lundi 9 avril 2007

one two three

le week end pascal tire à sa fin, il faut que je sorte de ma léthargie.

Pendant le week end, une petite polémique sur le blog de yannis. J'adore ça les polémiques, la castagne , l'odeur de la poudre, la mauvaise foi ( je suis champion en ce qui concerne la mauvaise foi, vous ne me battrez pas là dessus, demandez à mes proches ).

l'objet était un concert des rappeurs de public enemy. J'avais émis de fortes réserves sur les propos compassionnels des lascars de PE.

Yannis, et christian venu à la rescousse , m'expliquent que Chuck D. et ses comparses sont parfaitement sincères en ce qui concerne leur engagement vis à vis de la cause afro américaine, contre la guerre en Irak etc...

qu'est ce que ça change à leur musique ? Est ce que ça la rend meilleure ou moins bonne ?

Évidemment non.

Flaubert, qui a été le plus grand écrivain de son temps, avait été révulsé par la Commune et applaudissait des deux mains aux massacres qui l'ont suivie.

Picasso a été un stalinien pur sucre et a réalisé en 1953 un ( magnifique d'ailleurs) portait de Staline en jeune homme.



Céline, pour ne pas être en reste dans l'ignominie, a commis, tout au long de son oeuvre, spécialement dans « bagatelles pour un massacre » , des horreurs antisémites.

Pourtant picasso a été le plus grand peintre du XX ème siècle et Céline un des écrivains majeurs de la même période.

A l'inverse, au moment de l'affaire dreyfus, zola a eu une attitude citoyenne exemplaire, qui lui a coûté très cher. Pourtant flaubert est un écrivain plus important que zola.

Tout ça pour dire que les opinions des artistes sur les sujets qui ne touchent pas à leur art sont sans intérêt autre qu'anecdotique ( pas plus que mes propres opinions sur les mêmes sujets ). Et que, se prononcer résolument contre le racisme, pour la paix dans le monde etc ça ne mange pas plus de pain que ça.

Et que le rap est inécoutable, mais que là, je veux bien convenir qu'il faudra attendre quelques années avant de savoir si j'ai tort ou raison.

Bon on va bien voir si je me rends impopulaire auprès des rap addicts.

Passons aux choses sérieuses. Je continue, lentement il fait beau, la lecture du richard cook sur blue note . On y trouve des infos très importantes. Par exemple que le remarquable pianiste Elmo Hope avait été prénommé Elmo en hommage au saint patron des pêcheurs qui s'appelle, je l'apprends, Elmo. C'est pas de l'info ça ? Mais il y a plein de sujets très intéressants dans ce bouquin. J'en ferai une synthèse à la fin de ma lecture ( prévoir Noël prochain au train où j'avance ).

comme vous l'avez remarqué nous sommes en pleine campagne électorale ( j'ai l'impression qu'elle dure depuis un an, pas vous ? ) où les candidats sont censés répondre aux vrais problèmes des français. J'avais déjà noté à propos du grave sujet des coffrets que ce n'était pas le cas.

Mais il y a bien pire. Personne, dans les programmes électoraux, n'aborde le sujet, pourtant crucial, des trios piano. Basse. batterie.

Comment, le problème vous avait échappé ? Je ne veux pas le croire. Donc j'explique:

l'histoire phonographique du jazz comporte des milliers d'enregistrements effectués sous ce format, spécialement dans la période 40/50/60.

pourtant ce format est redoutable . En effet un disque, de durée variable mais depuis l'invention du LP de 30 mn au moins à 60 mn au plus, ne peut que très difficilement être écouté sérieusement sous cette forme ( entendu oui, mais écouté c'est autre chose ).

Je viens de faire l'expérience avec un disque de « the 3 sounds « . Pensez que ce groupe a enregistré 16 ( seize! ) albums pour blue note. En fait c'est parfait pour accompagner la lecture, voir une sieste, on se réveille de temps à autre quand Gene Harris, remarquable pianiste, attaque en block chords, puis on retourne à sa rêverie antérieure.



Vous me direz, je vous entends d'ici, oui mais the 3 sounds c'était quand même très proche du piano de bar ( cocktail piano comme on dit, notez qu'on a dit la même chose en son temps d' art tatum; comme je l'ai cru je me suis mis à fréquenter les bars, n'évitant que de peu la cirrhose ) .


Peut être, mais red garland, partenaire de miles davis dans sa meilleure période, a commis une tonne de disques sous cette forme pour prestige qui produisent un effet similaire; bien que l'ennui soit plus distingué qu'avec gene harris. Idem pour hampton hawes.

Écoutez un disque entier d'hampton, pourtant un de mes préférés, et très honnêtement dîtes moi si, de temps à autre, votre esprit ne s'égare pas sur d'autres sujets ( ai je éteint les phares de la voiture ?, ai je bien pensé à régler le loyer ?...). pourtant hampton dans ces disques là :














ne produit pas le même effet, la présence de « front line », même une simple guitare, évitant la monotonie ( dans l'un la seule présence de frank butler, batteur considérable, change tout ).


Toujours dans les bons pianistes en trio, même avec winton kelly ou même avec bobby timmons ( et je ne parle pas de Basie en trio, malgré ray brown ), vous ne tiendrez pas votre intérêt linéaire le disque entier.

Une des solutions à ce grave problème, je le dis, puisqu' 'il ne faut pas compter sur nos candidats pour aborder les vrais sujets, est de les écouter par tranches. Inconvénient : on ne sait plus où on les a laissés et on réécoute toujours le début.


Le cas ultime ( à une ou deux exceptions près dont le nigerian market place, peut être grâce à NHOP ) est oscar peterson sur lequel je n'ajouterai rien pour me fâcher avec personne.


Bien sur, comme toujours, des exceptions : bud powell qui, à l'inverse, on ne peut écouter que parcimonieusement mais cette fois à cause de l'intensité de sa musique ( idem pour sonny clark ). Monk, qui, je le rappelle , n'est pas un pianiste. Le duke, pas dans le surfait money jungle, mais dans ça :


avec un summertime qui est la chose la plus ébouriffante que j'ai jamais entendue ( sam woodyard y est quand même pour quelque chose ).
Et puis des cas . Ahmad jamal, mais seulement avec crosby et fournier, en 58. Depuis...


errol garner, à petites doses ( une fois par an me paraît bien ) peut supporter l'écoute d'un disque entier sans faiblissement d'attention. Earl hines est un cas à part puisqu'il est passionnant même ( et surtout ) en solo.


Enfin vous étonnez vous, rien sur bill evans. Les disques de bill evans produisent généralement cet effet d'ennui, et je ne parle pas de l'influence déplorable qu'il a eue sur toute une génération de pianistes qui n'ont retenu que ses mauvais penchants ( je ne cite personne, ils se reconnaîtront ).

Une exception le trio avec la faro et motian live au vanguard qui, normalement, vous tient convenablement éveillés.


Bon, j'attends, de pied assuré, vos réactions.


Allez, puisque vous insistez, un dernier coup de 3 voeux mais c'est vraiment la fin.

Wilbur ware

1.remettre de l'ordre dans ma vie pour qu'on puisse m'accepter partout, et pas seulement pour ma musique.

2.bien jouer, et grâce à mes capacités musicales, être capable de subvenir aux besoins de ma famille.

3.paix et harmonie dans le monde.


Wilbur était ( presque ) un aussi bon garçon que chuck D.

7 commentaires:

Milady a dit…

Ah ! Je suis effarée.
Et par surcroît pas très bien réveillée, donc mieux vaut que je m'abstienne.
Mais quand-même, Oscar... avec Captain Ray et Ed «Blue-Eyed Gentleman» Thigpen... Les Three Sounds, mieux vaut programmer le cédé pour en virer les ballades (et les pêches de Bill Dowdy, elles te font pas tomber du hamac ?)... Assez d'accord avec toi sur Ahmad (puisque le Zozzothécaire ne passe pas dans le coin, je peux le dire)... mais Erroll !!! Et le Comte !
Et tiens, tu as oublié Ramsey Lewis, dans l'histoire.
Un p'tit mot sur «For Real», qui m'éclate essentiellement pour la présence de LaFaro... et pour revenir à Ahmad, c'est pas du trio puisqu'il y a George Coleman, mais son «At the Olympia» renoue avec sa période Pershing...
Et Mal Waldron ?
Quelle mauvaise foi.......

Christian a dit…

J'adore la mauvaise foi, je sais en faire montre, mais je te lève mon chapeau Gaston, tu m'as effectivement l'air d'en être un maitre !!!
Bon, un petit mot sur Public Enemy, je n'ai jamais parlé de leurs textes pour ma part, mais bien de leurs productions (c'est à dire leur musique en "hip hop"), et j'ai juste dit qu'elles étaient sincères ! Parce que pour la qualité, Public Enemy n'est surement pas la formation la plus fine et la plus riche... Mais on ne peut nier son efficacité et son importance "populaire" dans l'histoire de la musique noire américaine (c'est bien de ça qu'on parle hein ?).
Après que tu n'aimes pas le rap ne m'étonne pas beaucoup !
Puis bravo pour tes petites claques à Oscar Peterson, Ray Brown, Money Jungle, Bill Evans... J'en partage au moins une, mais ne voudrais pas me facher avec Lady !
Quand à Bill Evans, je suis au moins d'accord sur un point : l'effet néfaste sur ses successeurs...

Christian a dit…

Et un petit commentaire sur Hampton Hawes, j'aime beaucoup son disque avec Mingus : "Mingus Three"

Milady a dit…

Pffff... Christian, on va se fâcher, on va se fâcher !!! Oscar encore, tu peux. Mais pas un mot sur Ray Brown, parce que là, je peux mordre ! Et qu'est-ce que tu as contre «Money Jungle» ?
Pour Bill Evans (je l'avais oublié, dans l'histoire), oui, sauvons son live au Vanguard... parce qu'il y a là un «Waltz for Debbie» que j'écoute en boucle...
Je n'ai rien dit sur Earl Hines que, en tant que pianiste très amateur, je vénère et déteste à la fois... avec un faible (dans la vénération) pour le trio avec Richard Davis & Elvin... et un autre (dans la détestation) pour certain disque en public, dont chaque plage est ponctuée d'un éclat de rire que, paranoïaque comme pas deux, je prends pour moi («Regarde ce que moi je sais faire, la-la-lère»).

yannis a dit…

Ah oui sacré mauvaise foi :-)
J'aime bien ça la mauvaise foi, surtout quand elle est servie dans un plateau où foisonnent les exemples historiques.

Je comprends ton point de vue quand tu dis que l'opinion des artistes sur les sujets qui ne touchent pas à leur art sont anecdotiques ... et que se prononcer contre la guerre en irak ou contre le racisme ça ne mange pas de pain. Certes ... ça me laisse le même gout quand j'entends un chanteur populaire, mielleux et nievre qui prend la parole pour défendre une cause, en raison de sa notoriété... Je me dis qu'il y a des personnes plus à même d'en parler.

Mais dans le contexte US, il faut reconnaitre à PE une certaine importance populaire dans la culture afro-américaine et le fait que leurs textes aient toujours été engagés. Une continuité dans leur propos, et pas seulement occasionnel ou fortuite.

Après que tu n'apprécient pas le hip hop de PE, j'ai envie de dire que c'est purement générationnel :-D

Mais STP, ne mélangeons pas PE et ce qui passe actuellement en boucle sur skyrock ou M6 ...

Sinon, comme tu le découvriras, je reviens vers le jazz avec deux articles postés hier soir. Enjoy !

Milady a dit…

Ah ben quand-même !

Christian a dit…

Milady, j'aime beaucoup Ray Brown, j'adore Money Jungle, et j'ai quasiment tous les disques de Bill Evans...
Le bravo était à prendre pour la mauvaise foi... Même si Gaston est surement de bonne fois hein...
Earl Hines je connais assez peu en fait...