vendredi 26 octobre 2007

flashback et autres contes

je vous avais annoncé ( imprudemment ) le début de la saga mobley chez blue note mais attendez un moment, petits impatients.

Il est nécessaire de revenir sur au moins un épisode de la vie pré-blue note de hank.
Vous vous souvenez qu'il avait croisé sam woodyard chez paul gayten mais Clark Terry a également joué chez Gayten ainsi qu' Aaron bell. Que des Ellingtonniens me direz vous, sagaces comme vous l'êtes! Hé oui. Est ce pour cela que notre homme sera repéré, courant 1953, par le duke lui même, à la recherche d'un bon sax pour suppléer la vacance temporaire de jimmy hamilton ? On ne sait pas vraiment toujours est il qu'il rejoindra le prestigieux orchestre pour , semble t il, deux semaines. Ultérieurement il se souviendra de cette période et de la difficulté de transposer au ténor les parties de clarinette de jimmy.




Autres précisions sur la période qui a suivi son départ de chez Gayten. Mobley avait obtenu un job dans une boîte de newark où il officiait dans un « house band » qui comprenait également le pianiste walter davis jr. La proximité de new york permettait d'accueillir des « stars » comme billie holiday ou lester young ou encore dexter gordon avec lesquelles mobley a pu parfaire son métier.


c'est dans cet établissement qu'il sera remarqué par max roach et vous connaissez la suite. Max l'appréciait particulièrement et souhaitait l'emmener avec lui en californie, ainsi que clifford brown pour former ce qui allait être, à l'été 53, le « roach/brown quintet ». Malheureusement mobley s'est révélé introuvable. Il est très vraisemblable que les problèmes d'addiction à la drogue qui allaient le poursuivre sa vie durant étaient déjà la cause d'une vie instable et de l'incapacité où il s'est trouvé par la suite d'exploiter correctement, d'un point de vue commercial, ses dons musicaux. Il s'avère , sans faire de spéculations excessives, que contrairement à beaucoup de ses confrères, il répugnait à s'éloigner de New york.


Parmi les autres musiciens avec lesquels il a joué à cette époque il faut mentionner tadd dameron, J J Johnson et milt jackson.


Revenons à septembre 1954 époque où il quitte le big band de dizzy et se retrouve peu de temps sans boulot à new york.


c'est là que tout se joue. Au légendaire Minton's playhouse se produit un jeune pianiste ( 26 ans ) Horace silver. Bien que jeune, horace a déjà derrière lui une grande expérience : il a accompagné stan getz avec jimmy raney et a déjà enregistré sous son nom

. En février de la même année il avait participé , pour la firme blue note, à un enregistrement qui deviendra mythique : « A night at Birdland » aux côté d ' art blakey, leader nominal, clifford brown et lou donaldson.


Si clifford est clifford, c'est une autre histoire, blakey et silver ( mais aussi dans une certaine mesure donaldson; quoiqu'encore parkérien canal historique ) , c'est très net dans ce disque ( réécoutez je vous prie l'incroyable « night in tunisia » ! ) inventent une musique nouvelle.


En 1954 le be bop est à bout de souffle. Après la révolution parkérienne le jazz s'est dévoyé vers des formes occidentalisées, abstraites. Les musiciens blancs, absents de la révolution be bop, reprennent le dessus avec la west coast . Les « vedettes » noires leur emboîtent parfois le pas. C'est le cas de miles davis avec son nonet birth of the cool. Le lien qui existait encore quelques années auparavant entre les masses afro américaines et le jazz s'effiloche, le R&B s'impose, on ne trouve progressivement plus de jazz dans les juke box des quartiers noirs. Parker enregistre avec des cordes ou des orchestres cubains. Il est loin le temps où les jeunes noirs allaient danser au savoy avec d'authentiques orchestres de jazz, chick webb, basie ou lunceford. On ne danse pas avec le nonet de davis ni avec les disque de parker.


Entendons nous bien, ceci est un constat. La west coast nous a laissé des enregistrements admirables et parker avec des cordes fait pleurer mais, sociologiquement, les choses sont nettes. Le jazz s'est, disons...embourgeoisé.
Les jeunes turcs issus des ghettos qui ont 10 ou 15 ans de moins que parker aspirent à autre chose .Nous le savons tous, ce sera ce qu'il est convenu d'appeler le « hard bop » .


bien qu'il soit difficile de dater et d'identifier les courants artistiques, il n'est peut être pas insolent de dire que le hard bop est né cette année 54, au minton's playhouse.


Silver y joue; il engage mobley. Quelques blocs plus loin un orchestre joue avec kenny dorham et art blakey. Le week end ils viennent « jammer » avec le quartet de silver.


Ils se plaisent; ça fonctionne...Ils décident de former une coopérative ( blakey, silver, dorham, mobley auxquels s'adjoint le bassiste de Détroit doug watkins ). Il faut trouver un nom à la coopérative. Blakey en a un qu'il utilisait quelques années plus tôt pour un orchestre où ne jouaient que des muslims: « the jazz messengers » . va pour the jazz messengers.


Si cet orchestre est dans la tradition du be bop par son expression musicale il est également, et c'est la grande nouveauté, ancré dans la tradition afro américaine du blues et du gospel que les boppers (et encore plus les « cooleurs » ) avaient délaissés.


Alfred lion le producteur de blue note connaissait silver qu'il avait déjà fait enregistrer. Il est enthousiasmé par la nouvelle formation qu'il décide d'enregistrer.
Vous voyez qu'enfin la saga mobley chez blue note arrive. Mais la suite au prochain numéro.

1 commentaires:

Christian a dit…

Ah Gaston, tu sais manier le suspense avec talent !
Mais on voit déjà poindre deux ou trois caractéristiques qui expliquent pourquoi tu place Hank Mobley si haut :
- un jazzman authentique (jusqu'à l'excés : refus de jouer avec des blanc, la dope...)
- un pionnier (injustement) méconnu : un des principaux créateurs du hard bop avec Max Roach, Clifford Brown, Art Blakey, Horace Silver...
- un malchanceux chronique : il aurait pu être le ténor du Brown/Roach Quintet, avant Harold Land et Sonny Rollins, et j'imagine la suite (Miles Davis, et d'autres ?)