dimanche 5 août 2007

red's good groove

vous vous souvenez de rufus harley ? Mais si, le gonze qui joue de la cornemuse ( sac à tuyaux in english ) et dont je vous causais la semaine dernière. Ca y est , vous remettez ?

Comme je vous le disais je localisais bien le rufus mais je n'avais jamais entendu une note sortir de son engin spécial. Grâce à milady, nous avons tous pu nous délecter du son charmeur du biniou, c'est le cas de le dire, du rufus.

Mieux encore ( mais peut on, par essence, faire mieux que milady ? ); l'excellent blog « pharaohsdance » vient de publier un enregistrement de rufus. Vous le trouverez là :



http://pharaohs-dance.blogspot.com/

je pense que vous pouvez le télécharger sans vous mettre dans l'illégalité, pharaosdance ne publiant que des enregistrements vynils, jamais réédités ni sous cette forme ni en CD ( si problèmes ne comptez pas sur moi pour vous payer un avocat ! ).

du coup , rufus, qui était mon triangle des bermudes jazzique, est maintenant complètement situé sur la carte. Une question demeure : pharaohmachin lit il mon blog ou s'agit il d'une coïncidence ? J'ai un peu de mal à croire aux coïncidences sur un sujet qui intéresse si peu de monde, même de par le vaste univers...

bon, autre chose: vous avez remarqué comme moi, et j'en causais récemment, la propension hallucinante qu'ont les magazines spécialisés à user et abuser des numéros spéciaux ( spécial coltrane, spécial miles, spécial B3, j'attends avec impatience le spécial cornemuse qui, selon toute logique, devrait intégralement être consacré à...rufus harley! ). cette formule n'a que des avantages:


-pour le magazine, fréquemment dans une situation de trésorerie légèrement obérée ( cf au travers du temps les divers avatars de jazz hot qui ne bénéficie pas contrairement à son frère ennemi jazzmag du soutien financier du groupe frank ténot ), ça fait vendre des exemplaires, avec un prix au numéro un peu majoré.


-Pour le lecteur ancien dans la fonction, c'est toujours bon d'avoir une somme complète mettant à jour ses connaissances et bénéficiant des dernières découvertes de la recherche jazzique.


-Pour les jeunes générations ( notez que je n'aime pas les jeunes, ni les vieux d'ailleurs ) ça permet de découvrir complètement un artiste ou un style etc.


donc, puisque ça se fait et que gaston tient absolument à être up to date, aujourd'hui numéro spécial. Mais spécial quoi d'abord ? Et bien spécial RED GARLAND. Vous n'en croyez pas vos yeux hein ? Tiens y'a des jours où je me demande si vous me méritez.

vous connaissez tous red garland ( garland veut dire guirlande mais ça n'a aucun rapport avec sa musique c'est juste pour faire l'intéressant ) de par sa participation à certains des meilleurs enregistrements de la période prestige de miles davis.


Je vous raconte pas sa vie vous la trouverez dans tous les bons dictionnaires.

Toutefois indispensable de savoir que le red était né en 1923 à dallas et qu'il est mort en 1984 à dallas aussi. Ça a l'air de rien mais ça a son importance. En effet, notre texan est retourné dans sa ville natale en 1966, abandonnant tout espoir de faire une carrière nationale ou internationale à la différence d'un de ses modèles ahmad jamal. Tout ça en raison des ennuis de santé de sa vieille mère infirme dont il a tenu à s'occuper jusqu'à la fin. ( belle histoire non ? et édifiante avec ça )


en 1966 red n'a que 43 ans et c'est un peu jeune pour prendre sa retraite. De fait, bien que des enregistrements, excellents, de red existent après cette date, sa carrière sera très modeste et il continuera certes à se produire mais dans des trucs un peu miteux jusqu'à sa mort. Dans un forum d'all about jazz, sa petite fille confirme cette dévotion familiale assez étonnante.


Faut dire que le red prenait dès le départ la carrière musicale un peu par dessus la jambe puisque sa première ambition était de devenir boxeur professionnel, ce qu'il a d'ailleurs été jusqu'en 1946 ( catégorie poids léger ) avec une trentaine de combat ( désolé je n'ai pas les résultats détaillés ).


deux informations supplémentaires d'inégal intérêt:


-son surnom vient du fait qu'il s'était , par pure provocation, teint les cheveux en rouge ( pré-punk attitude par le fait ) .


-il avait à philadelphie rencontré john coltrane avec lequel il s'était lié assez étroitement et c'est lui qui aurait recommandé coltrane à miles.


Quoiqu'il en soit c'est chez miles que sa carrière prendra un vrai virage et que sera constitué une des plus belles rythmiques de l'histoire ( garland-paul chambers- philly joe jones ). écoutez là dans n'importe lequel des disques de miles de cette époque et vous serez sidérés par son efficacité et son swing.


Celui là par exemple est un must de ce point de vue.

En bonus vous aurez le fameux Billy Boy que miles lui a concédé en trio, en hommage à ahmad jamal.

À propos de swing, je ne sais pas si vous avez remarqué mais c'est devenu comme un gros mot. Plus personne ne parle de swing alors que la littérature spécialisée des années 40 par exemple s'interrogeait gravement sur sa nature, nature que personne n'a d'ailleurs jamais pu définir précisément, un peu comme celle de la sainte trinité. Je ne veux pas penser une seule seconde que ce désintérêt pour le swing viendrait de son absence dans la production actuelle ? Quoique...

bon, de cette période, au hasard de ma discothèque, y a tout ça aussi qu'est vachement bien et , de plus, facile à trouver.


Subséquemment à ce travail chez miles, red, pendant cette période, a enregistré un paquet de disques sous son nom, le plus souvent chez prestige. Ci dessous lien vers sa discographie pour vous éviter de chercher :

http://www.jazzdisco.org/garland/cat/


ces disques sont soit en petite formation avec le plus souvent son ami john coltrane et donald byrd qui tient le rôle de miles. Vous avez ça facile à trouver et absolument génial:




et quelque chose d'un peu différent mais aussi fantastique avec pepper adams et blue mitchell:



le titre de l'album « good groove » est vraiment un manifeste de l'art de red.
En effet, loin de l'austérité tourmentée et géniale de bud powell, de la magnificience baroque d' errol garner, du dandysme de winton kelly, de l'évanescence harmonique de bill evans ou de la furia frénétique d' horace silver par exemple, red garland n'a qu'un souci: swinguer!


Il le fait sous tous les modes, avec une grande prédilection pour le jeu en blocks chords dont il est, après milt buckner et avant gene harris, un des maîtres incontestés.


Ce sens premier du swing n'oblitère pas un goût extrêmement sur, une élégance naturelle et une maîtrise absolue du tempo.


En fait red est un pianiste comme on n'en fait plus. Dissimulant son énorme talent sous une modestie non feinte ( alors que tant d'autres dissimulent leur absence de talent sous une insolente absence de modestie; j'ai les noms!)


pour apprécier complètement ce grand artiste, les enregistrements en trio sont idéals ( idéaux ? Bof ), fréquemment avec paul chambers et art taylor, parfois augmentés-qui s'en plaindrait- de ray barreto. Au hasard ceux là vous feront l'affaire:


mais il y en a bien sur plein d'autres.


Dernier détail.méfiez vous de ce qu'on raconte. De mauvaises langues ,ici comme aux états unis, ont insinué que red garland n'aurait été qu'un pianiste de bar ( cocktail pianist chez les amerloques ). comme vous le savez on a dit la même chose d'art tatum. Et puis quoi, les bars c'est quand même plus sympa que le stade de france non ?


Allez, goinfrez vous de red garland vous ne le regretterez pas .


PS:


Merci à christian d'avoir fait un effort pour les disques curieux.


Tiens, aujourd'hui je vous propose ça:


c'est pas très lisible mais c'est tout ce que j'ai. Ce disque est hyper connu: il s'agit d'un enregistrement de sydney bechet où notre sydney joue, en re recording, de tous les instruments de l'orchestre. étonnant non ?

3 commentaires:

Milady a dit…

Red Garland avait une main gauche magique, avec des renversements d'accords qui n'appartenaient qu'à lui... une sonorité d'ensemble au final immédiatement reconnaissable...
Un monstre de swing (même si sous le dandysme, ce bon vieux Wynton savait de quoi il causait de ce côté-là aussi !)

PS : je rougis discrètement devant mon écran...

Christian a dit…

En voila une trés bonne idée un spécial sur un sideman (de luxe) comme Red Garland !
Et si tu veux une liste pour continuer je peux te proposer deux ou trois noms : Ben Riley, Duke Jordan, Richard Davis (bon lui c'est pour faire plaisir à Lady Domi, mais pas uniquement...)

Le swing chez Red Garland bien sur, mais c'est amusant comme me reviens toujours en premier quand on parle de Red Garland sa jolie introduction sur It Never Entered My Mind...

vesper a dit…

Et bien, non, pharaohmachin ne lisait pas ce blog, jusqu'à aujourd'hui, mais ça va changer :) le post de RH est donc juste une coincidence. Et merci pour le lien et les compliments :)