lundi 11 juin 2007

lester président !

en ces temps post élection présidentielle, il m'a paru opportun de parler du président. Quel esprit d'à propos ce gaston. Quand je dis le président vous avez bien compris qu'il ne s'agit pas de sarkozy ( qui voudrait consacrer une ligne de plus à sarkozy ? ) mais de lester young, le président.

En fait cela ne m'est pas venu de la soirée électorale d'hier soir qui m'a très modestement passionné ( en fait pas du tout ) mais de la réécoute d'un disque du président. Disque verve dont le titre est « laughin' to keep from cryin' » , ce qui, tout compte fait, s'accordait bien à la soirée.


Ce disque enregistré en février 58 est, selon mes informations, un des derniers enregistrements étatsuniens de lester. Il vaut la peine d'être écouté et réécouté.
A cette époque lester n'est pas ( c'est un euphémisme ) au mieux de sa forme, bien qu'il n'ait pas encore 50 ans.
Pourtant, à la différence de beaucoup d'artistes de cette période, ce n'est pas un musicien maudit. Il est reconnu à sa juste valeur et son influence est énorme.Le principal problème de lester young s'appelle lester young.

Quoiqu'il en soit il a une valeur marchande et verve n'hésite pas à l'enregistrer malgré son état, disons... crépusculaire.

Prudent, le producteur, pour cette séance, avait pris quelques précautions.
d'abord une rythmique tout terrain; notamment le délicat et serviable Hank Jones et le précis et efficace guitariste herb Ellis.

Comme il était vraisemblable que cela ne suffirait pas , Norman Granz, puisque c'est de lui qu'il s'agit, avait convoqué pour soutenir lester deux « béquilles » solides: les trompettistes roy eldridge et harry edison.

Le résultat est étonnant. Sur le tapis rythmique indiscutable que fournissent nos amis jones et ellis, les deux lascars trompettistes trompettent à qui mieux mieux en attendant que le président délivre de parcimonieux et fantomatiques chorus, au ténor bien sur mais aussi, ce qui est plus rare chez lui, à la clarinette.

si roy est plus proche de lester avec une fêlure, qui s'intensifiera ultérieurement mais qu'on sent déjà poindre, « sweets » fait montre d'une santé insolente, enchaînant les clichés bluesy comme vous les perles; un peu monsieur muscles chez les grabataires! (attention j'adore sweets edison )

Indifférent à ce qui se passe autour de lui, précautionneux comme une vieille dame, lester délivre son message; serein, gai et grave à la fois. Les imperfections techniques, notamment à la clarinette, n'ont strictement aucune importance. La beauté simple , épurée qui s'impose peu à peu à nos deux ludions trompettistes est plus forte que tout; lester est comme en lévitation.

Lester young n'était vraisemblablement pas un être humain. Tout concorde pour démontrer qu'il s'agissait d'un extra terrestre musical, envoyé sur terre pour donner une idée, même vague, aux rustres que nous sommes, de ce que peut être la beauté.

Vous avez vraisemblablement en mémoire cette bande vidéo, extraite d'un programme télé américain de l'époque, où billie holiday chante « fine and mellow », accompagnée d'une sérieuse équipe ( hawkins, ben webster, mulligan, eldridge encore ) dont lester, et nul doute que, comme moi, l'émotion qui vous a saisis en voyant le pauvre lester, couvé d'un regard admiratif et quasi maternel par billie, se lever pour prendre un unique chorus, chiche , simple, dépouillé, jurant tellement comparativement aux fulgurances de ses comparses, cette émotion vous ne l'oublierez jamais.

Vous avez compris que parmi toutes mes immenses qualités humaines que vous pressentez maintenant, l'intérêt pour lester young est la plus remarquable.
Il y a un autre disque du président de cette époque et c'est le dernier. Il a été enregistré à paris le 4 mars 1959. Lester devait rentrer à new york quelques jours après et s'éteindre, le 15 mars exactement, seul dans sa chambre d'hôtel en écoutant , paraît il un disque de frank sinatra, son chanteur préféré.

Je ne peux plus écouter ce disque. Si lester joue convenablement, pour des raisons que j'ignore ( rené urterger, survivant de la séance pourrait peut être nous en dire plus ), le batteur-kenny clark en l'occurrence- ne lui pardonne rien et lui mène un train d'enfer.

Vous l'avez compris, je me dévoile, lester young est le plus grand musicien de jazz de mon panthéon personnel. Avec louis armstrong et charlie parker ils ont fait cette musique.

l'influence de lester est énorme. Sur parker d'abord qui lui doit beaucoup mais sur la quasi totalité des ténors qui ont suivi. Il a eu des disciples « intégraux » comme paul quinichette le « vice - prez » excellent musicien qu'on peut écouter là:

mais aussi, chez d'autres afro américains comme wardell gray ou budd johnson.

La « west coast », pour faire court, était intégralement lesterienne.Pas toujours avec bonheur. On n'est pas responsable de ses enfants, ni louis armstrong de louis prima et al hirt, ni hawkins de certains « honkers » douteux, ni bill evans de l'évanescence pianistique qu'il a parfois suscitée, ni lester de musique aseptisée se réclamant de lui.

Si, ce qu'à dieu ne plaise, vous ne possédez aucun disque de lester young, la marche à suivre est très simple: demain ( ce soir c'est trop tard ) poussez la porte du premier disquaire venu ( je sais il n'en reste plus beaucoup ) et achetez n'importe quel disque de lester. Mieux achetez les tous ( si vos moyens ne le permettent pas, volez les! ). Vous me remercierez de ce conseil.

Dans mon denier message, j'employais je crois cette expression « assez causé de vieilleries » .donc causons de nouveautés:

le pat martino consacré à wes montgomery est excellent.

Accompagné de l'énorme david kikosky au piano ( vu avec roy haynes il y a bien longtemps ) qui sonne ici curieusement un peu comme le meilleur oscar peterson, martino rend un hommage vibrant et réussi à son maître. Bien sur vous vous précipiterez après, comme moi, sur « the incredible jazz guitar of wes montgomery » enregistré dans le même format pour comparer.
Martino s'en tire bien, avec une sonorité étouffée du meilleur effet et un vrai hommage sans plagiat. Pour la petite histoire rappelons que martino est devenu amnésique suite à un accident de santé et qu'il a du réapprendre intégralement la guitare. Vu la manière dont il joue j'ai du mal à croire à cette histoire...

Autre nouveauté: sonny please, le nouvel opus ( j'aime toujours opus ) de sonny rollins.
Bon sonny a la plus belle carrière de toute l'histoire du jazz, il a 77 ans, il joue toujours aussi bien; qu'est ce que vous voulez que je vous dise de plus? Qu'il apporte du neuf ? Évidemment non. Mais c'est sonny, indiscutable comme le beaujolais avec la tête de veau.

Pour terminer: mon exil ( pas forcé hein, je n'ai pas été déporté n'exagérons pas ) provincial me prive un peu de « live ». Donc je vais voir ce qui se passe dans mon bled, quand il se passe quelque chose ( en général de la musique institutionnelle , subventionnée et du genre « musique improvisée » façon solo intégral de contrebasse, accompagné de projections de photos de zones industrielles au petit matin- en noir et blanc- ) .
Donc samedi soir c'était le sympathique trompettiste ronald baker et son équipe. Jazz revival, donc jazz revival, donc jazz revival. Ah si, un pianiste, alain mayeras, que j'aimerai bien entendre dans un autre contexte.

Je voulais vous causer aussi d'un disque très curieux de jaky byard mais il est trop tard. Demain est un autre jour.

4 commentaires:

Milady a dit…

Ah !!!
Plein de choses à dire.
Alors... le coup de l'amnésie qui efface tout, y compris le style du musicien, je l'avais lu au sujet de Mal Waldron... et j'avais aussi eu un peu de mal à y croire.
Deuxio : le quintet de Ronald... bon moi, j'adore. Hard bop revival, quand-même, et moi le hard bop je ne peux pas résister (surtout que Patrick Filleul, si c'est toujours lui, est quand-même un pas du tout mauvais batteur pour ce genre d'exercice). Alain a enregistré sous son nom... pas mal du tout... mais j'ai un doute sur Jean-Pierre Jackson, un poil trop... sec ? Carré ? Métronome ? En tout cas, j'en avais parlé là : http://ladydomi.over-blog.com/article-2035246.html
Et on finit par... Lester... on dirait bien que je possède les mêmes immenses qualités que toi. Ce qui est amusant, c'est que je l'écoutais il y a trois jours, ce "Laughing...". Et je préciserai, avant de m'embarquer pour la Patagonie, que Lester jouait sur clarinette en métal -- et qu'il est à peu près le seul clarinettiste que j'apprécie vraiment. Merveilleusement entouré sur cette séance, c'est vrai... un George Duvivier solidissime... et Sweets...

Christian a dit…

J'ai enfin compris une chose : Gaston est un disciple de Sun Ra, persuadé que les plus grands musiciens de jazz sont des extraterrestres envoyés sur terre pour sauver le monde par la beauté !
Je connais moins Lester Young, que j'adore pourtant. Il faut absolumment que je me plonge dans sa discographie. Rien n'est perdu, je suis en train de reécouter du Duke en ce moment...
J'ai vu Dave Kikorsky avec le quarter de Roy Haynes il y a bien longtemps aussi, à Toulouse. Quel était donc le saxophoniste qui les accompagnait ?
Le disque étrange de Byard, c'est Byard with Strings ?

gaston a dit…

le disque (très) curieux de byard est "freedom together" où il joue notamment du vibraphone, de la batterie et du sax ténor.

moi aussi j'ai un trou sur le ténor de roy haynes mais je me demande s'il ne s'agissait pas de javon jackson- je me souviens qu'ils terminaient en chantant le "everywhere calypso" de rollins, roy à la seule charleston.

Milady a dit…

Papa Roy je l'ai vu avec Donald Harrison... c'est pas ça. Sinon, Craig Handy était le ténor régulier de son quartet au début des années 90.
Le Byard... n'y aurait-il pas Richard Davis, sur celui-là ? Me semble bien l'avoir entendu... je l'ai même peut-être sur K7, tiens !
Alors... ce Point of Departure ? Hmmm ?