vendredi 20 avril 2007

et monk c'est du rollins ?

tel qui bloggue vendredi etc etc, on verra bien dimanche, je vous tiendrai au courant.

Je reviens tout d'abord sur mon message concernant la firme stax. Souvenez vous que je vous avais entretenus de deux diablotins déchaînés: Sam & Dave. J'avais oublié de vous informer que nos deux lascars sont « featurés » sur un très bon disque ( 1976) de jaco pastorius appelé, tout simplement, « jaco pastorius »,
un très bon disque qui doit d'ailleurs être son premier en leader.



C'est un enregistrement un peu « showcase », comme tous les premiers, qui va de « donna lee » sur un tempo d'enfer à la fretless jusqu'à des fantaisies steel drums avec otello molineaux. Sur une plage « come on , come over » jaco a convoqué nos farfadets, qui s'en tirent très bien, en un hommage vibrant au R&B. A vos cassettes...


autre chose: sur un autre blog lady D. fait très finement remarquer que, selon elle, tous les musiciens de jazz se prénommant horace sont exclusivement pianistes. J'ai bien cherché des exceptions mais, malgré ma mauvaise fois coutumière, je n'en ai pas, spontanément, trouvées ( j'ai pensé un instant en inventer un, horace brown, premier batteur des 12 clouds of joys, jamais enregistré, mais c'était un peu gros ). C'est quand même très intrigant cette histoire.

Y aurait il quelque chose de génétique là dedans ? Faut que je demande à sarkozy , c'est un homme à avoir des idées sur la question...


cette histoire de prénom me rappelle une blague désopilante. Enfin, méfiez vous, les blagues que je trouve désopilantes ne font généralement rire que moi. Je me risque quand même :


lors de la naissance de son fils le 26 février 1802, le général hugo alla à la mairie de besançon le déclarer . Tout naturellement, l'employé de la mairie lui demanda comment il souhaitait prénommer le bambin.


Victor, répondit sans barguigner le général.


Ah, victor, donc victor hugo comme notre grand écrivain français ! S'exclama le scribe !


Je vois que ça ne vous fait pas rire. Au passage je vous donne le moyen de se souvenir sans coup férir de l'année de naissance de victor hugo. Très simple, il suffit d'apprendre par coeur ça :

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,

déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
C'est moi. -
Vous remarquerez que besançon est une vieille ville espagnole, puissance de la poésie.

Venons en aux choses sérieuses ( comme si hugo n'était pas sérieux pfftt ! )

je viens d'exhumer ça:



je suppose que vous connaissez. C'est un chef d'oeuvre mais plusieurs choses m'intriguent.

Monk tout d'abord ( je conviens que monk est généralement intrigant, c'est sur ) . Nous sommes en 53/54, monk ,qui a le même age que dizzy, a 36 ans. Ce n'est déjà plus tout jeune. Il a enregistré son premier disque en leader en 47, à 30 ans.
Ce qui est curieux c'est que, dans ces disques, de 47 à 53, monk est exactement le même que celui qu'il sera toute sa carrière. Absolument tout est déjà là. La manière, le style, les compositions, le tempo, tout.

Bien sur, il enregistrera des dizaines et dizaines d'autres disques ( d'ailleurs généralement dans le même format : trio ou quartet avec ténor ), écrira de nouveaux thèmes mais, dans le fond, changera t il vraiment ? Non, tout est là, tout est dit.
C'est un peu la même chose pour rollins qui lui n'a que 23 ans. Certes, lui aussi, fera de nombreuses expériences, avec la jeune garde ( don cherry, henry grimes ) affirmera encore plus avec « saxophone colossus » et « tenor madness » 3 ans plus tard, sa singularité et sa puissance. Mais, là aussi, dans le fond, si on écoute bien, tout est dit aussi et l'esthétique rollinsienne est en place et ne variera plus jusqu'à aujourd'hui.

Est ce que ce n'est pas le cas de beaucoup de musiciens ? Après « body and soul » en 39 coleman hawkins n'innovera plus jamais réellement et son changement de son ne sera du qu'à un aspect technique: le changement du bec de son sax.
Malgré sa courte carrière, on ne note pas véritablement d'évolution musicale notable chez charlie parker, une fois sa manière stabilisée.
Louis armstrong, dizzy, count basie ( le pianiste, l'orchestre c'est autre chose ) ne bougeront plus.

Si on peut noter des modifications dans la manière de lester young, dues à la fois à la pression de l'époque et à un état psychologique perturbé notamment par ce qui a été pour lui l 'enfer de la vie militaire, elles ne remettent pas en cause fondamentalement son approche qui est déjà toute contenue, par exemple, dans le tickle toe de 1940.

parfois, lorsqu'ils veulent évoluer, c'est la cata pour certains instrumentistes. Regardez ornette. Fin 50 début 60, il crée une musique d'une invention et d'une fraîcheur exceptionnelle. En quelques disques tout est dit. Après...

bien sur il y a de vrais évolutions. Elles sont l'exception. Coltrane est la plus éclatante.De plus en plus loin jusqu'à la fin en 67. Les bandes radios récemment rééditées de concert au half note en 65 sont totalement hallucinantes, le quartet est chauffé au rouge par l'incandescence coltranienne et la force de cette musique est telle qu'elle devient presque inécoutable.

Enfin il y a malheureusement les régressions. Les trompettistes presque toujours, pour des raisons physiques ( le concert dizzy/ max roach à banlieues bleues je ne sais plus quand était pathétique , enfin un peu pathétique). La liste est longue de ces naufrages : roy eldridge à la fin, freddie hubbard etc...


parfois la régression est incompréhensible: c'est le cas par exemple de benny golson, magnifique ténor be bop de l'école don byas/ lucky thompson, extraordinaire d'expressionisme et de musicalité dans les années 60 et qui, après une retraite de plusieurs années, a fait un come back, méconnaissable, mais pas dans le bon sens du terme.

Revenons à notre monk/rollins ( où, sur un titre, brille « the phantom » le corniste julius watkins ).

Une dernière question me taraude : quand est né monk ? Je ne veux pas dire au plan de l'état civil mais comme pianiste, comme musicien aussi singulier ? Les enregistrements du « minton's » de mai 1941 avec charlie christian ne nous renseignent pas.




Il y a bien un pianiste mais son jeu n'a rien à voir avec le monk que nous connaissons ( si nous ne savions pas qu'il s'agit de lui , nous n'y prêterions même pas attention ) et qui arrivera, peu d'années plus tard, avec sa manière toute prête, sortie d'où ?

Bon j'arrête je deviens pédant et ennuyeux.

Ah oui, vous savez que des rééditions blue note traînent dans les bacs. Cet après m' j'ai acheté ça :



je ne l'ai écouté qu'une fois. Je suis un lent , je vous en parlerai après une deuxième écoute ( enfin, vu le personnel ça m'étonnerait que je vous en dise du mal, bien que l'on dise qu'il soit moins brillant que le précédent – the fabulous TD- et le suivant -the magnificent TD , à voir)

4 commentaires:

Christian a dit…

Ce disque de Jaco Pastorius est le premier que j'ai écouté de lui. Je ne me souviens pas d'ailleurs d'avoir écouté un autre bon disque de Jaco. Je l'ai vu une fois à Toulouse, et c'étais pathétique...
Pour Monk, sa présence sur le fameux disque de Charlie Christian n'est-elle pas une légende ? Parce que effectivement, on ne le reconnait pas du tout...

gaston a dit…

le disque "invitation" réédité il n' y a pas longtemps et qu'on trouve toujours facilement, est quand même très très bien .

quant à la présence de thelonious en 41, je fais confiance aux discographes ( mais peut on faire confiance aux discographes qui recopient généralement ce qu'ont écrit les précédents ? ( c'est ainsi qu'on a toujours écrit que andrew hill, qui vient de disparaître, était né en haïti alors qu'il était natif de chicago ! )

Milady a dit…

Une pensée pour Andrew, oui... que j'ai eu la chance de côtoyer quelques jours en 97 et 98 -- c'était quelqu'un de merveilleux...
Arf, les discographes... Bruyninckx cite Monk sur "Up on Teddy's Hill" et Allen "Pee Wee" Tinney sur "Guy's Got to Go" et "Lips Flips". Mais si l'on regarde le livret du coffret de 4 cédés "Charlie Christian - Complete Live Recordings" (Definitive Rec), le pianiste de "Up..." et "I Got Rhythm" (alias "Down on Teddy's Hill") est le fameux Mr. Unknown... nulle trace de Monk nulle part... Allen Tinney oui, Kenny Kersey oui, mais Monk... non.
Ah, ces discographes... !

yannis a dit…

De mémoire, Freddie Hubbard a foutu en l'air son embouchure ... du coup, la derniere fois que je l'ai entendu à la radio en live il y a qques années d'ailleurs, je ne sais plus quand, ce n'était plus la même chose.

Très intéressant ton article sur l'évolution/ régression des artiste qui arrivé au sommet de leur art ont pour seul choix d'évoluer et d'atteindre d'autres cieux ou ... pas.

Coltrane, l'évidence même.
j'ai envie de rajouter miles daivs - on sera d'accord je pense pour dire que sa manière de jouer des années 50s n'est pas celle des années 80s pour des raisons physiques également, mais son approche d'une musique nouvelle à (presque) chaque decénnie compense cela en grande partie :-)
je suis "davisien" on n'y peut rien :-)
bon week end !