samedi 31 mars 2007
excuses
problème des coffrets . que fait la police ?
Ah oui, j'allais oublier. Je dois des excuses relativement au message d'hier. En effet vous n'avez pas été sans observer que j'ai commis, par étourderie, une grave faute vis à vis de l'immense communauté des non fumeurs que je sais particulièrement vétilleuse. La pochette du disque de johnny hartman, que j'ai reproduite sans penser à mal, montre icelui fumant une cigarette; et puis fumant franchement.
C'est bien simple on ne voir que ça ! Mais où avais je la tête. Nul doute que la faculté et les ligues, associations et clubs divers défendant à juste titre le droit légitime des non fumeurs de vivre décemment vont me tomber dessus. Je n'ai plus un poil de sec. Si je demandais l'asile politique à Cuba ? Il n'est peut être pas trop tard. En tout cas promis je ne le ferai plus. Autre chose. Comme je l'ai indiqué précédemment j'ai reçu le livre « les musiciens de jazz et leurs trois voeux » édité à partir des notes de pannonica de koenigswater qui avait, d'une part pris des tas de photos des musiciens, et d'autre part posé à ceux qu'elle rencontrait la question « si vous pouviez voire réalisés trois voeux, quels seraient ils « . donc le bouquins c'est les photos et les réponses à la question.

Disparue en 1988 à 75 ans pannonica était une parfaite excentrique. Son père était charles rothschild , banquier anglais de la famille du même nom. Mariée à un diplomate, elle a eu 5 enfants, ce qui ne l'empêchera pas de mener à new york une vie de bâton de chaise tout en protégeant les musiciens de jazz, musique qui était sa passion. C'est chez elle qu'est mort charlie parker et que thelonious monk, avec lequel elle était très liée, a fini sa vie.
Ses photos , prises au polaroïd, ne présentent aucun intérêt artistique ( c'est à peu près le genre de photos que je prends ) mais un énorme intérêt documentaire et affectif.
Quant aux réponses je vous en donnerai quelques unes , prises au hasard ( pas trop sinon messieurs buchet et chastel vont me faire des histoires )
les trois voeux de philly joe jones : du fric, du fric, du fric !
De coleman hawkins :une santé de fer, beaucoup de succès, être EXTREMEMENT riche
duke ellington: mes voeux sont très simples... je veux tout ce qu'il y a de mieux!
La suite au prochain numéro.
j'en profite que ces citations vous ont mis dans de bonnes dispositions pour aborder un grave problème qui nous concerne tous. Celui des coffrets. vous savez les éditions phonographiques sous forme de plusieurs CD réunis entre eux par une boîte cartonnée formant donc coffret.
Connaissant vos goûts, c'est le genre de cadeau que vous risquez de recevoir ( ça m'est bien sur arrivé ) et c'est la pire chose car bien sur vous n'écouterez jamais cette musique. C'est bien trop compliqué.
Un exemple : charles mingus, the complete debut recording 1951/1958. 12 ( douze ! ) CD bien rangés, empilés en fait, dans une boîte, avec un couvercle. Ce que vous voulez écoutez est généralement, loi de murphy oblige, sur le CD qui se trouve au fond de la boîte. Le seul fait d'imaginer les efforts nécessaires à trouver cette musique vous amène à penser qu'elle n'est peut être pas aussi bien que ça et que, tout compte fait, une autre musique, sur un CD NORMAL, fera aussi bien l'affaire.

Dans la perversité raffinée,il y a encore pire : « the riverside record story »,
excellente compil en 4 CD de l'histoire riverside. Impeccable, que de la très bonne musique. Ouais, mais là attention, c'est titre par titre. Donc si vous voulez écouter par exemple « autumn leaves » enregistré sous le nom de Ernie Henry, vous devez d'abord extraire le fascicule, coincé entre les CD. Puis repérer sur le dit fascicule, qui compte 53 pages, sur quel CD se trouve le ernie, puis trouver le bon CD. Hallucinant.d'autant plus que charles mingus, vous l'avez classé à charles mingus mais riverside où ?
Et quand je vous dis que la campagne électorale en cours n'aborde pas les vrais problèmes quotidiens des français, c'est pas un exemple ça ?
Comme c'est samedi et que je suis encore plus paresseux que d'habitude le samedi, j'arrête là.
Actuellement j'écoute ça :

fantastique eric dolphy bien sur , à la flûte et à l'alto ( un génie ! ) mais aussi le trop méconnu ken mc intyre pour lequel j'ai toujours eu un faible. Avec art taylor et walter bishop jr la rythmique est parfaite parce qu'elle permet justement de tempérer les audaces harmoniques des deux souffleurs. Tout cela forme un équilibre musical qui me convient parfaitement.
Demain, pour faire plaisir à daniel, je parlerai de ma méconnaissance de von freeman, comparée à ma connaissance hypertrophiée de hank mobley ( ce qui est intéressant c'est pourquoi l'un et l'autre alors que musicalement ils sont du même calibre ? Bon on verra ça demain )
vendredi 30 mars 2007
johnny be good
Bien oublié, leon thomas a existé à nouveau un peu grâce à mon blog. Donc je suis utile à quelque chose. Ça n'est pas rien quand même !
Encore quelques mots sur leon(e) et puis après, promis, on n'en parle plus jamais.
Tout d'abord sur sa coupable activité chez count basie . Lady domi , à qui rien de ce qui est discographique n'échappe, me fait observer quelques titres enregistrés par leon chez le count ( voir les commentaires du message précédent ) est ce réédité ?
Sur la dernière période de la vie du leon, la même me fait remarquer un disque de 1998 où il officie auprès de la chanteuse jery brown. Jazz miscellanous fait mieux puisqu'il m'a procuré l'enregistrement. Son écoute ne m'a pas convaincu. Si on ne connaissait pas les enregistrements précédents on trouverait sans doute ça très bien mais... leon se survit là à sa gloire passée et la version du « cretor has.. » est émotionnellement très loin de sa collaboration avec pharoah.
Dernière chose sur leon. En examinant de plus près le disque « full circle » je me suis aperçu ( merveille du packaging ) qu'à l'intérieur, mais vachement bien dissimulé, du cartonnage, se trouvait un livret, en français qui plus est, de jacque denis ( qui officie habituellement chez jazzman dont j'ai donc eu tort de dire du mal ). une phrase seulement, très juste, de JD : « enregistré en 1973, ce disque s'inscrit pleinement dans son époque, celle de la soul militante et du jazz libre de se réinventer, celle du « what's goin' on » de Marvin Gaye et de l 'Attica band d' Archie Shepp. » c'est mieux dit que je ne l'aurais fait, mais JD lui est payé pour ça !
enfin enfin, j'avais omis de vous dire comment j'avais découvert leon. C'était il y a très longtemps sur un disque de roland kirk/al hibbler ( qui lui ne fait pas vraiment partie de mon panthéon personnel, le dit hibbler ) où, sur un seul titre ( dreams ) leon chantait magnifiquement.
Bon j'arrête avec leon(e)
puisqu' on parle de chanteurs, épuisons le sujet, enfin c'est une façon de parler; vous ne couperez pas, petits veinards, à eddie jefferson un de ces quatre.
Johnny hartman, ça vous dit quelque chose johnny hartman ?

curieusement le johnny n'est pratiquement connu des jazzophiles que pour ça.
Comme moi vous trouvez que ce disque est magnifique et fait partie de ceux que vous emmèneriez sur un île déserte ( comme il y a rarement l'électricité sur une île déserte il ne vous servira à rien ! ). La version des deux johnny ( laissez moi une fois appeler coltrane johnny ) de « my one and only love » est de ces moments de pure beauté sereine qui font que la vie vaut quand même d'être vécue non ?

Le mystère, pas vraiment élucidé à ma connaissance, est : pourquoi JC avait fait appel à ce chanteur, à priori très éloigné de ses orientations musicales ?
On sait que bob thiele, le producteur, souhaitait faire enregistrer à JC un disque plus vendeur, avec un chanteur. Mais il semble bien que ce soit JC qui ait préconisé JH. Comment le connaissait il ? Sachant que johnny hartmann n'avait rien enregistré depuis 1956 et que sa notoriété était très faible.
De la même génération que coltrane JH est un cas vraiment à part. Pas vraiment crooner à la king cole ou sinatra, c'est un chanteur de ballades, point. Avec une voix absolument magnifique de baryton. Jamais de up tempo, jamais de scat. Que des romances, magnifiquement et calmement exposées, avec une grande profondeur.
Ça n'est pas étonnant que clint eastwood ait choisi deux de ses chansons ( easy living et for all we know ) pour la bande son de « la route de madison », film romantique s'il en est ( que ma femme adore et qu 'elle a du voir 18 fois...). Malheureusement pour johnny ce sera une reconnaissance posthume puisque le film est de 95 alors que johnny nous a quitté en 83.

sur la lancée de la collaboration avec coltrane , impulse lui fera enregistrer un disque la même année « I just dropped by to say hello « que j'écoute en ce moment.
Ce disque me fait d'ailleurs un peu mentir puisqu'il y a deux morceaux ( don't call it love et kiss and run ) un peu plus enlevés, ce dont il se sort d'ailleurs très bien. Dans ce disque elvin jones reprend les baguettes et, curieusement car il s'agit de tempéraments vraiment opposés, c'est illinois jacquet qui assure les parties de sax , bien que le jean baptiste illinois en connaisse un rayon côté ballades.
Il semble bien qu' hormis une petite gloire au japon quelques temps, JH n'ait jamais connu de succès commercial marqué et que son nom restera associé à un seul disque, celui avec JC. C'est dû sans doute à un talent limité à un genre unique; la ballade romantique. Il est vrai qu'il est difficile d'écouter intégralement un de ces disques sans sentir poindre un léger spleen qui peut même se transformer en ennui, voire en assoupissement. Donc , au réveil, privilégiez plutôt le flyin' home d'illinois jacquet sous peine de vous rendormir.
Quand même, johnny hartmann mérite d'être connu et apprécié, même s'il restera un chanteur marginal dans l'art du chant afro américain.réécoutez immédiatement « my one and only love « s'il vous plaît !
Nb: il a enregistré, peu de temps avant sa mort, un disque « once in every life » dont on dit le plus grand bien. J'avoue ne pas le connaître.
mercredi 28 mars 2007
leon(e) thomas story
mais non je ne vous ai pas abandonnés mais certaines nécessités contingentes m'ont tenu éloigné du blog. Mais Gaston is back !
Tout d'abord, avant que j'oublie et bien que je ne sois pas stipendié par les éditeurs de disques ( je le regrette d'ailleurs ) je vous signale que, dès début avril, vous pourrez trouver dans les bacs de vos disquaires préférés ( à « prix doux » dit la pub, ce qui n'est pas pour me déplaire ) une série de rééditions PRESTIGE ( the RVG remasters series ) très intéressantes. Il est vraisemblable que vous possédiez déjà certains de ses disques et vous n'allez pas vous fendre d'une dépense fut elle à « prix doux ». ça doit être le cas des rollins, coltrane ou jackie mc lean. Par contre, si, vous ne les avez pas, achetez absolument le BLACK TALK de charles earland et le don't go to strangers d' etta jones ( déjà parlé ici ). également le très bon « eastern sounds » de yusef lateef avec barry harris, un de mes préférés du yusef. Vu ça dans la revue jazzman que je viens d'acheter, revue de plus en plus inconsistante soit dit en passant . A part une interview de freddie redd ( que je croyais mort, je m'en excuse auprès de lui ) on voit bien que le jazz a été inventé par les européens ( français habitant le marais spécialement )... bon il en faut pour tous les goûts.
Comme vous l'avez compris, fidèles lecteurs, ce blog n'a aucune prétention sauf celle de me faire plaisir et, collatéralement, de faire éventuellement partager mon goût pour quelques musiciens que j'aime particulièrement, évidemment pas trop connus car vous n'avez pas besoin de moi pour duke ellington, charlie parker, lester young ni john coltrane.
c'est pourquoi aujourd'hui j'aimerais bien que vous intéressiez un peu plus que vous ne l'avez fait jusque là à un formidable chanteur : leon thomas ( ou leone thomas comme il se fit appeler à partir de 1974, je ne pense pas que cela avait de rapport avec un changement d'identité sexuelle, vous voyez le mal partout !).
je ne vais pas vous raconter sa vie mais, enfance classique (parents chantant à l'église et amateurs de blues ), né en 1937 à east st louis où il côtoiera grant green ( le monde est vraiment tout petit ). New yorkais à partir de 1958, il a enregistré cette année là son premier disque pour RCA, disque qui n'a pas été édité à l'époque- mais réédité depuis – ensuite une carrière en plusieurs temps:
Tout d'abord il remplace joe williams chez count basie. Il existait, il y a encore peu, sur youtube une video où on le voyait chanter avec l'orchestre du count.
Malheureusement il semble qu'elle ait disparu. Dommage car, à ma connaissance ( mais je ne connais pas tout et j'ai vraiment la flemme d'aller compulser l'énorme discographie de bill basie ) il n'y a pas de disque du count featurant leon.
Cette video montrait un chanteur encore très traditionnel, belle voix de baryton dans le style de joe william.
Plus tard il va évoluer vers des expériences musicales beaucoup plus avancées et en phase avec la musique de son temps, ce qui n'était pas évident pour un chanteur.
Pour ne pas être trop long, l'essentiel : son association avec pharoah sanders, et l'utilisation d'une technique vocale très particulière , proche du « yodel ». Il y a pas mal de versions là dessus. On dit qu'il l'avait découvert suite à un accident de la bouche, ou qu'il s'est inspiré des chants amérindiens, ou encore des voix africaines pygmées. Peut importe au fond.
Enfin, à partir de 1973, il se joindra à la cohorte du guitariste carlos santana , passons...
il a disparu en 1999 mais je crois qu'il n'avait plus grande activité musicale depuis un moment.
l'essentiel ce sont les disques qu'il nous a laissés. En leader ils ne sont malheureusement pas très nombreux.
Je vous cite ceux que je connais bien .
le premier, en 1969 « spirits known and unknown » , qui , à mon avis est le meilleur. Entouré de james spaulding, toujours remarquable spécialement à la flûte, de lonnie liston smith, richard davis et roy haynes plus, sur trois faces, son employeur pharoah sanders. Ce duo délivre avec le titre « the creator has a master plan » ( vu le résultat ça se discute ) une musique d'une très grande force spirituelle. S'y rajoutent une magnifique et très émouvante version du « song of my father » d' horace silver ainsi que « ain' t goin to vietnam » qui reflète les préoccupations de l'époque. Il vous faut ce disque ! Émotion garantie.
On trouve sur la réédition de ce disque, en bonustrack, également celle du disque de 1958 jamais édité à l'époque. Le contraste est saisissant entre le leon thomas des deux époques.

Ensuite « blues and the soulfull truth » en 1972. C'est une autre face de leon. Arrangé par pee wee ellis ( un des JB'horns ) il donne à entendre des versions de blues traditionnels comme le boom boom boom de john lee hooker, voire le cc rider de ma rainey. Mais leon ne se laisse pas enfermer dans le genre et garde une très grande liberté dans son art.

Troisième manière, en 1973, « full circle ». il est clair que bob thiele le producteur a essayé de donner un tour plus commercial à la chose . Dans le répertoire ( sweet little angel de BB king ou you are the sunshine of my life de steevie wonder ) et dans le format ( with strings ) mais ça vaut quand même le détour, même si c'est paradoxalement un peu plus daté que les précédents.

Pour être complet dans ce qui me semble indispensable d'écouter de leon; deux disques de 1970
SUPER BACK BLUES vol 2
il s'agit de l'enregistrement d'un concert de blues auquel participaient de nombreux artistes. Sur ce disque on peut entendre eddie vinson puis T bone walker puis joe turner, tous accompagnés du même orchestre, qui comprenait winton kelly au piano et elvin jones à la batterie ( on croît rêver !). Leon est présent sur trois titres, avec lui son propre orchestre ( ce n'est pas que l'autre soit sale attention ). Un magnifique « welcome to new york » connoté de préoccupations sociales :
New york city sans contrôle des loyers
c'est un salaud qui vole les aveugles
yeah yeah, new york sans contrôle des loyers
ce serait comme un salaud qui vole les aveugles
toutes ces augmentations dans les locations
ça suffit, pour rendre un pauvre homme fou

enfin, en sideman , leon thomas participe, et de belle manière, à l'ultime apparition discographique de johnny hodges. Enregistré en mars, le lapin disparaîtra en mai. Il y joue merveilleusement comme à son habitude et laisse leon chanter son welcome to new york ci dessus. arrangé par oliver nelson, on voit les trois lascars sur la pochette ( qui n'est pas semblable à celle que je possède )

bref , leon thomas est un artiste singulier, tiraillé entre tradition et une avant garde où l'art du chant n'avait pas une place évidente et qui ,malgré une carrière erratique, nous laisse une oeuvre vraiment spéciale et parfois d'une très grande beauté.
Voilà, j'arrête sur leon ( ou leone ). peut être vous le connaissiez déjà sinon ruez vous sur ses disques. Je ne sais pas si ils sont trouvables facilement. Les « flying dutchman » cités doivent à mon avis être disponibles quelque part sans trop d'efforts ( sauf celui de les payer ce qui n'est pas rien je le concède ).
a bientôt
NB :dans ma fantaisie sur patato valdes ( ça y est je le tiens bien ) vous avez pu penser que l'épisode du mambo avec brigitte bardot était forcément inventé comme le reste. hé bien pas du tout il est parfaitement exact que patato fait une apparition dans le (exécrable ) film de vadim. comme quoi l'invraisemblable est parfois plus vrai que ce qui paraît vraisemblable et que donc il ne faut se fier à rien . et particulièrement pas à ce que j'écris, sauf bien sur s'il s'agit de leon thomas !
lundi 26 mars 2007
va donc hé patato
j'avais, assez légèrement je le reconnais, indiqué potato, sur la fois de la lecture du disque dont je faisais état , le « latin bit » de grant green.
Immédiatement, christian m'a interpellé pour me faire observer que, nonobstant tout ça, le valdes se surnommait patato et non point potato.
Piqué au vif, je répliquais en exhibant sans tarder la pochette du disque.
La réaction de jazz miscellanous a été nette. Foin de crédit aux rédacteurs de pochettes, fussent ils de blue note, hors de patato point de salut.
j'ai donc voulu en avoir le coeur net, ma réputation sur les cinq continents étant menacée, compte tenu de la diffusion mondiale d'internet.
Après des recherches qui m'ont littéralement épuisé, je suis en mesure de vous donner la version exacte des faits.
Très jeune dans sa campagne cubaine, le petit carlos se distinguait par son aptitude aux rythmes raffinés de son île natale. Par contre son QI de pétoncle le rendait la risée de ses camarades ( il faut dire que le cubain, quand il est jeune, a une propension naturelle aux lazzis, quolibets et autres moqueries ). En raison de son allure pataude et de son esprit peu délié, il fut donc surnommé « patato » , ce qui fit le désespoir de ses parents, qui avaient bien des mérites par ailleurs.

Émigré aux états unis, il se construisit une belle carrière de musicien, mais sous le nom qu'il avait amené avec lui soit patato valdes. Ce qui explique que nombre de disques font état de patato.
Toutefois, la notoriété et un début de fortune, lié à son désir de faire un mariage convenable, l'amenèrent à considérer que , affublé de ce sobriquet, il ferait immanquablement mauvaise figure lorsqu'il serait présenté par l'élue de son coeur à sa future belle famille ( et les familles cubaines, croyez moi, ne rigolent pas avec ça ).
dans le même temps, il devait tenir compte du fait qu'il était professionnellement connu sous ce nom de patato et que en changer comportait des risques commerciaux graves qui pouvaient amener avec la même future belle famille des difficultés, certes d'un autre ordre mais fâcheuses également.
C'est là qu'intervient son idée de génie; changer sans changer ( la stratégie du guépard quoi ! ). Se souvenant qu'un fruit cubain existe sous le nom de « potato » ( potato en français se dit potate et est assez connu des gastronomes . On en fait notamment du coulis, le fameux coulis de potate )
il se fit donc appeler potato valdes et c'est pourquoi l'un et l'autre se dit ( ou se disent, ça dépend des grammairiens ) selon les époques.
Tout ça ne l'a pas empêché de faire une belle carrière et même de faire un peu de cinéma puisque c'est lui qui apprend le mambo à brigitte bardot dans le film de vadim « et dieu créa le femme « ( ce point est facilement vérifiable auprès de tous les bons filmographes ) .
cette histoire ( totalement fausse évidemment ) est à rapprocher de celle de sister rosetta tharpe ( et cette histoire là est par contre véridique ) qui s'était fait connaître sous le nom de rosetta thorpe, qui était le nom de son mari. Quand elle a divorcé elle n'a voulu ni perdre le bénéfice de sa notoriété en reprenant son nom de jeune fille, ni continuer à porter le nom d'un ex exécré, d'où le thorpe devenu tharpe.
Bon, valdes c'est réglé, ma réputation est rétablie ( au prix de quelques contorsions je vous le concède mais faut ce qu'il faut)
. j'ai reçu le bouquin « les trois voeux des musiciens de jazz « et je vous en distillerai quelques extraits marrants à partir de demain.
dernière précision que j'avais oubliée, concernant cette fois grant green. j'ai lu que sur la fin de sa vie GG était devenu un bon musulman ( good muslim dit le texte en anglais ) et qu'il aurait participé au financement de la mosquée de sa ville, (mais je ne sais pas de quelle ville il s'agit )
GG avait un fils, appelé grant green junior, qui joue également de la guitare. il aurait tourné en europe cet été. dès que j'en sais plus je vous informe. Enfin, le dit fils est marié et sa femme qui se trouve être la belle fille de GG a écrit un livre sur son beau- père ( qu'elle n'a en fait jamais connu ). Toujours d'après ce que j'ai lu ce livre ne serait pas d'un grand intérêt .
Bonne soirée.
dimanche 25 mars 2007
samedi 24 mars 2007
blue in green
Jusqu'à une époque récente grant green a été scandaleusement sous estimé ( il n'est pas encore estimé à sa juste valeur mais ça s'arrange ). Je ne parle pas de la France où là c'était incroyable. Pensez que ce musicien n'a dans le dictionnaire du jazz droit qu' à 32 lignes ( trente deux vous avez bien lu ! ). Dans le même temps, et je ne parle pas de l'édition de 1988 mais de celle « revue et augmentée » de 1994, la chanteuse française Tamia, dont il faut bien dire qu'à part sa famille, et ce n'est pas faire insulte à sa mémoire, personne ne se souvient, a droit à 36 lignes.et bruno chevillon, contrebassiste français a droit à 49 lignes ...
Il faut dire que GG ( on va l'appeler comme ça maintenant OK ? ) avait tout contre lui, pour ne pas attirer l'attention des musicologues français ( forcément ) distingués. Autodidacte, dans le business de la musique depuis l'age de 13 ans, sorti du gospel, genre dans lequel il avait fait ses premières armes, inapte à faire des déclarations fumeuses sur la philosophie de la musique ou la musique de la philosophie (1), simplement capable de jouer de la guitare, ce qu'après tout on est naturellement en droit de demander à un guitariste. Je ne me souviens pas avoir lu un article sérieux et documenté sur lui dans une revue française ( mais je n'ai pas tout lu==> « la chair est triste hélas et j'ai lu tous les livres » un disque de grant green à gagner à qui me trouve l'auteur? Moi je crois que c'est mallarmé mais j'ai la flemme de vérifier )
Peu à peu, on se rend compte que GG ( et si je continuai à écrire gégé ? Trop familier peut être? Vous avez raison mais tant pis allons y pour GG. ) est un des guitaristes majeurs des années 60, situation qu'il partage avec wes montgomery de 10 ans son aîné toutefois.
Originaire de St louis , comme chuck berry curieusement,( quoique si on n'y réfléchit un peu c'est peut être pas aussi curieux que ça; il y a entre le style de chuck, toutes proportions gardées évidemment, et celui de GG des coïncidences) il y est resté assez longtemps puisqu'il n'a intégré new york qu'en 1960 , à 29 ans. Enfin c'est ce qu'on dit dans les notices officielles. Je fais modestement observer que son tout premier enregistrement, certes en sideman, a été réalisé en 1959 à new york, dans l'orchestre de jimmy forrest ( où il cotoie le jeune elvin jones ) . Ce disque, que je possède sous le nom de jimmy forrest, vient d'être réédité récemment sous le nom de grant green:

la gloire de GG y gagne ce que la déontologie discographique y perdra.
La première apparition nous fait entendre un GG très sur de lui et très proche du syle qui sera constamment le sien pendant les quelques années qui viennent et qui vont être les plus productives.
En fait la grande chance de notre homme c'est d'avoir rencontré lou donaldson, qui a tout de suite compris à qui il avait à faire et qui l'a illico présenté à alfred lion de la firme blue note.
En trois ans de 1961 à 1964, comme leader ou comme sideman, GG enregistrera pour blue note plus de séances qu'aucun autre musicien avant ( ou après ) lui Je vous ai déjà raconté l'histoire mais on dit qu'il couchait dans le studio pour passer de la séance de l'après midi à celle du lendemain matin.
Cette situation a plusieurs explications. La première est naturellement artistique. Lion avait compris la valeur de ce musicien, sa disponibilité à s'intégrer à toutes les formations possibles en apportant une touche bluesy/churchy qui était dans l'air à l'époque. mais les séances c'est comme la valse il faut être deux. De son côté GG avait,de façon chronique, besoin d'argent. Disons le tout net son besoin d'argent n'était pas du à l'entretien d'une vieille mère malade ou à une euvre caritative mais bel et bien au fait que GG était un camé grave à l'héro .
Revenons à la musique. Comme leader, pendant cette période il ne va graver pratiquement que des chefs d'oeuvre. En 1961 plusieurs disques. Le premier « grant first stand » avec l'organiste baby face willette.

Puis plus classiquement et plus be bop, avec un pianiste, et quel pianiste, kenny drew « sunday morning :

toujours la même année, ( enfin partie en décembre et partie en mars de 1962 ) un disque très important « born to be blue » puisqu'il rencontre sur ce disque deux musiciens qui vont compter pour lui : sonny clark ( hé j'en ai déjà parlé je n'y reviens pas ) qui va être le « house pianist » de blue note comme grant green va être le « house guitarist ». et puis le sax ténor Ike quebec. Ike quebec est d'une autre génération que clark ou green, il a presque 20 ans de plus qu'eux et son style dérive des ténors hawkinso- chuberryens mais, protégé de blue note, il en sera le AR Man, disons le directeur de production, s'intégrant à l'occasion aux formations et réalisant sous son nom quelques ( excellents ) disques bien sur avec les zèbres de la bande blue note.

Encore en 61 « green street » où il expérimente la formule trio

( guitare/basse/dms) où il excellera.il reproduira cette formule dans le très bon album « standards » la même année .
Enfin en aout 61 « grandstand » avec jack mc duff à l'orgue et yusef lateef au sax ( j'aime moins ce disque , pourquoi? Mystère )
En 62 avec « feeling the spirit » il revient aux sources de son enfance, le gospel.

Toujours en 62, car c'est la mode, il sacrifie au cha cha cha avec « the latin bit » et les cogneurs de congas habituels willie bobo et potato valdes. disque remarquable puisque GG joue effectivement « latinement » les thèmes et, dès l'exposé terminé, revient illico à sa manière habituelle bop/blues.

Toujours cette année 62, avec sonny clark seront enregistrés des quartets dont la musique , magnifique, ne sera éditée qu'après leur disparition.
Enfin, en 1963 son chef d'oeuvre, de mon point de vue « idle moment »

joe henderson et bobby hutcherson sont dans le coup.duke pearson devenu producteur à la place d'ike quebec tient le piano et a écrit les arrangements. Sur des thèmes de duke pearson ( l'éponyme et nomad ) de GG ( jean de fleur) + le django de john lewis, GG s'élève au dessus de sa manière habituelle, qui n'est déjà pas rien, pour délivrer une musique vibrante, tendue, lyrique; moment de grâce qu'il ne retrouvera plus complètement par la suite.
En 1964, il enregistre « matador » avec quasiment la rythmique de john coltrane, dont il reprend my favorite thing. Je ne suis pas complètement convaincu non plus par ce disque...

la même année « talkin about JC » avec larry young et elvin. On sent que ça ne colle plus tout à fait et que le gamin de st louis élevé au biberon du boogie woogie et du gospel puis du be bop se fait violence pour intégrer une musique « avancée » qui ne lui correspond fondamentalement pas.

En 1965, il quitte blue note pour verve où il enregistrera ça, plus dans sa manière au fond que le « pré ou péri-free » qui régnait chez blue note à l'époque ( attention c'était vachement bien jackie mac lean, grachan monchur ou eric dolphy mais c'était pas le truc de GG me semble t il ).

de 1965 à 1968 ses problèmes liés à la drogue vont le tenir quasiment éloignés des studios. Revenu en meilleure forme et l'âge aidant, il a songé un peu plus à sa carrière et donc à construire une image musicale plus vendeuse. Son aptitude au blues et l'air du temps ( james brown, peace and love et tamla motown ) l'ont amené à se produire dans de nouvelles conditions , plus rythm and blues que be bop.C'est peut être le lot des guitaristes très doués de finir dans un certain commercialisme ( voir wes ou george benson ) tout le monde ne peut pas avoir la chance comme charlie christian de mourir à 26 ans!
Les disques de cette époque , comme le » live at lighthouse » de 1972 sont agréables mais on est loin du charme des années blue note dont il a été un artiste phare et exemplaire. Il disparaîtra en 1978.

directement dérivé de la musique populaire noire de son enfance, fécondé par la découverte de charlie christian , le style de GG est unique mais pas seulement pour ça; beaucoup de guitaristes de sa génération sont dans ce cas . GG a quelque chose de plus : un lyrisme contenu ,une vibration spéciale et électrique, quelque chose comme le grand père be bop de jimmy hendricx qui aurait écouté django.
Comme sideman chez blue note il a accompagné tout le monde . Pour mesurer l'intérèt de sa présence il suffit d'écouter le « work out » de hank mobley en 1961 où figure grant green et le « another workout » de la même année, avec exactement les mêmes musiciens mais sans GG. Lumineux!


Il serait trop long d'énumérer les dizaines et dizaines de disques où il joue . J'aime bien ces deux là


dernière chose, si vous en avez la possibilité, écoutez à la suite le « round midnight » de GG en 1961 ( album green street) puis celui de wes montgomery en 1959 ( album a dynamic new sound avec melvin rhyne à l'orgue ) . vous constaterez la différence radicale d'esthétique des deux musiciens. Doublement de tempo, sonorité tendue et acide de GG. Tempo « à jeter l'ancre » , rondeur du son,climat sombre pour wes .
(1)vous avez vu comment,subtilement je sors ma culture marxiste revisitée ( mais si rappelez vous « misère de la philosophie,philosophie de la misère » réponse de marx à proud'hon. Vous vous en fichez ? C'est vous qui avez raison )
ah zut il faut avancer les montres cette nuit ? J'arrête tout et je vais me coucher...
vendredi 23 mars 2007
tu veux ma photo ?
causons de la photo, à laquelle lady domi m'a fait penser en citant un livre sur les couvertures de disques ( je vais aller sur son blog voir de quoi il s'agit et me le procurer -pas le blog, le livre).
Le jazz a inspiré les photographes, d'ailleurs qu'est ce qui n'a pas inspiré les photographes ? , à telle enseigne qu'à une époque, ça s'est un peu discipliné maintenant, les concerts étaient totalement rendus insupportables par une nuée de lascars armés de machins avec des téléobjectifs longs comme la tour eiffel qui exécutaient autour de la scène un ballet insupportable. En matière de musique vivante je hais les photographes, autant que daniel hait les organistes ! ( private joke ).
Je ne me suis personnellement, tant que l'argentique a régné en maître, totalement refusé à manipuler la diabolique invention de niepce et daguerre ( penser que niepce se prénommait nicéphore était en soi la preuve de l'aspect inhumain de ce procédé ). pour être franc, depuis que le numérique existe, je me suis laissé faire mais je n'en suis pas plus fier pour ça..
sérieusement, les photos nous laissent un souvenir des musiciens, quand il n'y en a pas , ça manque ( rappelez vous mon air dépité devant l'absence de photo de wilbur harden ).
les photographes de jazz ont du talent ou pas. Et surtout ils sont là au bon moment ou pas. Je suis toujours stupéfait de considérer tous ces photographes à un concert de sonny rollins dont les photos doivent se compter par milliers.A qui vendent ils ces clichés ? Mystère.Par contre où étaient ils quand freddie keppard jouait hein ? je vous le demande ?
Donc il y a des photos qui comptent. En france longtemps jean pierre leloir a régné en maître sur la photo jazz. Dans ma prime jeunesse et lointaine province j'avais organisé une expo des photos du susdit, qui espérait en vendre des tirages. L'expo était très bien mais on n'a rien vendu...JPL n'était pas content. Il a du s'en remettre depuis.
Les photos peuvent décorer les murs de votre intérieur et signifier au visiteur quels sont les sujets de conversation possible avec le maître de céans. Je l'ai fait :
mais il ne faut pas en abuser sous peine de passer pour un mono maniaque ( ce qui peut être le cas mais ça n'est pas nécessaire que ça se sache ).photo d'une séance historique, d'un disque admirable ben webster gerry mulligan jimmy rowles leroy vinnegar mel lewis.( vous savez le type de disque qu'on cherche toujours. est il à mulligan, à webster, à divers ? )
je viens de prendre cette photo. vous remarquerez donc à quel point il vaut mieux que je m'abstienne.à propos de william claxton, auteur de cette photo, il avait commis un reportage photos en 1960, commandé par le jazz-musicologue allemand J E berendt, qui a été réédité l'an passé par la très bonne maison TASCHEN. Du point de vue photos et documentaire c'est un ouvrage absolument remarquable et indispensable. Claxton et berendt ont sillonné les states à la recherche de ce qu'était le jazz et le blues de cette époque. En 1960 c'était encore assez pittoresque.

Je possède cet ouvrage que ma femme m'a offert pour mon anniversaire ( j'avais bien sur préalablement fait d'habiles suggestions, écartant cravates, montres ou tout autre cadeau parfaitement inutiles à un amateur de jazz même modestement éclairé ).
je vous le conseille vraiment. Il n'a que deux défauts:
son prix: 150 euros ( donner le prix d'un cadeau reçu fait partie de ma délicatesse naturelle )
son poids: 7,2 kg ( je viens de vérifier sur la balance de la salle de bains, vous savez celle que vous insultez tous les matins )
bon si on rapproche les deux chiffres ça ne fait que un peu plus que 20 euros le kg, ce qui soutient la comparaison avec beaucoup de denrées de moindre nécessité ( plutonium, caviar etc ).
donc l'ennui de ce livre, ce n'est pas le prix ( surtout quand c'est un cadeau) c'est le poids. En effet si sa dimension permet de profiter des magnifiques photos qu'il contient,son maniement, sauf si on est un athlète complet, est un peu délicat . Ce qui fait que je ne suis pas allé au bout de sa lecture, exercice qui ressemble un peu aux poids et haltères.
Je crois que le bassiste milt hinton était un féru de photos et qu'il a laissé un très grand nombre de clichés de ses confrères . Est ce que cela a été édité ? Mystère.
Vous vous rappelez que je fulminais contre l'épuisement rapide du livre de nica de koennigswater, « les trois voeux des musiciens de jazz ». En fait je viens de m'apercevoir que amazone, le vendeur en ligne, l'avait en stock. Dès que je le reçois je vous en cause.
En matière de photo on ne peut passer sous silence le travail de francis wolff chez blue note. Ce n'est pas que wolff soit un très bon photographe mais, co associé avec A. lion de blue note, il était au premier rang pendant les séances et l'ami reid miles lui arrangeait le coup après.
Bon demain, promis, je vous parle de musique et peut être de sam cooke, mais je suis parfaitement capable de changer d'avis ( jackie mc lean me tente bien aussi...).
enfin, voyant que je parlais photo, lola a absolument insisté pour que je publie un cliché de ce qu'elle considère comme son meilleur profil. comment voulez vous que je refuse ? cet animal me tyrannise.

jeudi 22 mars 2007
addendum
http://musiciansmoments.blogspot.com/
bennie , sonny et corrida
comme vous l'avez vu, hier les nécessités contingentes ont fortement limité ma capacité d'expression. Je vous ai, en compensation de ma cruelle absence, communiqué le papier de francis marmande qui avait un petit rapport avec mon antépénultième blog relatif au blues.
Je l'ai malheureusement, dans ma précipitation, accompagné d'un petit mot quasi élogieux sur FM. En effet j'avais complètement oublié que ce garçon, outre ses papiers sur le jazz, était également, de façon occasionnelle et estivale certes mais quand même, le chroniqueur attitré dans le même quotidien du soir, de la corrida ( mais si vous savez, cette barbarie qui consiste, après l'avoir torturée devant un public de crétins excités et parfois même pas espagnols, à tuer purement et simplement une pauvre bête qui n'avait fait de mal à personne . Essayez donc de faire la même chose dans votre jardin avec votre caniche, vous allez voir vos voisins! ) donc je retire ce que j'ai dit sur ce pitoyable aficionado (un aficionado ne peut être que pitoyable comme un économiste ne peut être que distingué ).
d'abord , à part quelques bonheurs d'expression comme celui cité hier, ses papiers sont plutôt verbeux. Voilà, dire du mal, ça fait du bien !
Bon revenons à billy root. Vous vous souvenez que j'avais découvert ce billy là dans le disque « dizzy atmosphère » édité chez speciality par art rupe. Il y jouait du baryton et un peu, il faut bien le dire, les utilités. J'en avais rapidement déduit, après avoir consulté sa bio, qu'il n'avait pas du enregistrer grand chose. Mon erreur était aussi grande que celle qui consisterait à croire qu'un enfant qui saute à cloche pied est unijambiste.
En effet, grâce à C&D ( pour les initiés ), j'ai trouvé un enregistrement de 1958, excellent, chez blue note, du tromboniste Bennie Green ( pas confondre avec le pianiste de 40 ans son cadet ) où billy root tient le ténor au côté de gene ammons et s'en tire ma fois très bien. Donc suivons la piste de billy root, je vous tiens au courant.

A ce sujet j'ai toujours eu un faible pour bennie green, qui se différencie des trombonistes de sa génération ( il a un an de plus que JJ Johnson pour situer ) par une certaine distance vis à vis du be bop même si il en adopté l'idiome. En effet il a gardé des grands trombonistes de l'époque swing un certain penchant pour la joie de vivre et l'expressionnisme. Je possède un autre disque de bennie en leader, celui là:

édité sur le très obscur label « blue moon » (?) benny fait équipe avec jimmy forrest au ténor et sonny clark. Au piano.
Sonny clark est également là sur le disque « soul stirrin » ( ce titre me fait penser aux « soul stirrers », groupe de gospel dans lequel a débuté le chanteur sam cooke, dont il faut absolument que je vous entretienne un autre jour ).
ah! sonny clark.mâtin quel pianiste ! Mort à 31 ans ( d'une crise cardiaque mais je me méfie beaucoup des permis d'inhumer concernant les jazzmen de cette époque ) il a laissé derrière lui une oeuvre discographique immense.
Après une période de purgatoire, il est maintenant bien reconnu à sa valeur, qui est celle d'un des principaux disciples de bud powell. Accompagnateur hors pair comme en attestent ses innombrables prestations en tant que sideman, c'était aussi un soliste et leader de premier plan. Très original, il s'exprime dans un style très précis, avec un discours parfaitement articulé. Ses albums ( en trio ou en petite formation ) sont tous d'un goût très sûr et d'un équilibre parfait.
Vous pouvez trouver actuellement dans les bacs ça:

je ne l'ai pas acheté pour deux raisons: il fait doublon avec des disques que je possède déjà et qui plus est coûte une vingtaine d'euros ( 26,98 à la FNAC en import japonais ) . vous connaissez maintenant mon sens aigu de l'économie. Mais si vous êtes riches ( et vous l'êtes j'en suis persuadé sinon vous feriez des heures supplémentaires au lieu de blogguer à tout va ) achetez le sans hésiter.
vous remarquerez la photo qui résume à elle seule la haute estime dans laquelle
Bien que né en Pennsylvanie c'est en californie qu'il commencera sa carrière. De cette époque il reste des disques ; surtout deux, ses enregistrements avec le grand tromboniste frank rosolino ,( curieusement je ne raffole pas de ce disque ) et surtout cette pure merveille :

un détail, si vous avez de bons yeux vous distinguerez le nom du batteur: joe jones qui vous intriguera. Non ce n'est pas papa joe mais l'autre qui ne se faisait pas encore appeler « philly ».
.Mais c'est à partir de son arrivée à new york en 57 qu'il explosera notamment en devenant le « pianiste maison » de blue note, comme grant green sera son pendant à la guitare ( on raconte que pour gagner du temps entre deux séances GG couchait dans le studio de rudy van gelder, bon comme toutes les légendes, hein!). SC et GG ont d'ailleurs enregistré ensemble des faces magnifiques.

Malheureusement, les producteurs de blue note ne les ont jamais éditées du vivant de ces deux artistes, préférant promouvoir des choses un peu plus vendables ( on ne peut pas en vouloir à alfred lion, financièrement blue note était toujours sur la corde raide )
comme sideman SC a participé à des albums majeurs. Ce sonny rollins avec roy haynes

ou encore le « the congregation » de johnny griffin, dont la plus belle réussite il faut le dire, tient à la pochette d' andy wharol ( accrochée au mur de mon salon de musique, je rigole je n'ai pas de salon de musique, mais qu'est que vous croyez ? )

mais aussi les chefs d'oeuvre blue note de dexter gordon.


Un des premiers hank mobley en leader, tout le gotha quoi!

ou enfin, mais c'est un souvenir personnel, le « camp meetin » de don wilkerson qui a été l'indicatif de « pour ceux qui aiment le jazz » ( mais si vous connaissez don wilkerson, c'est lui qui prend le chorus de ténor sur le « I got a woman » de ray charles. Vous voyez bien! )

en leader tous ses disques sont à acquérir ( ou à voler c'est vous qui voyez ). le plus connu est « cool struttin' « avec philly joe, paul chambers et jacky mc lean. Formidable. Mon préféré est « leapin and lopin' » avec charlie rouse et billy higgins ( un de ses derniers enregistrements ).


les trios sont à écouter absolument ( si vous disposez de 26,98 euros c'est le moment, vous ne les regretterez pas ).
pour terminer merci à tous ces correspondants et à leurs commentaires et surtout au fait qu'ils semblent apprécier ce blog. En tout cas je prends beaucoup de plaisir à le faire ( on verra si ça durera ).
Je récapitule, je dois du sam cooke et la suite de l'enquête sur la vie dissolue de billy root.
Bonne soirée à tous.
mercredi 21 mars 2007
blues suite ( et fin ? ...)
Comment avez-vous atterri au Teddy's Juke Joint ?
Comment vous avez atterri ici ?" Ici : au nord de Zachary (Louisiane), en pleine cambrousse, Chez Teddy, un dimanche de mars dans la nuit. La quatrième fois, ce n'est plus une puce à l'oreille que met la question, c'est un caïman. D'abord le leader, guitariste-chanteur de blues, Sundance, 56 ans, casquette et chemise noires à flammèches argentées. Puis, le bassiste, King Salomon. Après quoi, le batteur, "Pic" Delmore, et pour finir, galurin à plumeau distingué et manteau de cuir de la grande époque : Hoodoo Jimmy : "Mais comment diable avez-vous déniché cet endroit ?" Cet endroit. Le Teddy's Juke Joint.
Vrai qu'au pays des plantations, c'est assez coton. Notez donc : monter de Baton Rouge par la Highway, regarder à droite et à gauche dans la nuit, pas seulement à cause des alligators qui n'attendent qu'une embardée de la caisse, avec du pain de mie tranché, un verre de Gaillac et le pot de moutarde. Non : ici, l'assurance automobile est plus chère que dans les Etats voisins. Les types roulent vite et ne suivent pas le droit chemin.
Passé Zachary, ne pas rater l'Old Scenic Road. Puis la départementale, et enfin, au quatrième crocodile à gauche, virer sur les chemins de terre, vous n'avez plus qu'à vous débrouiller. Au bout d'un chemin qu'aucun film à la noix n'oserait inventer, surgit le Teddy's Juke Joint en majesté : sublime, inespéré, illuminé comme mille sapins en Noëls riches, la cuisine en vitrine, façon trois-étoiles à 40 euros l'entrée, une coquette baraque en bois, un lieu du monde, on sent de suite l'humanité, la joie d'exister, le blues, Faulkner, Robert Johnson, les pauvres gens chics.
Dans l'aquarium, Molly fricote la "soul food", la cuisine du Sud, à fond d'épices, visiblement destinées à gâcher la digestion de l'alligator. A l'intérieur, chaleur, courtoisie, lampions, rigodons, blues, bar, filles, types énormes, bières, néons, baraque foraine, personnel, clients, musicos, haricots rouges : pas la moindre faute de mauvais goût.
Feutre blanc, gilet itou, un poil d'embonpoint depuis qu'il a ouvert l'affaire en 1976, chaînes en sautoir, chemise à jabot, moustache de séducteur, bagouses à chaque doigt, élégance morale que les princes n'ont jamais eue, excellent au poker, Teddy est le roi des lieux. Et du coup, vous reçoit comme des rois. A chaque pause, Teddy file au fond de la salle, dans le retable à faire pâlir toutes les Italies. Dans sa boîte bariolée, il fait le DJ. Alignez tous les clichés que vous avez pieusement accumulés sur les Etats-Unis d'Amérique. Inversez-les : vous êtes chez Teddy, dans la nuit, un dimanche soir, il ne peut rien vous arriver de mieux.
Le blues ? Ah oui : ici, c'est le blues, le vrai, le sérieux, le rieur, toute la nuit, Cathy, la Janis Joplin du delta, Phil Guy, le frère de Buddy, qui débarque avec sa smala, le blues dont on vous serine qu'il a disparu. La plus grande invention du siècle. Ici la question de la couleur ne se pose pas. Dans le pays, elle se pose partout. Au fait, pour dénicher Teddy's, il est préférable de passer par Bernard Cerquiglini, érudit de Baton Rouge qui a lié amitié avec Ronnie Neal, chauffeur de taxi et bluesman comme on est poète, de temps en temps mais tout le temps. Oui : tout ce beau monde gagne sa croûte dans les taxis, à l'usine, le blues, c'est la nuit.
Entre deux courses, Neal, conscience du peuple noir, organise le Rockoctober Festival et s'active au petit musée de Baton Rouge, la Buddy Stewart Foundation, à deux pas du Museum of African American History. Comment on les dégote ? Comme la cuisine de La Paquita à Mexico ou le Lush Life de Kyoto. Sans chercher, surtout : en aimant, en rencontrant, en faisant une confiance éperdue au putain de monde tel qu'il va, en pariant à tout instant sur cette face dont on sait les noirceurs - la vie. C'est tout.
Francis Marmande
Article paru dans l'édition du 22.03.07
mardi 20 mars 2007
When will the blues leave ?
comme je vous en avais averti, ma connaissance du monde du blues est beaucoup plus faible que celle du jazz- c'est dire -
mais j'aime le blues, j'ai toujours aimé ça. En fait j'ai aimé le blues avant le jazz. Bien sur il s'agissait d'une version affadie, dénaturée : le rock n roll. Mais c'est grâce à ça que j'ai pu remonter, de chuck berry à miles davis ( ça fait du chemin, mais pas tant que ça ).
je n'apprendrai rien à personne en disant que le blues, le jazz, le gospel, la soul sont des faces musicales issues du même terreau, la communauté afro américaine, et de la même rencontre: l'Afrique et l'occident.
Pendant assez longtemps, la réalité du blues nous a été cachée, ici en france. Le blues n'était pas fréquentable. Bien sur les critiques de jazz le mentionnaient, comme une des origines, et présentaient certains artistes qui avaient la particularité d'être présentables.le blues c'était les champs de coton, c'était big bill broonzy ou leadbelly. Guitare sèche et plainte exhalée. Bien sur c'est aussi ça mais dès les années 40 puis 50 et 60 ça a été aussi tout à fait autre chose.
Alors que le jazz avait fait ou faisait son « cross over » ( miles et juliette, tatum et horowitz, bechet et ansermet, duke et tout le monde,etc ) le blues restait la musique des masses noires, musique secrète, privée pourrait on dire et toujours infréquentable, notamment en raison du caractère extrêmement sexué de cette musique, mais aussi, violent, brut , épais. Bien plus tard, mai 68 et ses suites ayant libéré les moeurs, on pourra montrer james brown et son « sex machine ». 10 ou 20 ans avant c'était impensable.
Dans les années 50, l'honnête homme du jazz aimait armstong et le MJQ, à la rigueur memphis slim car il résidait en france et qu'on ne comprenait pas , la plupart du temps, le sens réel ( souvent salace ) de ses paroles. Mais le blues réel de la nouvelle orléans ( Pr longhair, dave bartholomew, fats domino (1) , smiley lewis ) de memphis ( BB king bien sur ) ou de chicago ( muddy waters et toute sa bande chess, dont chuck berry ) était inconnu, à l'exception des tournées annuelles de l' » american folk blues festival « dont l'intitulé même révélait le quiproquo.
(1) bien sur fats domino, comme ray charles , est un cas à part puisque ces artistes ont connu un vrai succès populaire en europe et en france. Mais en fait la face débonnaire de fats ou les "hits" ( the road, bien sur ) de ray ne faisaient pas connaître la réalité, sociale, culturelle de cette musique. pour vous en convaincre, traduisez les paroles de what'd i say. vous verrez que les teen agers européens étaient assez loin de s'imaginer de quoi il s'agissait vraiment ( see the girl with the diamond ring, she knows how to shake that thing, baby shake that thing ==> les raelets : "baby shake that thing" etc, de mémoire...)
Sans doute la situation était différente dans d'autres pays d'europe. En allemagne peut être à cause des troupes américaines stationnées. Et surtout en Angleterre où la proximité linguistique et culturelle avec l'amérique a amené beaucoup plus tôt une connaissance du vrai blues de l'époque par les jeunes générations. Cela explique notamment les rolling stones qui n'ont fait que refaire en moins bien ce que faisaient avant eux muddy, howlin'wolf ou sonny boy williamson.
Le drame français est que, quand les oreilles étaient prêtes pour cette musique, elle n'existait plus vraiment et la soul music avait tout emporté.
Cette musique, et notamment le blues de chicago, le plus inventif, le plus radical et innovateur, nous a été cachée , au profit il faut bien le dire de la « montée en épingle » de musiques sans racines, donc sans avenir comme le pitoyable « troisième courant ».
En vérité quand on parle de chicago blues, il s'agit du blues enregistré à chicago, le plus souvent chez la firme des frères chess où officiait un producteur, compositeur, musicien génial: willie dixon. Mais en fait beaucoup de ces artistes venaient du delta du missisipi où leur maître avait été le fabuleux robert johnson, compositeur de titres immortels comme « love in vain » ou « sweet home chicago », et guitariste indépassable. ( comme les néo orléanais étaient "montés" à chicago quelques décennies plus tôt)

bien sur quelques critiques ont fait leur boulot, jacques demètre notamment, mais ils servaient d'alibi aux revues.
Donc j'aime cette musique. Je crois que je ne suis pas une semaine sans écouter un morceau de blues.
c'est vrai que c'est mieux en direct mais c'est pas facile ici. J'ai longtemps hanté le Méridien, qui programme de bons artistes de blues. J'y ai vibré avec Magic slim,big time sarah, Jymmie johnson,, little minton ...
mais le défaut du méridien c'est d'être aussi un hotel international et donc d'avoir un public... "hotelier " ( VRP de luxe venant finir la soirée, japonais en goguette... ) donc c'est parfois un peu pénible.
Le blues est un monde à lui tout seul et je suis beaucoup moins instruit sur ses diverses écoles et musiciens que sur le jazz. Il existe beaucoup de " fanzines " consacrés au blues. Je les feuillette parfois mais ça ne me semble pas d'une grande qualité. Par contre il existe un excellent magazine " soul bag ", qui posséde une boutique également à Levallois.
Pour vous faire envie , j'ai recherché sur youtube quelques extraits sympa de mes musiciens préférés.
Freddie king , un des 3 king ( BB, albert et lui )
regardez bien cet extrait, freddie, l'orchestre, toute l'âme de la musique afro américaine est là. Le swing palpable et impalpable, l'invention, la passion le talent. Yeah !
http://www.youtube.com/watch?v=vgZ-dpSMPn0
Albert king et sa gibson flying V. Un des plus grands guitaristes qui enregistrait chez stax à memphis. Un son unique de guitare.

http://www.youtube.com/watch?v=yV3rI57hoaQ
Mon préféré. je conseille ce disque là ( malheureusement pour daniel, il y a un orgue !)

Otis rush, de chicago. Un des guitaristes chanteurs les plus émouvants et les plus originaux ( malheureusement très inégal, en proie à une dépression nerveuse permanente. Il est mort assez récemment je crois, au japon où il semblait avoir trouvé la paix )
http://www.youtube.com/watch?v=Uy2tEP3I3DM
buddy guy. Le dernier survivant de la grande époque , ne le ratez pas si il passe près de chez vous ( après on a des regrets, imaginez vous que, alors que j'en aurais eu dix fois l'occasion, je n'ai jamais vu duke ellington !).
http://www.youtube.com/watch?v=xuRhaDrnlWo
Et enfin etta james. Quand j'ai vu la première fois etta james ça m'en a bouché un coin.A vous de juger. Ames sensibles s'abstenir. Quand etta james performe, éloignez les enfants!
http://www.youtube.com/watch?v=6KOUaG6O6eE
A noter qu'etta james se révèle une chanteuse de jazz d'une grande sensibilité, notamment dans le bel album consacré à billie holiday.
Le blues imprègne tout le jazz ( et le jazz a aussi influencé le blues, nul doute que chuck berry est un descendant de louis jordan ). La plupart des musiciens des années 50/60 et même 70 ont commencé leur carrière dans ses orchestres de blues , R& B, jump music appelons ça comme on veut ( tiens, johnny griffin chez joe morris, parker accompagnant des blues shouters chez jay mc shann etc etc )
the blues will never leave
vous allez rire, demain je vous reparle de billy root ( mais si vous vous rappelez) j'en ai appris de belles sur son compte...
lundi 19 mars 2007
diabolicum persevare
j'avais dit que je ne blogguerai pas ce soir, épuisé que je suis après 500 km sous la neige fondue ( hé , en voiture, pas à pied !).
Mais je suis interpellé, à juste titre, par Jazz Miscellanous , à propos de mon message du 8/03 où j'épinglais ( à tort ) le magazine « all about jazz » pour un papier sur Etta jones où il me semblait qu'il confondait budd johnson et buddy johnson, influencé que j'étais par l'écoute récente du disque « my buddy » de la susdite jones etta.
Jazz Miscellanous me fait observer que le rédacteur avait parfaitement raison et qu'etta avait bien enregistré avec budd johnson ( quel artiste ! by the way, ténor lesterien et arrangeur de première, à ce propos de johnson, connaissez vous plas johnson, l'homme de la « panthère rose » que j'avais écouté à Nice avec beaucoup de plaisir? ).
dont acte. L'ennui avec le blog, c'est que , quand vous commencez, personne ne vous lit et que vous pouvez écrire n'importe quoi. Après ça se complique...
mais , pour ma défense, nous latins,sommes moins intéressés par la stricte vérité que par l'effet qu'on peut en tirer. C'est ainsi qu'andré malraux en écrivant « la condition humaine » ( qui n'est pas son meilleur livre ) s'était fait une réputation de bon connaisseur de la chine et de ses dirigeants. A telle enseigne que quand nixon a préparé son premier voyage en chine , il a demandé à malraux de venir lui parler de mao et chou en laï. Bien que malraux ne les connaissait pas plus que ça, il ne s'est pas dégonflé, et en parlé savamment à nixon...
demain, promis, je vous cause du blues, que je connais encore plus mal que le jazz. Ça va saigner!
ci dessous, lola, affligée par tout ça.
dimanche 18 mars 2007
RIAA is watching you !
Quelques réactions à vos réactions.
Blues march. Bien sur je suis partial, c'était l'indicatif de l'orchestre de mon école, qui devait le jouer comme des cochons. Et puis c'était l'indicatif d'une émission qui a bercé ma jeunesse :« pour ceux qui aiment le jazz » europe n°1, de frank ténot et daniel fillipachi, vous ne pouvez pas vous rendre compte. Il y a eu plusieurs indicatifs ensuite ( dont je crois le « camp meeting » de don wilkerson ) . Quand même, le chorus de lee morgan dans la version live au club saint germain, il faut être de mauvaise foi pour ne pas aimer ça ( noter que je ne suis pas contre une certaine dose de mauvaise foi ) .
sujet plus complexe: le hammond B3. C'est vrai que c'est un instrument délicat, dont on a beaucoup abusé à une époque, à ne pas mettre dans toutes les mains et à utiliser avec délicatesse. Il y a des horreurs. J'ai déjà dit ce que je pensais de shirley scott ou de lou bennett. Freddie roach est aujourd'hui inécoutable. Ma femme fait une véritable allergie à milt buckner à l'orgue, pour elle c'est un crin crin ( m'en fiche, l'écoute au casque ! ). L'orgue hammond c'est comme les spaghetti, une minute de cuisson de trop et le merveilleux al dente se transforme en nouilles immangeables...
il reste que jimmy smith, ou john patton ( écoutez le avec grant green dans le disque blue note d' Harold vick, steppin'out!), ou lonnie smith; quand ça groove, ça groove! ( il faudra reparler de larry young ) .
puisque je suis à nouveau de bonne humeur ( ce qui est mon état habituel ) je vais vous raconter une petite histoire personnelle qui, vous l'allez voir, à un rapport avec la musique, bien que cela ne vous paraîtra pas évident au début.
Quand j'étais petit ( 6 ou 7 ans ), je devais faire un voyage en train, destination vacances, avec ma grand mère. Pour m'occuper pendant le voyage ( bien que, vous vous en doutez, j'étais très sage...) elle m'avait acheté, plusieurs jours avant le voyage, un album illustré. Cet album ne devait être lu qu'une fois le train parti. Donc pendant plusieurs jours j'ai « bavé » devant cet album illustré dont j'avais interdiction de l'ouvrir, ce qui évidemment augmentait exponentiellement la convoitise.
Je me rappelle encore aujourd'hui, pour les raisons ci dessus, de cet album, et surtout de sa couverture bien sur. Il s'agissait des aventures du capitaine Corcoran, officier de l'armée des indes, et de sa tigresse apprivoisée louison. Je ne rappelle pas bien de l'histoire par contre, mais nul doute que le capitaine corcoran a triomphé des pièges des horribles sikhs enturbannés.
Des années plus tard j'ai acheté un disque de la collection « just jazz « ( qui était à gene norman ce que le JATP était à norman granz) de lionel hampton ( où curieusement lionel ne joue que sur un titre). Et quelle ne fut pas ma surprise de retrouver dans l'orchestre, qui ? Corcoran. En fait il ne s'agissait pas du fringuant capitaine de l'armée des indes mais de corky corcoran, sax ténor blanc ( enfin je suppose ) habitué des bigs bands de l'époque ( le disque est de 1947 ).
la version de stardust de ce disque avec, outre corcoran et lionel, willie smith et slam stewart ( et le frère de lester young à la batterie ) est une des merveilles du jazz enregistré ( le seul bémol tient au trompettiste charlie shavers que j'aurais pu inscrire dans ma liste d'hier ) .

comme d'autres, j'ai perdu ce disque. Mais, tout récemment, grâce à un correspondant suisse que je salue et qui se reconnaîtra, je l'ai retrouvé. Quelle merveille. De plus il m'a fait parvenir un disque entièrement consacré à corky qui n'est pas mal ( même si malheureusement le pauvre corky est accompagné d'un pianiste d'un goût très discutable ). c'est vraiment un musicien qui mériterait une réédition sérieuse. Quant à willie smith, très sous estimé également , vous pouvez trouver une très bonne compilation chez Ocium, firme catalane, olé!

Dernière chose. Je vous avais parlé de tina brooks en vous signalant qu'il avait un frère, bubba. Toujours grâce au même correspondant, j'ai pu écouter l'unique disque enregistré sous son nom par bubba brooks , à 78 ans, peu de temps avant sa disparition. Quel bon musicien ! disciple des grands souffleurs hawkins, herschel evans ou chu berry, avec une pointe personnelle. Le jazz est vraiment inépuisable et nous mourrons tous ( quelle perspective pour un dimanche, c'est tout moi ça! ) avant d'en avoir épuisé tous les charmes.

Je vous avais dit que je ne savais pas ce que signifiait « bubba ». Je me suis renseigné. Il semblerait que, jeune, bubba était très timide et que ses collègues l'avait surnommé « bashfull bubber » ( ce qui entre nous fait plutôt babbu que bubba mais bon ). l'ennui c'est que si je comprends bien ce que signifie bashfull, je ne comprends pas ce que veut dire bubber. Help, à moi les anglophones plus balèzes que moi ( en plus je comprendrai pourquoi on surnommait james miley, bubber ) .
pour vraiment finir, ci après un « flyer » de la RIAA , le lobby américain des majors de la musique: mac carthy pas mort.

demain j'essaye de vous parler du blues, pas la forme harmonique de 12 mesures, non vraiment le blues ( enfin ça sera plutôt après demain )
samedi 17 mars 2007
gloomy
Un petit blog du samedi soir?
Jusque là je vous ai surtout parlé de ce que j'aimais. Aujourd'hui, pour une seule fois seulement, comme je me suis levé de mauvaise humeur, que le beau temps est parti et que je suis paresseux, je vais vous causer de ce que je n'aime pas, enfin que j'aime pas ou qui me passe au dessus de la tête. ça va aller plus vite. ( vous aller voir ce coming out est honteux, j'ai honte...)
je n'aime pas keith jarrett, je n'ai jamais aimé keith jarret.je n'aime généralement pas la production ECM.
je n'ai jamais pu écouter en entier un disque de sun ra ( pourtant j'ai vu sun ra et c'était marrant mais l'écouter chez soi la tête entre les mains , impossible )
je trouve le « liberation music orchestra » de charlie haden, ridicule.
dee dee bridgewater est une chanteuse énervante qui ne fait passer aucune émotion.
Je ne supporte pas tal farlow. C'est sûrement vachement bien mais son coté tricotage électrique m'insupporte.
Je ne parle pas de mc laughlin, mais bon !
j'ai écouté avec beaucoup d'attention bix beiderbecke. Je n'ai jamais compris ce qu'on lui trouvait d'exceptionnel.
La musique d' andrew hill me rase.
Le groupe fondé à Paris par blossom dearie, les « blue stars » était nul. Blossom dearie ( qui est une minaudeuse ) me tape sur les nerfs (pourtant j'adore rose murphy, allez comprendre ).
Le clarinettiste tony scott est très ennuyeux.
Pee wee russel, aussi clarinettiste, joue assez faux ( il avait une excuse, son état habituel était d'être passablement alcoolisé. Peut être qu'à jeun il était très bon, mais ça n'arrivait jamais )
django reihardt est un des plus grands musiciens de jazz de tous les temps, mais ses suiveurs manouche me fatiguent très vite.
Je ne sais pas ce qu'on trouve à joshua redman.
bon j'en ai plein d'autres hein.
Un cas à part: herbie nichols; pianiste maudit comme elmo hope et dont tout le monde ( enfin tout le monde qui le connaît, ce qui après tout fait ne fait pas grand monde ) dit le plus grand bien. J'ai vraiment fait beaucoup d'efforts d'écoute, mais... rien . Ça veut pas.
j'ai parlé hier de david s ware. Je ne vais pas recommencer.
Ne prenez pas ça pour argent comptant, je change vite d'avis.
Juste un petit lien vers un excellent article du monde, dont vous penserez ce que vous voudrez.
/www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-883989,0.html
allez, bon week end et promis je ne recommencerai plus..
pour me faire pardonner, lola ( dont on voit bien qu'elle désapprouve mes jugements à l'emporte pièce !):
vendredi 16 mars 2007
je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans...
certains d'entre vous ( merci de leurs commentaires ) ont été un peu interpellés sur le sujet « monk et les trompettistes » . je rappelle que j'avais ( sans doute bien imprudemment) avancé l'idée que monk n'était pas fou de l'instrument et, hormis semble t il ray copeland, il n'avais joué avec ces souffleurs à piston que quand les circonstances l'exigeaient ( big band, concept de producteurs etc ).Évidemment thelonious n'étant plus là pour trancher le débat, et fusse t il encore là qu'avec lui on n'en aurait vraisemblablement pas appris davantage, on n'en saura réellement jamais rien.
Je suis quand même aller refeuilleter le livre de laurent de wilde ( monk, édition l'arpenteur ) pour voir si le sujet était abordé. Il l'est effectivement mais de wilde avance une théorie sur ce sujet qui ne me convainc pas totalement. Selon lui il s'agit d'une question économique: sous la pression des conditions économiques, à la fin de la deuxième guerre, il a fallu réduire le format des orchestres, sans amputer la section rythmique ce qui était musicalement impossible. Donc il fallait choisir entre le sax et la trompette. Or , je cite « il est quasiment impossible pour un trompettiste de tenir seul la vedette pendant trois ou quatre sets d'une heure sans s'abîmer les lèvres... instrument au son plus velouté et moins lassant à l'oreille du public que la trompette, le saxophone demeure ainsi,pour toutes ces raisons, et encore bien d'autres, le roi du jazz moderne » . je veux bien, et c'est techniquement même incontestable, mais alors pourquoi art blakey par exemple a toujours tourné avec un trompettiste ? Et cannonball ? Et on pourrait multiplier les exemples.
Ajoutons qu' à un moment donné la notoriété de monk ( et partant le niveau de ses cachets ) permettait sans doute, si la nécessité artistique l'avait commandé, de passer outre à ses considérations. Donc je persiste !
Comme beaucoup d'entre vous je suppose le jeu préféré est de retrouver en CD les merveilles de notre discothèque vynil ( que je n'écoute plus, par paresse ).
je viens de retrouver en « numérique »ça :

pour moi ce disque a une histoire. bien sur je n'étais pas présent à la salle pleyel le 28 février 1948, n'exagérez pas quand même. J'ai toutefois connu quelqu'un qui avais assisté à ce concert. Selon lui l'aspect « bataille d'hernani » entre les tenants du vieux style et les modernistes a été très exagéré. Je n'en sais rien.
Non; l'histoire c'est qu'il s'agit d'un des premiers disques que j'ai achetés.
Précisément en 1965 aux puces de saint ouen dans l'édition vogue ( avec une telle mémoire vous conviendrez que je ne pouvais pas être là en 48...). Comme tous les premiers disques je l'ai énormément écouté, jusqu'à connaître pas coeur le solo ( admirable ) de john lewis sur round midnight et les paroles de afro cuban drum suite, chantées je crois par chano pozo, et qu 'évidemment je ne comprends pas.
j'adorais les chorus de sax ténor mais aujourd'hui encore je ne sais pas qui jouait, de l'obscur joe gayles ou de « big nick » nicholas ! Et dans le fond je ne tiens pas trop à le savoir, les souvenirs parfois doivent rester imprécis pour garder leur charme.
Puisqu'on est dans la nostalgie, épuisons le sujet et demain on passera à autre chose. Le vraiment premier disque de jazz que j'ai acquis était un 45 tours ( hé oui ça existait à l'époque ) à moi fourgué par un camarade de collège qui l'avait sans doute piqué à son grand frère. Tenez vous bien il s'agissait du disque de thelonious Monk avec les jazz messengers ( dont johnny griffin ) . qui dit 45 tours dit deux titres :« in walked bud » et rythm a ning » . On devait être en 1962 et ça ne me posait pas vraiment auprès des filles cette musique ! ce dont je me souviens c'est que j'ignorais alors que le modèle musical était « thème et variations ». je pensais que tout était improvisé , sans distinguer le thème du reste.
Quel bon souvenir. Bien sur je l'ai perdu ce disque ( rassurez vous j'ai la musique en CD )

pour terminer là dessus, le disque de jazz qui je crois a été le plus populaire en France à cette époque a été la reprise par « the lou bennett quartet « ( lou + jimmy gourley, kenny clarke et JM ingrand à la basse ) du « AMEN » de donald byrd, toujours en 45 tours ( le 30 cm comportait un « brother daniel » dédié à daniel filipachi dont le pouvoir de diffusion était grand à l'époque ).

j'ai racheté ce disque lors de sa réédition en 1994. bon, c'est quand même pas mémorable... lou bennett n'était pas jimmy smith ( ni eddy louiss ). Je l'ai vu plusieurs fois, dont une fois au piano à un mini festival à l'ile de ré. Le pont n'était pas encore construit et le B3 n'avait pas du réussir à se caser dans le bac. Dans mon souvenir, son jeu de piano était ...curieux( il y avait quand même, plus sérieux, jimmy woode à la basse ) ça devait être en 1966.
je promets que, demain, foin de nostalgie délétère, je vous parlerai de david S ware (je plaisante bien sur, je ne comprends rien à la musique de david S ware, que j'ai vu en concert, que je respecte, mais quand même je ne comprends rien )
ah dernière chose. dans la rubrique « rien à voir »: j'ai vu, partiellement et tardivement, à la télé hier une émission consacrée au groupe manouchian ( mais si les résistants antinazi immigrés – arméniens, juifs d'europe centrale – arrêtés en 1943 par la police française et fusillés par les nazis et qui ont fait l'objet du très beau poème d'aragon « l'affiche rouge » mis en musique par léo ferré ). je n'ai rien appris, mais ça m'a fait penser que ces gars là,morts pour la France; avec un ministère de l'immigration et de l'identité nationale ( comme le préconise je ne sais plus quel candidat aux présidentielles) , ils n'auraient jamais été considérés comme français. Bon vous en pensez ce que vous voulez..
pour finir vraiment, rappelez vous que je vous avais causé de wilbur harden en indiquant qu'on ne posséderait qu'une photo de lui, photo que je n'avais pas vue. ça y est je l'ai trouvée! On est bien avancé maintenant...
mercredi 14 mars 2007
c'était la journée des gens nés en 1928
fidèles lecteurs, vous vous souvenez que je vous avais promis ( mais en cette
période électorale, les promesses...) de parler du trompettiste joe gordon. Impatients comme vous l'êtes vous rongiez silencieusement votre frein sans oser me réclamer la glose promise.
Donc tout arrive. Il faut dire que je connaissais réellement assez peu joe gordon et que j'attendais d'avoir écouté ses enregistrements de 54 avec art blakey et autres lascars pour en parler plus savamment. En fait cette écoute ne m'avait pas enthousiasmé. Séances assez routinières, un peu genre be bop au kilomètre, enfin à réécouter on ne sait jamais.
Et puis, le hasard des écoutes m'a amené sur deux enregistrements où le joe en question est « featuré » et qui présentent de grandes coïncidences entre eux. Il s'agit de ces deux disques ci dessous.


Les point communs entre ces deux disques sont:
-->le lieu : tous les deux enregistrés au « blackhawk » de san fransisco
-->joe gordon, qui participe aux deux.
-->Shelly manne, qui ne participe pas aux deux mais aurait pu (du?) , j'explique après.
Ajoutons que les dates d'enregistrements sont assez rapprochées: septembre 59 pour shelly manne et avril 60 pour monk.
Le premier, chronologiquement donc shelly manne, est en fait un ensemble de 4 disques ( je n'en posséde qu'un ) gravés pour la firme de lester koenig, contemporary, par le groupe habituel de shelly ( les « men » ) donc , outre joe gordon, richie kamuca-ts-, lestero-bopper comme beaucoup de la côte ouest, et victor feldman au piano.
Joe gordon, puisqu'il est question de lui, joue, à mon goût, beaucoup mieux qu'en 1954. sa sonorité s'est adoucie, les idées sont claires et logiques, le swing incontestable. La version de summertime est magnifique ( et c'est pas facile de faire oublier miles sur ce thème ) . cette musique qui a près d'un demi siècle possède une grande fraîcheur et aurait pu être enregistrée hier. Bien évidemment l'efficacité de shelly manne et le plaisir du direct ajoute encore au plaisir (je l'écoute encore en tapant ce truc et, vraiment, victor feldman est épatant ).
l'autre disque est plus majeur. C'est du thelonious donc du lourd...
en fait, d'après ce que j'ai compris et avec toutes les réserves que cela comporte, ce disque a une histoire: orrin keepnews le patron de riverside chez qui thelonious était signé , comme on dirait aujourd'hui, avait le projet de faire enregistrer monk avec l'équipe de shelly manne, donc à san francisco, ce qui n'était pas après tout une mauvaise idée; manne avait bien enregistré peu de temps avant ( mars 59 ) avec ornette coleman ( album contemporary tomorrow is the question ). A cela près que ornette débutait alors que le père monk avait déjà une notoriété et un caractère, disons...spécial.
Donc tout ça n'a pas marché et manifestement le tandem monk/ manne n'avait pas d'avenir musical. C'est là que le business reprend ses droits. Keepnews voulant rentrer dans ses frais a décidé de garder les manne's guys donc joe gordon et harold land – ts- et de faire venir de new york les équipiers habituels de monk soit charlie rouse, john ore -b- et billy higgins – dms – et d'enregistrer un disque en une seule soirée, live au « blachawk » de san francisco.
Tant mieux que ce soit passé comme ça car le disque est excellent ( quel album de monk ne l'est pas me direz vous ?) . certes mais celui là quelque chose d'inhabituel; monk n'était pas, malgré le côté toujours surprenant de sa musique,homme à aimer vraiment l'imprévu. Là il y est d'une certaine façon confronté et le résultat est magnifique.
Quant à joe gordon, thème de notre soirée, il est parfait ( même si à mon avis le meilleur de la soirée est, comme toujours, charlie rouse, qui, autre coïncidence, avait joué chez blakey en 54 avec joe gordon. Que le monde est petit ! ). pourtant, dans le fond et si on y regarde bien, à part ray copeland, monk n'aime pas trop les trompettistes. Non ?
Pour finir sur joe gordon il faut préciser que, dans le big band de dizzy fin des années 50, c'est lui qui prenait le solo sur « night in tunisia » avant qu'il ne soit remplacé dans cet emploi par le tout jeune lee morgan. Sa fin fut assez tragique puisqu'il a péri dans l'incendie de sa maison a santa monica en 1963 ( imprudence d'un fumeur sans doute ). enfin, élément qui va servir de transition, il était né en 1928.
dans le « all about jazz » d'aujourd'hui une longue interview de sheila jordan, qui, coïncidence supplémentaire, est née en 1928 ( hé voui, tout comme joe gordon, vous avez suivi le sens aigu de la transition ? )

ci dessous lien vers cette interview.
http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=24706
Pour les non anglophones ou les flemmards ( voire les deux ) sachez que sheila ( mais non rien à voir avec notre chanteuse nationale, stupides que vous êtes ) est née dans un coron minier glauque de pennsylvanie, quasi abandonnée par ses parents, du pur zola, voire eugène sue dans ses meilleurs moments.
Après des débuts difficiles elle a épousé le pianiste duke jordan . Mariage sans doute moyennement réussi puisque le compositeur de jordu, l'a laissée sur le carreau avec une fille à élever. Résultat, sheila a bossé comme secrétaire pour élever sa fille pendant très longtemps.Sa carrière s'en est ressentie puisque, après un disque chez blue note en 1963, elle n'a enregistré qu' en 1975, soit à 47 ans, son deuxième disque ( ah la discrimination homme femme! Alors que pendant ce temps joe rôtissait à santa monica...).
Elle s'est un peu rattrapée depuis, mais sa carrière s'est surtout déroulée en europe et au japon et ce n'est vraiment que récemment qu'elle est reconnue aux états unis. J'ai vu chanter sheila en duo « intégral » avec le contrebassiste harvie swartz. J'en garde un bon souvenir, même si sheila n'est pas ma chanteuse préférée.
de quoi causerai je demain ? bah la nuit porte conseil...
mardi 13 mars 2007
comment la stasi a brisé la carrière de ted curson !

Bien, en gros c'est un très bon film. Je vous raconte l'histoire en deux mots : un bureaucrate assez obscur de la stasi est chargé de surveiller un dramaturge connu, dont la petite amie est convoitée par le ministre de la culture. Peu à peu le policier se prend d'empathie pour sa victime ( le syndrome de stockolm à l'envers quoi ) et, sans que la victime ne s'en doute, essaye de lui arranger le coup. Il y trouve sa rédemption alors que les manoeuvres de la stasi entraînent un drame dans la vie du couple du dramaturge.
Comme toujours le sujet n'est pas important seul son traitement compte. Le cinéaste utilise un parti pris original, de lenteur calculée, lourde, sans que l'on ne s'ennuie jamais;( à l'extrême opposé des films speed américain), avec des lumières naturelles et des acteurs épatants qui ne surjouent jamais ( ce qui , vous l'avouerez, nous change).
Le choix de l'allemagne de l'est de 84 est intéressant puisqu'il donne un environnement dramatique propice à l'exaltation des passions, comme la rome antique pour racine.
Pour autant, même si on n'est pas dispensé d'une réflexion sur les régimes totalitaires, il serait trompeur de s'arrêter à ce seul aspect. La RDA de l'époque ne ressemblait vraisemblablement pas plus à ça -ou à ça seulement-qu'elle ne ressemblait, à l'inverse, au tableau nostalgique et un peu complaisant de good bye lenine. Il est d'ailleurs peu probable, et ça n'a aucune importance, qu'un fonctionnaire de la stasi ait pris le moindre risque pour un intellectuel soupçonné de déviance, pas plus qu'on n'a vu de policiers français refusant d'exécuter les ordres au moment de drancy.
Vous l'aurez compris, à condition de ne pas s'arrêter à une impossible reconstitution historique, c'est un film hautement recommandable.
Revenons à des choses plus légères:
vous vous souvenez que je vous avais parlé de deux musiciens vus au « chat qui pêche « à la fin des années 60, ted curson et nick brignola.
Les disques de ted curson en leader sont assez rares, et mal réédités. Je vous conseille celui là qui est très bon.

Enregistré en 1961, ce disque faisait suite à la période charles mingus de ted où il avait côtoyé eric dolphy, qui justement joue , à la flûte, sur quelques plages. On ne sera pas étonnés non plus, pour les mêmes raisons, de retrouver dannie richmond qui cède parfois sa place à roy haynes ou à pete la rocca. - que du bon – curieusement ( après tout qu'y a t il de curieux à ça ? )c'est pete la rocca qui m'impressionne le plus.
très bon trompettiste de philadelphie où il avait eu jimmy heath comme professeur, ted est à la fois marqué par le hard bop mais aussi prêt aux aventures comme en attestent des enregistrements avec cecil taylor dès les années 50 et bien sur avec mingus.
Ce disque est en tout point excellent, varié quant à ses climats, et curson montre un tempérament de leader incontestable malgré les pointures qui l'entourent.
Malheureusement il n'a peut être pas eu la carrière qu'il méritait. L'essentiel de son activité s'est déroulée en europe à partie des années 70 ( danemark, suisse,suède, allemagne ) et il s'est un peu trouvé coupé de ses bases musicales.
Sa discographie en leader est assez maigre. Je ne sais ce qu'il devient mais il me semble l'avoir vu, il n'y a pas si longtemps, programmé au caveau de la huchette, ce qui m'inquiète un peu ( non pas que je n'ai le plus profond respect pour dany doriz mais curson n'est à priori pas le client idéal ). si quelqu'un a des infos ?
l'autre musicien avec lequel jouait curson en 67 était, rappelez vous, nick brignola qui m'avait fortement impressionné.
Je suis un peu déçu (1). Cette séance be bop avec le tromboniste bill watrous n'est pas enthousiasmante. Bien sur tout le monde joue correctement mais rien qui m'arrache de mon fauteuil, ni qui me rappelle le souvenir du nick brignola que j'avais vu. Affaire à suivre.
Enfin, pour le fun, lien vers un clip de madlib slim.
http://www.youtube.com/watch?v=hB2ir-I5vkk
lundi 12 mars 2007
gaston prend le maquis
Un petit mot sur un phénomène qui n'a rien à voir, ou du moins en apparence, avec la musique afro américaine et ses dérivés: la grave question du téléchargement.
Évacuons tout de suite, aimable lecteur; ni vous ni moi n'avons jamais rien téléchargé au grand jamais; c'est une affaire entendue !
Revenons sur les principes.
Chacun a pu lire dans son journal préféré ( sauf si c'est le catalogue de la redoute ) qu'une dame de 66 ans venait d'être condamnée à 500 euros d'amende + dommages et intérêts vis à vis de je ne sais quel organisme + les frais d'avocat et c'est pas donné, pour avoir téléchargé un certain nombre de fichiers musicaux.
Réfléchissez un peu aux nombre d'heures au total consacrées par des fonctionnaires divers ( police, justice, OPJ ,greffiers, secrétaires, procureurs ou leurs assistants et j'en oublie sans doute ) à cette dangereuse criminelle, quasi calamity jane de notre temps, qui, au mépris de toutes lois, décrets, circulaires, a cru pouvoir écouter la musique lui rappelant sa jeunesse aventureuse ( annie cordy, luis mariano ou tino rossi vraisemblablement ) . multipliez ( et je vous sais forts en mathématiques ) ce nombre d'heures pas le coût horaire d'un fonctionnaire moyen, y compris RTT, mutuelle, colonie de vacances pour les enfants, cotisations de retraite et tutti quanti...
bon . C'est fait la multiplication ? Ça fait bonbon non ? ajoutez y l'humiliation de la dame face à ses partenaires de scrabble.
Je vous entends déjà, malicieux et sardoniques que vous êtes : pendant tout ce temps c'est autant de pris pour les dealers de drogue, voleurs de sacs de mémé de 66 ans ( peut être bien la dame précitée ) etc.
Un autre aspect de cette affaire me turlupine. Si vous avez été comme moi nformés de ce procès, vous n'avez pas été sans remarquer qu'aucun média sérieux n'a fait autre chose qu'un entrefilet sur la question.
Je vous vois venir vous aller m'objecter qu'on ne commente pas la chose jugée. Bigre, vous rétorquerai je. A ce blot là ni voltaire n'eusse défendu la mémoire de callas ( plus que jugé puisqu' exécuté), ni zola ne se fusse mouillé pour dreyfus, jugé et exilé. Seule votre mauvaise foi proverbiale peut soutenir qu'il n'y a pas de commune mesure entre callas et dreyfus et la dame du download.
En vérité je pense que si personne n'en parle c'est simplement parce que les grands médias se tiennent par la barbichette avec les stars du show biz, véritables bénéficiaires du système actuel, dont ils ont besoin pour remplir leur plateau de talk show à l'oeil; lesquelles « stars » , généralement dépouvues du moindre prolégomène de commencement de début de talent, ont besoin des médias pour faire leur promotion. De plus les dites stars ayant un coefficient de notoriété élevé peuvent toujours ouvrir leurs grandes gueules ( tiens , je suis grossier ce soir ? ) en faveur ou défaveur de tel ou tel, ce qui refroidit les ardeurs des habituels défenseurs de veuves et d'orphelins.
En fait qu'est ce qui se passe ? Pendant un certain nombre d'années les « artistes »( les guillemets s'imposent comme les gants pour certains travaux ) ont vécu sur un modèle économique fondé sur la vente de disques. Ce modèle qui nous semble naturel, est en fait récent. Il date des années 60 quand, sous la pression des babies boomers, la France s'est équipée en ce qu'on appelait alors des tourne disques ( ah les Teppaz de mon enfance ! ) . il n'en a pas toujours été ainsi: ni caruso, ni maurice chevalier,ni mistinguett n'on bâti leur carrière sur la vente de disques mais sur leur prestations scéniques.
Évidemment, internet a modifié la donne. Hé oui comme l'électricité a tué les fabricants de lampes à huiles ou comme les maîtres cornille ont disparu ( bon relisez Daudet ).
sous la pression conjuguée des lobbies d'éditeurs et des gros vendeurs de disques ( braillard(es) de la star'ac ou exilé en suisse ) le législateur essaye de faire de son mieux en faisant en sorte que les dames de 66 ans soient remises le plus vertement possible à leur place.
l'ennui c'est que ça ne marche pas. Les ventes de CD se sont écroulées de 40 % en quelques années. Et bien entendu ça va continuer malgré le zèle policier. Le législateur est dans la situation du monsieur qui ne savait pas qu'il fallait tourner le robinet pour arrêter l'eau et qui essayait de l'arrêter en mettant son doigt dessous. Le législateur sera tout mouillé!
Je vous entends déjà. Mais la création, les jeunes artistes bla bla bla !, vous égosillez vous. La création et les jeunes artistes ne vivent pas de la vente de CD, sinon ils sont à la star ' ac.
Bon, il faut trouver un autre système. N'étant pas politicien je ne sais pas lequel. Simplement internet est aux maisons de disques ce que gutemberg a été aux moines copistes. Faut s'y faire c'est tout. En tout cas cette absurdité de ces procès en catimini, de ces stupides loi DAVDSI ( pas sur de l'acronyme..) va bien devoir s'arrêter un jour non ?
Bon j'arrête, ça m'énerve ...
autre chose. Connaissez vous AL SEARS ?
( comme on dit aimez vous brahms ? )
Al sears est un saxophoniste ténor très sous estimé.. de son vrai prénom albert oméga, le brave ( car il était brave) al sears n'a jamais eu la reconnaissance qu'il méritait pour une raison simple: il a été le ténor vedette de duke ellington entre 1944 et 1949. c'est à dire qu'il a été coincé exactement entre ben webster et paul gonsalves. il n'avait pas plus de chance de s'en tirer que vous dans un bayou entre piranas et alligators. En 49, quand johnny hodges a essayé de faire fortune en dehors de l'univers ellingtonien, il a embarqué le pauvre al dans l'aventure comme directeur musical. Al a fourni à hodges un hit ;« castle rock ». puis johnny est revenu au bercail et al a ramé dans le business avec du rythm ans blues puis a disparu de la scène.
j'avais découvert al dans la mini suite de duke « the beautiful indians », enregistré en 1946, où, après la chanteuse kay davis, al prend sur "hiawatha" un chorus d'un swing absolument inouï.
Je n ai eu de cesse de retrouver cette impression exceptionnelle.malheureusement c'est très difficile. Deux disques d'al sont disponibles à ma connaissance sous son nom. L'un est consacré à ses exploits de ténors R&B ( The big raw tone chez ocium avec « castel rock » ) et l'autre, un prestige de 1960 avec le bon pianiste don abney mais qui ne rend pas vraiment compte de son talent de ténor hawkinsien. Il faut donc se rabattre sur les intégrales ellington 44/49 ce qui fait cher pour le seul al sears ( surtout que, cf ante, on ne télécharge pas , pour soutenir les jeunes artistes- comme al sears- ).


essayez de trouver the beautiful indians et vous m'en direz des nouvelles.
samedi 10 mars 2007
sonny's dream
Il y en a, un qui me tient particulièrement à coeur c'est SONNY CRISS.
qu'on espérait bien sur la plus débridée possible ( la déception était fréquemment à la hauteur des attentes ) .
Il s'est suicidé en 1977 à 50 ans. Selon ses proches en raison d'un cancer à l'estomac qui le rongeait. On ne m'ôtera pas de l'idée que l'impasse artistique dans laquelle il se trouvait lui semblait peut être moins guérissable que le cancer à l'estomac ( dont je conviens que ce n'est pas rien ).
enfin, sonny avait, selon ceux qui l'ont côtoyé notamment à paris où il a fait plusieurs séjours, une personnalité très introvertie, peu liant, peu communicatif, solitaire et incapable de faire son autopromotion. S'ajoute à cela un refus viscéral des compromis, du travail alimentaire ( parlant d'une rare séance « de studio » qu'il ait faite , il déclarait : " c'était de la merde! Il m'est impossible de jouer une pareille merde et je m'y refuse! " )
pour en savoir plus sur la vie et l'oeuvre de sonny criss je vous renvoie à un papier extrêmement documenté du jazz hot hors série ( c'est fou ce que jazz hot aime les hors série...) de 2004, sous la plume de pascal rugoni et jean szlamowicz (2) qui comporte, outre des témoignages de première main de musiciens qui l'ont côtoyé en france, une discographie complète.
Si on peut entendre sonny dès ses débuts aux cotés de wardell gray et dexter gordon notamment c'est à mon avis dans ses enregistrements des années 60, chez prestige, que son art est au firmament.
Influencé, quel altiste de sa génération ne l'eusse pas été, par bird, sonny s'en démarque néanmoins par une approche esthétique radicalement différente. Certes ancré dans le blues comme parker, c'est avant tout un styliste, comme l'étaient avant lui benny carter et johnny hodges.
Je suis loin de posséder tous les disques mais je possède ceux là dont le « blues pour flirter », que vous ne retrouverez évidemment pas en vynil et d'occas, mais qui a été réédité dans la collection " jazz in paris "


ils sont tous formidables, notamment le sonny's dream avec un mini big band arrangé par horace tapscott, le « portrait of sonny criss » avec un fabuleux « smile » démarré a capella de façon vertigineuse.tous enregistrés entre 1965 et 1968 chez prestige sauf le « out of nowhere » chez muse en 1975, et qui se trouve, à mon goût, être le moins séduisant.
_________________________________________
(1)la radinerie peut donc mener à la découverte de l'art. Ce n'est qu'un des nombreux paradoxes qui existent. Je rappelle à ce sujet que frederich engels ( hé oui ) avait déjà soutenu que dans l'histoire de l'humanité l'esclavage était un progrès. Ce qui est paradoxal que si on ne prend pas en compte le fait que, antérieurement, les prisonniers n'étaient pas réduits en esclavage mais tués ou mangés...
(2) c'est curieux comme on continue à utiliser l'expression « sous la plume de... » pour des gens qui très vraisemblablement utilisent un clavier. De même qu'on continue ( enfin moi ) à dire passage clouté alors que les clous ont disparu depuis plusieurs lurettes !
vendredi 9 mars 2007
journée de la femme et du bon goût (suite et fin )

célébrons avec retard mais dignement la journée de la femme
le premier est un duo sax/piano , rencontre de deux artistes assez différents .
En fait j'avais acquis ce disque plutôt sur le nom de david murray que sur celui de Aki Takase que je ne connaissais pas.

Comme son nom l'indique Aki Takase est japonaise et, comme le féminin de l'adjectif le fait subodorer, est une femme.
Voilà sa photo qui en atteste.

En sus d'être femme et japonaise elle est aussi pianiste, ce qui vous l'avouerez n'arrange franchement pas son cas ( hé vous, les femmes et les japonais, c'est une blague ! Pour les pianistes je ne sais pas...).
Née en 1948, elle a derrière elle une assez longue carrière, en amérique, en allemagne et bien sur au japon. J'avoue ne pas savoir si elle s'est déjà produite en France. Elle a travaillé entre autres avec dave liebman et sheila jordan.
David murray est beaucoup plus connu ici. Influencé à ses débuts par albert ayler et archie shepp, il a évolué vers une musique très expressionniste, avec des réminiscences des grands souffleurs comme coleman hawkins. Une démarche dans le fond assez proche de celle d'archie shepp, avec le même ancrage dans la tradition mais aussi le même goût des rencontres avec des partenaires venus d'ailleurs ( aussi le même penchant pour un fort vibrato...).
Donc à priori ce disque n'aurait pas du me séduire: un duo sans basse batterie, plutôt ingrat normalement à l'écoute; des musiciens pas franchement issus du même moule.
Et pourtant là aussi ça fonctionne et même plutôt bien.
Tout d'abord le choix de thèmes connus des auditeurs de jazz – 4 thèmes de monk, un standard ( body & soul )un thème de mingus, et seulement trois originaux -.
Ensuite takase ( appelons là comme ça, aller ). joue parfaitement le jeu d'un soutien sans faille, n'hésitant pas à convoquer la « pompe » stride, que d'ailleurs thelonious, fidèle à ses origine harlémites, ne dédaignait pas à l'occasion. Murray est comme toujours remarquable mais ici, compte tenu du contexte, évite les dérapages free vite lassants, et, tout en restant très original dans le traitement de ces thèmes, en respecte complètement l'esprit. Le blue monk qui ouvre l'album donne le ton; le thème est exposé en duo, clavier et sax utilisant le bruit des clefs de façon naturelle , tout est parfait.
Bien sur le format peut rendre l'écoute du disque entier ,d'une traite, un peu indigeste. Mais , comme les recueils de nouvelles, on peut le déguster par tranches; il n'en sera que meilleur.
j'ignore si ce disque est facilement trouvable actuellement. Si c'est le cas, n'hésitez pas, c'est de la très belle musique, réussie sans doute pour une part grâce à la modestie et à l'humilité des deux musiciens vis à vis des thèmes qu'ils interprètent.
Le deuxième disque est tout à fait autre chose. Il s'agit d'un enregistrement « live » en 1959 à monterey de l'orchestre du vibraphoniste cal tjader.

Curieux musicien que ce Tjader, bien oublié aujourd'hui ( il est mort accidentellement en 1982 ). après avoir fait partie du quintette de george shearing ( vous ne vous rendez pas compte mais à l'époque ce n'était pas rien ) il s'est tourné résolument vers une musique très « latine » alors qu'il n'avait rien de latin dans ses gènes ( fils de la middle class blanche de la côte ouest ).
ce disque est également très réussi avec un format d'orchestre inhabituel ( vibes, flûte, piano, basse + 2 percussionnistes et pas des moindres: willie bobo et mongo santamaria ) qui fonctionne très bien avec un groove remarquable. Les thèmes sont excellemment choisis ( night in tunisia, doxy de rollins et afro blue, dont john coltrane s'était emparé ultérieurement mais qui est en fait une compo de mongo santamaria ). le flûtiste ( et sax alto sur certaines plages et, à monterey, les plages ça ne manquent pas ) est efficace ( toujours vivant, paul horn a quitté le circuit jazz et est maintenant un musicien « new age » enregistrant en solo devant le taj mahal ou les pyramides ! ). Le pianiste lonnie hewitt est totalement inconnu ( de moi en tout cas ) mais joue très bien.
Je suis loin de bien connaître l'oeuvre de cal tjader mais ce disque donne envie d'en savoir plus.
Petit anecdote personnelle, cal tjader a assez longtemps fait équipe avec le bon pianiste vince guaraldi ( disparu maintenant ). Il se trouve que j'ai offert , il y a bien longtemps, cent francs (100 F., l'euro n'existait pas ) à vince guaraldi pour qu'il accompagne benny waters qui manquait de pianiste. Quand je pense que ce type a, quelques années après, composé la musique du dessin animé charlie brown et est sûrement devenu assez riche ...
bien, deux disques un peu « tangentiels » mais très bien faits.
Une petite annonce issue de " down beat "
Instead of receiving gifts at his 82nd birthday party, James Moody will be giving to others.
New York’s B.B. King Blues Club and Grill, 237 W. 42nd St., will host a March 23 concert in honor of Moody that will help raise money for young jazz musicians.
The concert will feature the likes of Paquito D’Rivera, Roberta Gambarini, Roy Hargrove, John Lee, Renee Rosnes, Jon Faddis and more.
Tickets are $100 per person and include birthday cake and a toast to Moody.
Si ça vous intéresse, il faut rajouter le prix du voyage au $ 100 du ticket d'entrée. À voir.
Je viens de m'apercevoir que , hier, c'était la journée des femmes ( ou de la femme je sais pas comment on doit dire ). bon hier j'ai écouté aki takase, c'est bien non?
Je la réécouterai le jour de la journée des japonaises puis encore le jour de la journée des pianistes .
Ci desous, quoique ce ne fusse pas la journée des chiens, lola écoutant, recueillie comme il convient, aki takase ( et non pas: à qui t'as causé, comme elle l'avait primitivement compris, mais bon ce n'est qu'une bête après tout )

jeudi 8 mars 2007
errarum etc
à mon avis ce papier comporte une erreur. En effet etta n'a pas enregistré en 1944 avec le sax ténor budd johnson, mais avec le pianiste et chef d'orchestre buddy johnson chez lequel elle avait remplacé ella johnson, la soeur du leader, indisponible. Elle a d'ailleurs enregistré, très longtemps après, un disque d'hommage à celui qui lui avait mis "le pied à l'étrier " sous le titre "my buddy"
http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=24938
ce qui tendrait à prouver que les journalistes américains ne vérifient pas mieux leurs sources que les notres...
à demain !
mercredi 7 mars 2007
les éléphants ça trompe énormément !
Je vais vous parler pour une fois autre chose que de zique. Hier je suis allé au cinéma, ce que je fais rarement; l'ennui des cinémas c'est qu'ils sont fréquentés par d'autres que moi, qui parlent, mangent des pop corns enfin font tout pour me gâcher mon plaisir. Enfin je voulais voir le film, dont j'ai mangé le titre, consacré aux supremes de diana ross. Malheureusement il ne passait qu'en VF. Donc, puisque j'étais là j'ai décidé d'aller voir autre chose et, puisque l'heure me convenait, je suis allé, sans convictions, voir ça :

tout compte fait j'ai été plutôt agréablement surpris, l'histoire est charmante. C'est une histoire d'amour, ce qui n'est pas férocement original, mais toujours agréable quand c'est bien fait. J'ai une âme de midinette ( j'ai adoré " quand harry rencontre sally " ça vous la coupe ! ). le film de pierre jolivet inclut une petite réflexion sur l'invasion de nos vies quotidiennes par la technologie. Bon c'est pas du bourdieu quand même. Les acteurs sont parfaits. Lindon fait sa tête habituelle ( vous savez à peu près aussi expressive que celle d'un cocker empaillé ) et sandrine bonnaire est comme toujours charmante et intelligente. C'est vrai que les personnages principaux ressemblent furieusement à ceux du film " le goût des autres " ( baccri et une actrice de théatre dont j'ai oublié le nom ) un businessman et une artiste etc... le film avec baccri était plus dense avec des interpénétrations de trajectoires . Vous pouvez quand même y aller si vous n'avez rien de mieux à faire.
Ah tiens autre chose. Les éléphants. Vous vous souvenez hier je vous ai promis de vous parler d'éléphants ?
Bon en fait il ne s'agit pas de vrais éléphants. Simplement je suis tombé en lisant " le monde " sur une citation à propos de tout autre chose mais qui m'a fait réfléchir à la critique de musique. C'est ça :
vous avez remarqué le problème de la critique ? Comment parler de la musique ( ou de la peinture ou de la sculpture ) . un livre ou un film on peut encore vous raconter l'histoire ( le « pitch » comme on dit maintenant ). ça peut vous donner envie. Mais la musique ?
Bien sur on peut s'en tirer de plusieurs façons :
adjectivale : super, fabuleux, nul, à chier, pauvre, exceptionnel. On le fait tous mais bon.
Par exemple j'écoute actuellement ça :

qu'est ce que je peux vous dire de ce que je ressens en écoutant booker ervin ?
Pourtant je lis les critiques. J'adore jacques réda, je ne raterais jamais un de ses papiers. En fait parce que réda est un écrivain et que c'est tellement bien fait.et puis je lui fais confiance . Si il me dit que quelque chose est valable, je le crois parce que j'ai vérifié qu'il avait souvent raison. N'est ce pas un début de snobisme ?
Bon maintenant comment je vais vous parler de mon coup de coeur du jour ?
Etta jones.
rappelez vous, je vous en parlais à propos d'houston person, lui même à propos de charles earland.
En 1960 elle a gravé chez prestige ce disque dont le titre éponyme a été un énorme succès. Elle y est entouré d'un orchestre de rêve ( frank wess, impérial à la flûte, roy haynes etc.. )

etta est différente de sassy, ella ou billie. Pas de prouesse vocale mais un jeu constant sur le temps, sur les inflexions avec un timbre assez proche de dinah washington mais plus jazz. Bon, remember les éléphants !.le talent d'etta, comme les éléphants , quand vous le rencontrerez vous le reconnaîtrez tout de suite !
À demain peut être pour de nouvelles aventures.
mardi 6 mars 2007
Mr bean était il belge ?
Je vais encore vous parler aujourd'hui de mes marottes musicales.
Un musicien de jazz ( mais je ne sais plus lequel ) disait : " il est très facile de devenir millionnaire en étant musicien de jazz. Comment! Comment! Lui demandait avec une avidité gourmande ses commensaux ? C'est très simple, il suffit de commencer sa carrière en étant milliardaire ! "
il s'agit en fait de J.R Monterose et de rené thomas. Pourquoi ensemble? Car l'écoute de l'un sur un disque que je viens de découvrir, m'a fait repenser à l'autre dont je me souvenais qu'il avait enregistré avec l'un. Bon , à vos mines perplexes je vois que ce n'est pas clair. J'explique:
j'ai trouvé ça:

donc un disque de JR monterose.
La plupart d'entre vous, dans un geste qui identifie pour l'observateur la grande perplexité du primate supérieur, se gratte l'occiput à l'énoncé de ce patronyme de vous inconnu.
Pourtant je m'empresse d'ajouter, tout en précisant que le susdit monterose est saxophoniste ( ou plutôt était, ravi qu'il fut à l'affection des siens ), que le nom de monterose, concernant les saxophonistes est assez commun ( non pas que tous les saxophonistes s'appellent monterose) puisque un autre saxophoniste – ténor également de surcroît- s'appelle montrose, quoique vous l'avez observé ça ne s'écrive pas exactement de la même manière, bien qu' à l'oral, en français, c'est pareil.j'ajoute que le montrose se prénomme jack alors que le monterose dont il est question se prénomme frank.
Bon, sur la pochette du disque vous lisez, au lieu et place du prénom, J.R. Simplement, ignorant que vous êtes, c'est qu'on ( on: sa famille, ses amis, le fisc ) surnommait frank: J.R ce qui signifie junior et du coup vous comprenez pourquoi, dans dallas, feuilleton que vous avez suivi avec passion, le personnage qu'incarne larry hagman se prénomme JR ( ewing ) c'est clair ?
Revenons à notre J.R . musicien blanc né en 1927, après être logiquement passé dans les orchestres de la même couleur, il rencontrera chez buddy rich, philly »joe » jones, qui sert quasiment d'assistant à buddy rich à l'époque ( imaginez picasso servant d'assistant à meissonnier ? Vous ne suivez pas ? Laisser tomber . ).
bon ce disque est son premier disque en leader. Il est excellent, notamment grâce à l'exceptionnelle section rythmique . Par contre ce disque a deux défaut:
Le trompettiste est ira sullivan ( qui jouera plus tard exclusivement du sax ) et son discours, ni bon ni mauvais, est ennuyeux et convenu, et surtout prend de la place pour les autres ( horace silver et philly joe ).
- Ce disque est, à mon avis, assez coton à trouver dans le commerce.
Sinon J.R développe un savoir faire indéniable avec une très forte influence de sonny rollins. A part steve grossmann dans ses meilleurs moments, sonny n'a dans le fond, de façon directe, pas influencé grand monde .
Donc, en écoutant ce disque , je me suis souvenu avoir déjà entendu ce monterose. Mais où m'interrogeai-je? Bon sang mais c'est bien sur sur un disque de rené thomas, dont je vous exhibe illico la pochette.
Réécouté, ce disque de rené thomas est également de bonne qualité. R.T ( on dit bien J.R pourquoi ne dirait on pas R.T ? ) enregistrait là son premier ( et sans doute dernier ) disque aux states et développait son savoir faire habituel, entre jimmy raney et django. Par contre je trouve que J.R joue beaucoup moins bien.
Il y a enfin un dernier point commun entre J.R et R.T. Lequel me demandez vous avec angoisse ?
R.T était belge. Quant à J.R il a passé 8 ans dans un petit village en belgique à partir de 1967. Il est revenu à new york malade et déprimé. Ça vous étonne ? Essayez donc de passer 8 ans en belgique ( sauf bien sur si vous êtes belge ).
la belgique n'a toutefois rien à voir dans cet enregistrement de 1960, à l'époque rené thomas vivait au canada et J.R pensait sans doute que la belgique était une province africaine ( bon c'est un américain quand même !)
dernier point sur ce sujet. Vous remarquerez sur la pochette du disque que la photo de rené thomas le fait ressembler à un croisement d'harold lloyd et de Mr bean. En fait il était vraiment comme ça.
Bon demain je vous parlerai d'éléphants; si, si sérieusement. Vous verrez bien .
Et, si vous êtes sages, d' etta jones, merveilleuse chanteuse.
En attendant, et pour finir avant que le gardien ne vienne éteindre la lumière, un lien vers une interview intéressante de reggie workmann, qui a enregistré avec tout le monde ( sous le prénom de reggie ou de reginald ). comme vous le lirez, il semble un peu amer sur la politique des « entrepreneurs » de jazz en europe qui, selon lui, privilégient leurs « nationaux ».Je suis à 100% de son avis. Le jazz est américain et, à part bien sur django reinhardt, aucun musicien très important n'est pas américain ( ce qui ne veut évidemment pas dire qu'il n'y a pas de bon musiciens européens )
http:///www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=24456
bon, c'était notre rubrique,: comment se faire des amis.( quand même réussi à me brouiller avec les américains, les belges et les musiciens européens moi. Balèze non ? )
dimanche 4 mars 2007
kirk hagard
Le titre ci dessus est un très mauvais jeu de mot concernant roland kirk, dont je vous avais promis une vidéo où, vous le verrez, il est effectivement un poil hagard. Donc jeu de mot vaseux sur le philosophe soren kierkegaard, que vous avez tous lu petits futés ( dont le nom danois est totalement imprononçable sauf à avoir fait 20 ans-au moins- de danois ).
roland kirk est un artiste majeur de la musique afro américaine. Bien que fortement ancré dans la tradition et la musique populaire noire ( n'hésitant pas à jouer avec les musiciens de la génération précédente ou à reprendre les compos de steevie wonder ) il est un cas à part et unique de surréalisme créatif total, dans un milieu plutôt conformiste quant à l'approche formelle. Utilisant de multiples instruments en plus de son sax ténor ( on en a dénombré 45 !, dont la trompette dont il se tire fort bien ) il n'hésitait pas à jouer de plusieurs à la fois ( pas les 45 quand même ! ) dont certain ( stritch, manzello, flexaphone..) connus de lui seul, bricoleur de génie qu'il était. Sans compter les bruits divers ( sirène, bruit du train ou d'une partie de ping pong ) dont il agrémentait sa musique, pourtant toujours reliée aux bases du blues et du gospel, pour en faire de véritables collages sonores, toujours réussis.il a été le premier à jouer de la flûte en parlant mais vous connaissez tous ça.
" rahsaan " comme il s'était lui même surnommé était aveugle et, à la fin, deviendra hémiplégique mais sa devise était : "si la vie ne vous donne que des citrons, faites de la limonade ".
bon revenons à la vidéo promise et à son état d'hagartitude ( vous avez remarqué que je jaspine le royale sans peine ).
enregistrée en europe, en 1969 je pense, kirk est complètement déjanté, descend dans la salle sans micro ( donc vous n'entendez rien ) et finit par casser méthodiquement sa chaise en petits morceaux !
Un peu le salvador dali du jazz. Mais regardez bien, quelle leçon de souffle continu ( à noter que le public est d'époque aussi ).
http://www.youtube.com/watch?v=jqXYAcVPDD4
si vous n'avez pas de disque de rahsaan, achetez n'importe lequel, il est forcément bon.
Si vous voulez un conseil ces quatre là sont à mon avis représentatifs de ses différentes manières. Volunteered slavery de 1968 est le plus proche de la vidéo ci dessus.



the case of 3 sided dream in audio color, le plus surréalo-bruitiste.
See you soon
samedi 3 mars 2007
gene ammons, parapluies et moustaches
vous connaissez la célèbre définition de la beauté selon les surréalistes : " la rencontre imprévue, sur une table de dissection, d'un parapluie et d'une machine à coudre " . Je cite de mémoire.
En matière de musique afro américaine, les rencontres se font bien sur rarement sur les tables de dissection, mais elles se sont produites souvent entre musiciens de styles ou de générations très différents.
La question que nous traiterons gravement aujourd'hui est : est ce que ça marche ? La réponse, je vous la donne tout de suite est : ça dépend, et on ne sait pas de quoi.
Quelques exemples :
le disque " FUNKY ", enregistré en 1957 chez prestige.

c'est en fait une jam qui réunit autour de Gene Ammons, leader officiel, des musiciens très éloignés de ses conceptions esthétiques. Mal waldron-p- doug watkins-b- et art taylor-dm- soit une rythmique très be bop avancé. Taylor assurant un drumming impeccable et sans concessions, watkins ne cédant que peu à la tentation de la walking bass, et surtout waldron restant sur son style unique fait de minimalisme, de minéralité et de réitération ( waldron qui allait peu après ce disque, accompagner billie holiday pour les 2 dernières années de sa carrière, et qui se frottera aux avants gardistes les plus avancés, dolphy notamment ). Avec kenny burrel à la guitare, certes plus traditionnel, le producteur avait adjoint jackie mc lean à l'alto, lui aussi puriste qui flirtera avec ornette coleman jusqu'à se le payer comme sideman, à la trompette!, dans « new & old gospels », et art farmer, trompettiste délicat aux conceptions exigeantes qu'il développera avec benny golson dans le jazztett.
Par contre Gene ammons est un ténor extraverti,fils d'un célèbre pianiste de boogie woogie, surnommé « jugs » ou « the boss », certes influencé par lester young mais assez proche tout compte fait du rythm & blues; un adepte de ce qui chauffe et rentre dedans, incomparable crooner de ballades sensuelles etc.
donc, normalement ça ne devrait pas marcher. Et pourtant ça fonctionne parfaitement. Le disque est très réussi.personne n'abandonne ses convictions artistiques mais le swing, l'émotion, peut être un certain bonheur d'être ensemble donne à ce disque des qualités que, normalement, il ne devrait pas avoir.écouter les échanges 4 mesures chacun ( si vous ne me croyez pas quant au nombre de mesures, allez les compter vous mêmes!)
Par contre on a tous en mémoire ces « all stars » ou chacun vient faire son numéro sans écouter personne ( c'était le cas de l'orchestre super be bop des années 80 avec dizzy, blakey, sonny stitt et le pauvre monk qui sombrait peu à peu dans la folie, pathétique).
d'autres enregistrements fonctionnent à mon avis moyennement, malgré tout ce qu'on en a dit : rollins/hawkins par exemple (où rollins en rajoute dans la modernité, de façon à tenter de tuer le père ) ou même le money jungle ( ellington/roach/mingus ) ou je pense que personne n'écoute personne et que ce vieux malin de duke ramasse la mise .

d'autres ne marchent pas du tout. Le disque john coltrane/paul quinichette met en présence des artistes dont l'univers est trop aux antipodes. Pourtant la rencontre gerry mulligan/ben webster est une merveille.


Enfin duke / coltrane est moyennement satisfaisant quoiqu'il s'agisse d'un tour de force, duke ayant réussi à faire enregistrer le maladivement perfectionniste coltrane en une seule prise.
Donc il en va des rencontres entre les musiciens comme de celles entre hommes et femmes, dès fois ça marche, dès fois non. Pourquoi ? Si on avait la réponse à cette question la vie serait d'une tristesse incroyable.
De l'influence de la pilosité sur la percussion.
Vous savez que rien ne m'échappe.
Ci dessus une magnifique photo du batteur roy haynes, subtilisée sans vergogne au blog ci dessous.
http://musiciansmoments.blogspot.com/
Une chose m'interpelle. Roy Haynes, qui a 82 ans , a commencé sa carrière en 1945. dès cette époque il a arboré , de façon constante et sans interruption, une moustache de bon aloi.
Pourtant, au début dès années 2000, en sus de se raser la tête ( ce qui peut dénoter une coquetterie liée à une calvitie gênante ) il s'est rasé la moustache. y a t il une explication rationnelle ?
Il faut bien constater ( à preuve les disques enregistrés depuis, dont celui ci dessous ) que cette amputation de la pilosité sub- nasale n'a en rien altéré la qualité de son jeu.

Doit on considérer ce test comme scientifiquement suffisant quant à l'absence de lien entre les qualités percussives et le système pileux ci dessus décrit ? Pourquoi art taylor, qui a longtemps été moustachu, a lui aussi été pris d'une frénésie de glabritude ?
Que de question sans réponse !.
Sachant que les rossignols chanteraient mieux quant on leur crève les yeux ( dit on ) , mezz mezzrow amputé des pieds aurait il réussi à jouer convenablement de la clarinette ? Et dave brubeck totalement épilé aurait il été un pianiste moins chiant ?
Que de questions, que de sujets d'études.!
ps ( post scriptum, pas parti socialiste incorrigibles militants que vous êtes ) j'ai oublié de faire observer, en tant qu'élément supplémentaire au dossier "poils et zique", que chez les marx brothers, le seul qui ne joue d'aucun instrument est le moustachu. intrigant non ?
jeudi 1 mars 2007
du nouveau sur marylin

Je ne vais pas vous raconter la (triste ) vie de tina brooks, vous en pleureriez, et ça je ne le veux pas!
Sachez seulement que le pauvre tina :
n'était pas, comme son surnom ne l'indique pas, une femme mais un homme; quoiqu'on dise qu'il était de surcroît homosexuel, ce qui, dans le milieu des musiciens noirs américains des années 50 n'a pas du lui faciliter la vie. En fait Tina vient de tiny ( minuscule) et peut peut être se traduire par « minus ». vous voyez que ça commence bien pour lui !
Il n'a enregistré que pendant une période très courte, uniquement chez blue note et un seul de ses 4 disques en leader a été édité de son vivant, sans grand succès, celui là, « true blue » avec une fantastique pochette de reid miles:
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les autres, quoiqu'excellents ,sont restés, pour des raisons inconnues, dans les tiroirs de blue note jusqu'à ce que des amateurs japonais les en tirent dans les années 80.
Voilà les 2 autres.

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« Minor move », dont je causais au début, est le premier disque de tina en leader, et sa deuxième apparition discographique ; la première était quelques mois plus tôt sa participation au tellurique « the sermon » de jimmy smith où il a bien des difficultés à s'imposer face à l'orgiaque jimmy, au bouillant art blakey et à l'incendiaire lee morgan.

dès le début des années 60, sa participation à la vie musicale s'arrêtera. On le voit toutefois dans une vidéo d'un concert de ray charles en 1963 au Brésil ( resortie en DVD à l'occasion de la sortie du film "RAY" ) où il dialogue avec david newman.Après silence total jusqu'à sa mort en 1974 à 42 ans.
Le disque « minor move » est excellent surtout pour lee morgan , au mieux de sa forme avec son patron de l'époque art blakey, et l'extraordinaire sonny clark, modèle de rigueur et de musicalité.
son statut à l'évidence mérité d'artiste maudit a peut être, à mon avis, fait surestimer tina brooks, qui est certes un excellent représentant du ténor néo bop ancré dans le blues, assez proche de hank mobley sans en avoir la profondeur ni le charme. (1)
ajoutons, quant à ses apparitions, sa présence auprès de freddie hubbard dans le premier enregistrement de freddie.( open sesame ).
bon, quoiqu'on pense de tina, ses disques sont un témoignage unique de cette époque et cet extraordinaire label blue note.
protection des espèces menacées ( suite )
je vous rappelle que je vous avais entretenus de l'existence, certes ténue, de la secte panasséenne appelée hot club de france. Ci dessous lien vers leur site. La présentation du bulletin du hcf n'a pas changé d'un seul iota depuis ma jeunesse folle et ça rassure sur la permanence, comme la musique celtique ou les compagnons du tour de france. La france d'avant quoi.
http://www.hot-club.asso.fr/docum/revue/bulletin/bulletin.html
Un autre lien, vers le magazine « all about jazz » qui publie un papier sur lou donaldson. Pas très intéressant le papier mais savez vous qui lou ( bopper endurci ) cite comme un de ses musiciens préférés ? Jaaaaaaaaames brooooooown ! Ça vous renvoie hein, petits perspicaces, à ce que je disais hier quant aux étiquettes et aux frontières artificielles de la black music!
http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=24402
Dernière chose , le new york times ( ci dessous ) nous parle de la prestation de marylin crispell au village vanguard avec mark helias-b- et paul motian -dm-, présentée par lorraine gordon.
http://www.nytimes.com/2007/03/01/arts/music/01cris.html?ref=music
Je ne connais pas bien marylin mais je suis content que paul motian soit toujours dans le circuit, que le vanguard soit toujours debout et que la veuve de max gordon soit toujours aux fourneaux.
Comme le disait lucien jeunesse ( ce qui malgré son nom ne nous rajeunit pas ) à demain si vous le voulez bien !
(1) tina avait un frère aîné, surnommé bubba, également sax ténor mais qui a eu une vie beaucoup plus sage ( je crois d'ailleurs qu'il est toujours vivant ) dans le "chitlin'circuit" .Il a notamment été le sax de bill doggett et a enregistré son premier disque en tant que leader assez récemment. si tina vient de tiny et peut se traduire par "minus" , bubba ne vient pas de bubby et ne peut pas se traduire par bibus ! ( en fait je ne sais pas ce que ça signifie ).





