mardi 17 juillet 2007

sévèrement burné...

Mes apparitions sporadiques sur ce blog dénotent une atmosphère estivale plus propice au farniente qu'à l'écriture, même lâche et peu déliée. Quoi qu'il en soit je m'y recolle vite fait mais vous allez voir que ça va être très court.

Tout d'abord je vous dois une explication sur ce titre dont la gouaille vulgaire le dispute à l'abscons total.

En fait j'ai profité de ces quelques jours entre deux messages pour visionner intégralement les dix (10) DVD de la série JAZZ réalisés par Ken burns. Il m'a fallu un certain courage, quoique le visionnage ne soit pas un exercice très cassant, quand on sait que cela représente à peu près 20 ( vingt ) heures au total.
Bon, haletez vous, mais de quoi s'agit il , pourquoi nous les casse t il avec son burns ?


j'explique ( pour les béotiens bien sur ) :


ken burns est un documentariste ( j'ignore si ce néologisme est approuvé par l'académie, disons donc un réalisateur de documentaires ) américain, ni trop jeune ni trop vieux ( il est né en 1953, chacun jugera mais moi je trouve que c'est jeune ) .

pour la télévision américaine, et notamment la chaîne PSB , il a réalisé un certain nombre de documentaires, sur des sujets divers ( base ball- the civil war- l'architecte frank lloyd wright etc ) dont cette monumentale série sur le jazz en 2001.

une des particularités de KB est, outre bien sur un travail méticuleux avec une documentation énorme, as usual chez les US guys , l'utilisation d'un procédé original de « zooming » permettant de donner vie à d'anciennes photos en noir et blanc. Évidemment cela s'applique particulièrement bien au jazz sur lequel les documents filmés sont extrêmement rares.

Par exemple le fameux « diminuendo & crescendo in blue » du festival de newport en 1956, où les 27 chorus mythiques de gonsalves ont sonné la renaissance de duke ellington, n'ont fait l'objet d'aucune archive filmée. A partir de quelques photos en noir et blanc et de la bande son, burns fait revivre la scène, pas comme si on y était mais presque.

Donc 20 heures de film depuis les origines du jazz jusqu' à nos jours ou quasi.
Je ne vais pas cracher dans la soupe, d'ailleurs si ça ne m'avait pas intéressé, vous me connaissez, j'aurais arrêté avant la dernière séance.

c'est très bien fait et ça parle constamment de ce qu'on aime, donc, si vous en avez l'occasion et vingt heures à perdre, n'hésitez pas.

Bon; vous sentez poindre la réserve, le gaston qu'est jamais content...

pas faux. En fait cette histoire est parfaitement l'histoire du jazz telle qu 'elle est racontée dans les bons manuels. Donc entièrement fausse !

La place, très excessive, faite aux musiciens blancs est d'ailleurs révélatrice ( paul whiteman, benny goodman, artie shaw, tommy dorsey n'ont pas du tout l'importance que ken burns leur laisse ). A l'inverse, le blues est cité plus comme schéma musical que comme ce qui est sa vraie place : l'humus du jazz; et une vraie histoire du jazz reste à faire; c'est à dire en réalité l'histoire de la musique afro américaine; la notion de jazz n'étant qu'une invention de journalistes ou d'intellectuels qui, reprise décennies après décennies , a fini par s'imposer comme une vérité.

Il est vrai que l'entreprise était difficile. Raconter cette histoire, pleine de bruit et de fureur, qui s'est déroulée dans un temps si court, dans une nation si jeune et dans un siècle si troublé, était une vraie gageure. Le découpage en époques, styles, écoles est très arbitraire. Je pense que l'ami burns en était conscient et il essayé de tourner la difficulté par l'utilisation de figures récurrentes ( louis armstrong notamment et duke ellington pour lesquels burns montre un amour et un respect qui sonnent juste ) mais la vraie vie est rétive à ces classifications.

Donc document historique remarquablement bien fait mais relevant plus de l'histoire événementielle telle que je l'apprenais à mon époque ( 1515, 14juillet, austerlitz ) que de l'école des annales (1).

on y apprend des choses non essentielles ( billy strayhorn était homosexuel par exemple ) . on y pointe quelques erreurs. Par exemple le seul musicien non américain assez longuement ( et justement ) cité est django. Ce qui nous vaut quelques images du club des lorientais avec l'ami claude luter ; censé résister par la musique à l'occupation allemande...(lol)

parfois le commentaire soulève de vraies réflexions . A titre d'exemple le qualificatif donné à Art Tatum d' « invisible man « est très bien vu. Son influence, sur charlie parker notamment, est très souvent sous estimée.

Que faire ? Le conseiller ou le déconseiller ? Le conseiller bien sur. Quelques soient ses limites ce documentaire est trop rare pour être ignoré des vrais amateurs et sa qualité plastique rachète la relative pauvreté de la réflexion historique.

Et puis il faut tout voir quitte à être critique. Sinon nous finirons comme nos amis anglais qui viennent de retirer des rayons des librairies pour enfants les exemplaires de « tintin au congo » d'hergé au motif du politiquement incorrect.



Bien sur que tintin au congo est, à nos yeux d'aujourd'hui, politiquement incorrect mais faut il le brûler ? À cette aune il faut aussi brûler Montaigne. Relisez les « essais » ( qui n'est pas un traité de rugby, ignorants que vous êtes ) et les passages que notre michel consacre aux femmes et vous serez édifiés ( montaigne ne se souvenait même plus, dans sa correspondance , du nombre d'enfants qu'il avait eu exactement! ) .


précipitez vous sur ken burns ( enfin ses films ) si vous en avez la possibilité et gardez l'esprit critique. Et laissez vos enfants, si , ce qu'à dieu ne plaise, vous en avez, lire tintin au congo.

. De mon dernier message j'avais lancé le concours des disques les plus improbables de la discothèque. Personne ne m'en a proposé; tout le monde s'en fiche. Tant pis je persévère. Donc je vous recommande dans le genre « nanars » intégrals deux duke ellington de derrière les fagots:

un enregistrement de septembre 1947 ou l'orchestre accompagne un chanteur nommé woody herman sur des trucs aussi géniaux que « cow boy rhumba « ( ça ressemble vraiment à une rhumba de cow boy, si ).



une extrait de la « private collection » ( enregistrements que le duke réalisait « à compte d'auteur « pour tester l'orchestre ) où, piqué par le succès de rock n roll, le duke s'y essayait,de façon assez pataude soit dit en passant, sur quelques titres ( dont ocht o' clock rock, tout un programme )



si je savais comment mettre de la musique sur ce satané blog, nul doute que je vous ferais entendre les extraits mais... ( à moins qu'un blogger émérite ne m'aide )
puisqu'on est dans les trucs corne culs, je ne résiste pas à vous signaler une chose rigolote : les « liner notes » rédigées ,soit disant, par cannonball adderley pour un disque vee jay des « young lions « de 1960 ( lee morgan, wayne shorter, frank strozier et bobby timmons notamment ).



Si vous trouvez ce disque n'hésitez pas à vous régaler ( de la musique d'abord qui est excellente ) de la prose de l'adderley, bouffie de prétention littéraire et philosophique mais, rassurez vous, je suis persuadé, connaissant mon julian, que jamais il n'était l'auteur de cette rigolade...

c'est l'été non ?

(1) j'avais mis un renvoi pour faire une plaisanterie très salace sur l'école des annales mais, connaissant votre pudibonderie naturelle, je ne m'y risquerai donc pas...

4 commentaires:

Le Fox a dit…

aye yayayayaye !!
pourquoi ai-je cliqué sur ce lien de commentaire chez Milady ... ?!
Quelle verve ! Quel talent !! quelle prolixitude !!!
tant de musiques à découvrir ...
Je crois que devrais suivre les preceptes du célèbre philosophe nord-américain originaire du royaume de l'Öst, Arn Schwatzegger : "I'll Be Back"
et I'll vais aussi le rajouter dans mes liens ...

Milady a dit…

Niark... Bien fait Fosquinou...

Oui, rayon calamités, y'a aussi les tubes pop des sixties par l'orchestre de Basie...

(quand je pense que je ne t'ai toujours pas mis en lien chez moi... pour éviter que d'autres visiteurs se laissent aller à cliquer comme Fox, qui ne s'en remettra jamais tout à fait...)

Milady a dit…

Oui, juste en repassant... le passage sur «Tintin au Congo» me fait repenser à la petite colère qui s'est emparée de moi quand, relisant à un peu plus de vingt ans «La Case de l'Oncle Tom», j'ai constaté que la traduction employait le terme de «nègre»... à mon humble avis, les éditions Folio, s'adressant aux «juniors», auraient été bien avisées, peut-être pas d'employer une traduction plus politiquement correcte (surtout pas, même), mais de faire précéder le texte d'une notice explicative... je ne sais pas si le tir a été rectifié lors des rééditions successives de ce bouquin...
Voilà, c'était l'énervement du samedi soir !

Jazz Chroniques et coups de coeur a dit…

Salut Gaston,
Me voilà en ballade par chez toi, l’endroit est accueillant ! Sympa ton blog :o)
Pour le Young Lions, il est très chouette effectivement, j’aime beaucoup la composition « Fat Lady » de Bobby Timmons !

Z