mercredi 28 mars 2007

leon(e) thomas story


mais non je ne vous ai pas abandonnés mais certaines nécessités contingentes m'ont tenu éloigné du blog. Mais Gaston is back !

Tout d'abord, avant que j'oublie et bien que je ne sois pas stipendié par les éditeurs de disques ( je le regrette d'ailleurs ) je vous signale que, dès début avril, vous pourrez trouver dans les bacs de vos disquaires préférés ( à « prix doux » dit la pub, ce qui n'est pas pour me déplaire ) une série de rééditions PRESTIGE ( the RVG remasters series ) très intéressantes. Il est vraisemblable que vous possédiez déjà certains de ses disques et vous n'allez pas vous fendre d'une dépense fut elle à « prix doux ». ça doit être le cas des rollins, coltrane ou jackie mc lean. Par contre, si, vous ne les avez pas, achetez absolument le BLACK TALK de charles earland et le don't go to strangers d' etta jones ( déjà parlé ici ). également le très bon « eastern sounds » de yusef lateef avec barry harris, un de mes préférés du yusef. Vu ça dans la revue jazzman que je viens d'acheter, revue de plus en plus inconsistante soit dit en passant . A part une interview de freddie redd ( que je croyais mort, je m'en excuse auprès de lui ) on voit bien que le jazz a été inventé par les européens ( français habitant le marais spécialement )... bon il en faut pour tous les goûts.

Comme vous l'avez compris, fidèles lecteurs, ce blog n'a aucune prétention sauf celle de me faire plaisir et, collatéralement, de faire éventuellement partager mon goût pour quelques musiciens que j'aime particulièrement, évidemment pas trop connus car vous n'avez pas besoin de moi pour duke ellington, charlie parker, lester young ni john coltrane.

c'est pourquoi aujourd'hui j'aimerais bien que vous intéressiez un peu plus que vous ne l'avez fait jusque là à un formidable chanteur : leon thomas ( ou leone thomas comme il se fit appeler à partir de 1974, je ne pense pas que cela avait de rapport avec un changement d'identité sexuelle, vous voyez le mal partout !).

je ne vais pas vous raconter sa vie mais, enfance classique (parents chantant à l'église et amateurs de blues ), né en 1937 à east st louis où il côtoiera grant green ( le monde est vraiment tout petit ). New yorkais à partir de 1958, il a enregistré cette année là son premier disque pour RCA, disque qui n'a pas été édité à l'époque- mais réédité depuis – ensuite une carrière en plusieurs temps:

Tout d'abord il remplace joe williams chez count basie. Il existait, il y a encore peu, sur youtube une video où on le voyait chanter avec l'orchestre du count.


Malheureusement il semble qu'elle ait disparu. Dommage car, à ma connaissance ( mais je ne connais pas tout et j'ai vraiment la flemme d'aller compulser l'énorme discographie de bill basie ) il n'y a pas de disque du count featurant leon.
Cette video montrait un chanteur encore très traditionnel, belle voix de baryton dans le style de joe william.

Plus tard il va évoluer vers des expériences musicales beaucoup plus avancées et en phase avec la musique de son temps, ce qui n'était pas évident pour un chanteur.

Pour ne pas être trop long, l'essentiel : son association avec pharoah sanders, et l'utilisation d'une technique vocale très particulière , proche du « yodel ». Il y a pas mal de versions là dessus. On dit qu'il l'avait découvert suite à un accident de la bouche, ou qu'il s'est inspiré des chants amérindiens, ou encore des voix africaines pygmées. Peut importe au fond.

Enfin, à partir de 1973, il se joindra à la cohorte du guitariste carlos santana , passons...

il a disparu en 1999 mais je crois qu'il n'avait plus grande activité musicale depuis un moment.

l'essentiel ce sont les disques qu'il nous a laissés. En leader ils ne sont malheureusement pas très nombreux.

Je vous cite ceux que je connais bien .

le premier, en 1969 « spirits known and unknown » , qui , à mon avis est le meilleur. Entouré de james spaulding, toujours remarquable spécialement à la flûte, de lonnie liston smith, richard davis et roy haynes plus, sur trois faces, son employeur pharoah sanders. Ce duo délivre avec le titre « the creator has a master plan » ( vu le résultat ça se discute ) une musique d'une très grande force spirituelle. S'y rajoutent une magnifique et très émouvante version du « song of my father » d' horace silver ainsi que « ain' t goin to vietnam » qui reflète les préoccupations de l'époque. Il vous faut ce disque ! Émotion garantie.

On trouve sur la réédition de ce disque, en bonustrack, également celle du disque de 1958 jamais édité à l'époque. Le contraste est saisissant entre le leon thomas des deux époques.





Ensuite « blues and the soulfull truth » en 1972. C'est une autre face de leon. Arrangé par pee wee ellis ( un des JB'horns ) il donne à entendre des versions de blues traditionnels comme le boom boom boom de john lee hooker, voire le cc rider de ma rainey. Mais leon ne se laisse pas enfermer dans le genre et garde une très grande liberté dans son art.





Troisième manière, en 1973, « full circle ». il est clair que bob thiele le producteur a essayé de donner un tour plus commercial à la chose . Dans le répertoire ( sweet little angel de BB king ou you are the sunshine of my life de steevie wonder ) et dans le format ( with strings ) mais ça vaut quand même le détour, même si c'est paradoxalement un peu plus daté que les précédents.






Pour être complet dans ce qui me semble indispensable d'écouter de leon; deux disques de 1970

SUPER BACK BLUES vol 2
il s'agit de l'enregistrement d'un concert de blues auquel participaient de nombreux artistes. Sur ce disque on peut entendre eddie vinson puis T bone walker puis joe turner, tous accompagnés du même orchestre, qui comprenait winton kelly au piano et elvin jones à la batterie ( on croît rêver !). Leon est présent sur trois titres, avec lui son propre orchestre ( ce n'est pas que l'autre soit sale attention ). Un magnifique « welcome to new york » connoté de préoccupations sociales :



New york city sans contrôle des loyers
c'est un salaud qui vole les aveugles
yeah yeah, new york sans contrôle des loyers
ce serait comme un salaud qui vole les aveugles
toutes ces augmentations dans les locations
ça suffit, pour rendre un pauvre homme fou




enfin, en sideman , leon thomas participe, et de belle manière, à l'ultime apparition discographique de johnny hodges. Enregistré en mars, le lapin disparaîtra en mai. Il y joue merveilleusement comme à son habitude et laisse leon chanter son welcome to new york ci dessus. arrangé par oliver nelson, on voit les trois lascars sur la pochette ( qui n'est pas semblable à celle que je possède )



bref , leon thomas est un artiste singulier, tiraillé entre tradition et une avant garde où l'art du chant n'avait pas une place évidente et qui ,malgré une carrière erratique, nous laisse une oeuvre vraiment spéciale et parfois d'une très grande beauté.

Voilà, j'arrête sur leon ( ou leone ). peut être vous le connaissiez déjà sinon ruez vous sur ses disques. Je ne sais pas si ils sont trouvables facilement. Les « flying dutchman » cités doivent à mon avis être disponibles quelque part sans trop d'efforts ( sauf celui de les payer ce qui n'est pas rien je le concède ).

a bientôt

NB :dans ma fantaisie sur patato valdes ( ça y est je le tiens bien ) vous avez pu penser que l'épisode du mambo avec brigitte bardot était forcément inventé comme le reste. hé bien pas du tout il est parfaitement exact que patato fait une apparition dans le (exécrable ) film de vadim. comme quoi l'invraisemblable est parfois plus vrai que ce qui paraît vraisemblable et que donc il ne faut se fier à rien . et particulièrement pas à ce que j'écris, sauf bien sur s'il s'agit de leon thomas !

4 commentaires:

Lady Domi a dit…

Ah ah ! Moi qui n'ai pas la flemme de compulser la discographie du Comte, je peux te dire que je viens d'y trouver un "Oh pretty woman" sur Pop Goes Basie et un "Nobody wants you when you're down and out" sur Basie Picks the Winners (deux albums qui doivent être loin de l'indispensable, à mon avis).
Tiens, à l'occasion, rentre ce nom dans Google : Walter Bruyninckx...
Leon Thomas... découvert il y a quelques années sur le "Zaius" de Geri Brown (1998, comme quoi il était encore actif dans ses dernières années). Exceptionnel, bien sûr.

gaston a dit…

jazz miscellanous m'a signalé cet enregistrement avec jery brown et me l'a même passé. je vais l'écouter quand j'aurais le temps mais je n'aurais jamais du me lancer dans ce blog; je n'ai plus le temps de rien...

gaston a dit…

quant à Walter Bruyninckx..., tu penses bien que fouineur comme je suis je l'avais déja repéré !

Christian a dit…

Je n'ai écouté de Leon Thomas que "Live in Berlin" de 1970, avec Oliver Nelson, et avoue être assez décontenancé par son "yodl"...
Je vais essayer de trouver les disques dont tu parles.