comme je vous en avais averti, ma connaissance du monde du blues est beaucoup plus faible que celle du jazz- c'est dire -
mais j'aime le blues, j'ai toujours aimé ça. En fait j'ai aimé le blues avant le jazz. Bien sur il s'agissait d'une version affadie, dénaturée : le rock n roll. Mais c'est grâce à ça que j'ai pu remonter, de chuck berry à miles davis ( ça fait du chemin, mais pas tant que ça ).
je n'apprendrai rien à personne en disant que le blues, le jazz, le gospel, la soul sont des faces musicales issues du même terreau, la communauté afro américaine, et de la même rencontre: l'Afrique et l'occident.
Pendant assez longtemps, la réalité du blues nous a été cachée, ici en france. Le blues n'était pas fréquentable. Bien sur les critiques de jazz le mentionnaient, comme une des origines, et présentaient certains artistes qui avaient la particularité d'être présentables.le blues c'était les champs de coton, c'était big bill broonzy ou leadbelly. Guitare sèche et plainte exhalée. Bien sur c'est aussi ça mais dès les années 40 puis 50 et 60 ça a été aussi tout à fait autre chose.
Alors que le jazz avait fait ou faisait son « cross over » ( miles et juliette, tatum et horowitz, bechet et ansermet, duke et tout le monde,etc ) le blues restait la musique des masses noires, musique secrète, privée pourrait on dire et toujours infréquentable, notamment en raison du caractère extrêmement sexué de cette musique, mais aussi, violent, brut , épais. Bien plus tard, mai 68 et ses suites ayant libéré les moeurs, on pourra montrer james brown et son « sex machine ». 10 ou 20 ans avant c'était impensable.
Dans les années 50, l'honnête homme du jazz aimait armstong et le MJQ, à la rigueur memphis slim car il résidait en france et qu'on ne comprenait pas , la plupart du temps, le sens réel ( souvent salace ) de ses paroles. Mais le blues réel de la nouvelle orléans ( Pr longhair, dave bartholomew, fats domino (1) , smiley lewis ) de memphis ( BB king bien sur ) ou de chicago ( muddy waters et toute sa bande chess, dont chuck berry ) était inconnu, à l'exception des tournées annuelles de l' » american folk blues festival « dont l'intitulé même révélait le quiproquo.
(1) bien sur fats domino, comme ray charles , est un cas à part puisque ces artistes ont connu un vrai succès populaire en europe et en france. Mais en fait la face débonnaire de fats ou les "hits" ( the road, bien sur ) de ray ne faisaient pas connaître la réalité, sociale, culturelle de cette musique. pour vous en convaincre, traduisez les paroles de what'd i say. vous verrez que les teen agers européens étaient assez loin de s'imaginer de quoi il s'agissait vraiment ( see the girl with the diamond ring, she knows how to shake that thing, baby shake that thing ==> les raelets : "baby shake that thing" etc, de mémoire...)
Sans doute la situation était différente dans d'autres pays d'europe. En allemagne peut être à cause des troupes américaines stationnées. Et surtout en Angleterre où la proximité linguistique et culturelle avec l'amérique a amené beaucoup plus tôt une connaissance du vrai blues de l'époque par les jeunes générations. Cela explique notamment les rolling stones qui n'ont fait que refaire en moins bien ce que faisaient avant eux muddy, howlin'wolf ou sonny boy williamson.
Le drame français est que, quand les oreilles étaient prêtes pour cette musique, elle n'existait plus vraiment et la soul music avait tout emporté.
Cette musique, et notamment le blues de chicago, le plus inventif, le plus radical et innovateur, nous a été cachée , au profit il faut bien le dire de la « montée en épingle » de musiques sans racines, donc sans avenir comme le pitoyable « troisième courant ».
En vérité quand on parle de chicago blues, il s'agit du blues enregistré à chicago, le plus souvent chez la firme des frères chess où officiait un producteur, compositeur, musicien génial: willie dixon. Mais en fait beaucoup de ces artistes venaient du delta du missisipi où leur maître avait été le fabuleux robert johnson, compositeur de titres immortels comme « love in vain » ou « sweet home chicago », et guitariste indépassable. ( comme les néo orléanais étaient "montés" à chicago quelques décennies plus tôt)

bien sur quelques critiques ont fait leur boulot, jacques demètre notamment, mais ils servaient d'alibi aux revues.
Donc j'aime cette musique. Je crois que je ne suis pas une semaine sans écouter un morceau de blues.
c'est vrai que c'est mieux en direct mais c'est pas facile ici. J'ai longtemps hanté le Méridien, qui programme de bons artistes de blues. J'y ai vibré avec Magic slim,big time sarah, Jymmie johnson,, little minton ...
mais le défaut du méridien c'est d'être aussi un hotel international et donc d'avoir un public... "hotelier " ( VRP de luxe venant finir la soirée, japonais en goguette... ) donc c'est parfois un peu pénible.
Le blues est un monde à lui tout seul et je suis beaucoup moins instruit sur ses diverses écoles et musiciens que sur le jazz. Il existe beaucoup de " fanzines " consacrés au blues. Je les feuillette parfois mais ça ne me semble pas d'une grande qualité. Par contre il existe un excellent magazine " soul bag ", qui posséde une boutique également à Levallois.
Pour vous faire envie , j'ai recherché sur youtube quelques extraits sympa de mes musiciens préférés.
Freddie king , un des 3 king ( BB, albert et lui )
regardez bien cet extrait, freddie, l'orchestre, toute l'âme de la musique afro américaine est là. Le swing palpable et impalpable, l'invention, la passion le talent. Yeah !
http://www.youtube.com/watch?v=vgZ-dpSMPn0
Albert king et sa gibson flying V. Un des plus grands guitaristes qui enregistrait chez stax à memphis. Un son unique de guitare.

http://www.youtube.com/watch?v=yV3rI57hoaQ
Mon préféré. je conseille ce disque là ( malheureusement pour daniel, il y a un orgue !)

Otis rush, de chicago. Un des guitaristes chanteurs les plus émouvants et les plus originaux ( malheureusement très inégal, en proie à une dépression nerveuse permanente. Il est mort assez récemment je crois, au japon où il semblait avoir trouvé la paix )
http://www.youtube.com/watch?v=Uy2tEP3I3DM
buddy guy. Le dernier survivant de la grande époque , ne le ratez pas si il passe près de chez vous ( après on a des regrets, imaginez vous que, alors que j'en aurais eu dix fois l'occasion, je n'ai jamais vu duke ellington !).
http://www.youtube.com/watch?v=xuRhaDrnlWo
Et enfin etta james. Quand j'ai vu la première fois etta james ça m'en a bouché un coin.A vous de juger. Ames sensibles s'abstenir. Quand etta james performe, éloignez les enfants!
http://www.youtube.com/watch?v=6KOUaG6O6eE
A noter qu'etta james se révèle une chanteuse de jazz d'une grande sensibilité, notamment dans le bel album consacré à billie holiday.
Le blues imprègne tout le jazz ( et le jazz a aussi influencé le blues, nul doute que chuck berry est un descendant de louis jordan ). La plupart des musiciens des années 50/60 et même 70 ont commencé leur carrière dans ses orchestres de blues , R& B, jump music appelons ça comme on veut ( tiens, johnny griffin chez joe morris, parker accompagnant des blues shouters chez jay mc shann etc etc )
the blues will never leave
vous allez rire, demain je vous reparle de billy root ( mais si vous vous rappelez) j'en ai appris de belles sur son compte...
2 commentaires:
Il me semble bien que «Boogie» a fermé voici plusieurs mois... et même si je n'y avais pas mis les pieds depuis un bon bout de temps j'ai presque versé une petite larme -- c'est à «Boogie» que j'ai croisé Screamin' Jay Hawkins, et que travaillait Jean-Pierre Arniac, merveilleux photographe blues avec qui j'ai perdu le contact... mais me reste une cinquantaine de somptueux tirages N & B... JP qui s'était d'ailleurs fait voler son matos un soir (celui de mon anniversaire en plus) au... Méridien...
Pas très calée en blues moi non plus je dis souvent, mais si je le suis aussi peu que toi... rien n'est perdu !
MOI, JE N'AI RIEN DIT ! C'EST LA DAME DU DESSUS... JE N'AI D'AILLEURS RIEN À AJOUTER SINON CE DÉTAIL TOTALEMENT INDISPENSABLE À L'HISTOIRE DU BLUES: S J HAWKINS HABITAIT TELLEMENT LEVALLOIS QU'IL A FINI PAR Y MOURIR! D'OU L'ANECDOTE DE LA RENCONTRE...
PAR CONTRE, JE SUIS UN FAN DE BLUES ACCOUSTIQUE, ET BIEN PEU ELECTRIQUE. LONNIE JOHNSON, TAMPA RED, MW BORUM, KC DOUGLAS ET TOUS LES AUTRES... BRRRRRRRRRRRR !!!
MAIS C'EST BIEN GASTON, IL FAUT PERSEVERER !
PS NE DIS PAS DE MAL DE MON POTE BILLY ROOT !!!
RIEN A VOIR. VOUS AVEZ SANS DOUTE APPRIS CE QUI EST ARRIVÉ À C&D. TOUS SES FICHIERS ONT ÉTÉ EFFACÉS !!! ENCORE UN FOIS. DUR POUR LES JAZZ FANS !!! BON, C'EST UN ANGLAIS, ILS EN ONT VU D'AUTRES. MAIS QUAND MÊME... LE NET ET SON UNIVERS IMPITOYABLE...
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