement de tempo, sonorité tendue et acide de GG. Tempo « à jeter l'ancre » , rondeur du son,climat sombre pour wes .
(1)vous avez vu comment,subtilement je sors ma culture marxiste revisitée ( mais si rappelez vous « misère de la philosophie,philosophie de la misère » réponse de marx à proud'hon. Vous vous en fichez ? C'est vous qui avez raison )
ah zut il faut avancer les montres cette nuit ? J'arrête tout et je vais me coucher...
4 commentaires:
Ah et bien je suis content ! Je le connais pas trop justement Grant Green, sinon comme sideman sur beaucoup de disques. Et comme je te confirme que c'est bien Mallarmé et "Brise Marine", j'ai donc gagné de haute lutte un disque de GG !
Euh... Je peux choisir "Idle Moments" ?
Sinon Gaston, ce bon Carlos Valdez, c'est Patato et non pas Potato... Il est cubain, et il parle espagnol...
regarde sur le blog j'ai numérisé la pochette de latin bit. il semble bien que ce soit potato.
si tu me communiques une adresse e mail je t'envoie idle moment
bon dimanche
GASTON, C'EST BIEN PATATO VALDEZ... SANS LE MOINDRE DOUTE ! IL NE FAUT SE FIER NI AUX CRITIQUES NI AUX POCHETTES DE DISQUES NI.. A PERSONNE. IL FAUT VE-RI-FIER. LE POINT VA A CHRISTIAN ! DANIEL
Voilà voilà : chdup31@free.fr.
Je peux même te proposer un échange contre un disque de Patato Valdez ! :)
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