lundi 23 avril 2007

gary bartz président! gary bartz président...

j'ai bien du courage à revenir blogguer après cette folle nuit électorale. En fait je rigole puisque , d'une part, j'ai obtenu les résultats dès 19 h. 30 sur le site du journal suisse « le temps » et, d'autre part, je n'ai pas passé mon temps à regarder le début de la chasse à l'électeur de bayrou, commencée dès 20 h. ,sur toutes les chaînes de télé.

Mais, nonobstant, j 'ai quand même, ce qui ordinairement ne m'arrive jamais, regardé la télé. Dès les résultats publiés, j'ai honteusement subtilisé la zapette à ma femme, ordinaire maîtresse de l'instrument ( le pouvoir est au bout de la zapette !), pour filer sur la 3 (on dit encore comme ça ? ) où repassait le film « le président » avec jean gabin- quel esprit d'à-propos chez les dirigeants de cette chaîne!



Déjà vu bien sur. Pas un film d'anthologie mais il recèle une perle. Michel Audiard, le dialoguiste bien connu, recycleur avisé de la manière célinienne, fait dire à jean gabin, pour l'occasion président du conseil, à un parlementaire qui proclame « il y a des patrons de gauche tout de même « , la réplique suivante :


« oui, il y a aussi des poissons volants mais ce n'est pas la majorité du genre ! «

c'est le genre de répartie qu'on ne trouve jamais sur le moment dans la vraie vie. Ce n'est qu'après qu'on se dit : j'aurais du lui répondre ça ou ça... le merveilleux du cinéma français des années 50 ( encore que « le président » soit de 61 mais ça ne change rien ) c'est que les personnages, eux, trouvent la bonne réplique au bon moment.

J'aurais adoré être un type comme ça, clouant le bec, d'une réplique assurée autant qu'adéquate , à mes contradicteurs ( agents de police, guichetiers de la sécurité sociale, contrôleurs SNCF ), mettant les rieurs de mon côté et provoquant, chez l'interlocuteur, un tel sentiment de son existence pitoyable qu'il ne souhaite, face à mon triomphe, qu'une chose : rentrer prestement sous terre.

Malheureusement et malgré un entraînement intensif, mes tentatives sont ridicules et c'est moi qui aspire rapidement à la vie souterraine .

Je ne vais pas m'attarder outre mesure ce soir, je sais que vous avez d'autres choses à faire ( comme étudier soigneusement les programmes de façon à, d'ici 2 semaines, prendre la sage décision ) mais, quand même je voulais attirer votre attention sur un musicien pas vraiment complètement méconnu ( surtout de ceux qui le connaissent ) mais, de mon point de vue, insuffisamment apprécié, quoiqu'il enregistrât de nombreux disques , seul ou avec d'autres,( comme demandait jadis, à confesse, le curé aux jeunes gens s'accusant d'horreurs, pour les jeunes filles je ne sais pas ).

il s 'agit de l'excellent saxophoniste alto GARY BARTZ. Ça vous dit ?

Je ne vais pas vous raconter la vie du gary ( vie qui d'ailleurs n'a rien d'exceptionnelle, école de musique, père qui tient un club à Baltimore, joue dans les orchestres de Blakey, max roach, mc coy tyner et mile davis; comme vous et moi quoi ). chez miles on l'entend là dedans :





outre que sa carrière est un peu à l'image des musiciens de cette génération ( bop, puis fusion, puis funk, puis retour à un bop enrichi... ) gary est un exceptionnel instrumentiste qui renouvelle, de mon point de vue, le traitement de l'alto. Partant de charlie parker il développera un style à base de la palette grave de l'instrument ( non sans , toutes proportions gardées, évoquer cannonball ).

Tous ses disques ne sont pas des réussites ( un paquet chez prestige avec un groupe « Ntu Troop « qui paraît aujourd'hui parfois bien daté et difficilement écoutable, en tout cas par moi ) mais toujours avec un haut niveau d'exigence artistique, proche de celle qu'avait john coltrane, sans évidemment approcher de tels sommets.

En même temps, comme indiqué plus haut, il a été sideman avec les meilleurs, en particulier Mc coy tyner qu'il a assez longtemps accompagné et qui correspondait à son esthétique. Mais aussi des choses plus incongrues ( quoique...) comme ce disque de buddy guy ( où officie aussi junior mance )





ou encore le disque de roy hargrove enregistré à la havane :



comme je sais que, comme moi, vos moyens sont limités ( à moins que votre discothèque ne soit déjà gorgée de gary bartz ) je vous conseille celui là ( juju man avec des musiciens assez obscurs-pour moi- )



et aussi celui là.





Et là j'irais encore plus loin dans l'offre promotionnelle de cette fin avril puisque je vous colle juste après le lien vous permettant de télécharger ce très très bon disque. Je sais que je n'ai pas le droit mais je plaide non coupable puisque , évidemment, séduits que vous allez être par l'écoute de ce disque, vous vous ruerez, dès demain, en files ininterrompues chez les disquaires pour dévaliser les stocks de gary bartz. c'est donc là ( si ça ne marche pas, débrouillez vous )

c'est très bien et en plus c'est avec andy bey. Chanteur un peu spécial que j'ai rencontré l'an passé au new morning ( il ne chantait pas mais était spectateur ) et avec qui j'ai eu une conversation passionnante ( je rigole, je lui ai dit trois mots totalement insignifiants ).
A noter que le même soir, dans la même salle se trouvait, en spectateur aussi, jean pierre marielle, grand jazzfan s'il en est , mais que je n'ai pas osé lui causer ( les grands m'intimident...andy bey lui est petit ).

pour revenir à andy bey, il est un peu difficile à supporter comme leader mais parfait en sideman ( il a fait ça assez longtemps et très bien chez horace silver ) .A ce propos savez vous que horace ( pianiste bien sur comme son prénom l'indique ) écrit toujours des paroles sur ses compos même si aucun chanteur n'est prévu ?
Pendant que je suis dans les conseils et l'illégalité laissez moi vous recommander absolument ça:

je vous raconte pas bill barron ( frère de kenny ) mais si vous ne le connaissez pas c'est une lacune à combler de toute urgence ( je suis donc à votre dispo si vous le souhaitez ).
A noter que le batteur est frankie dunlop qui est un curieux personnage, qui a joué avec les plus grands ( rollins, mingus, et même duke ellington ) et surtout a été un des bons batteurs de monk ( moins que ben riley mais quand même ). Après ces exploits il a fait du music hall ( comme batteur hein pas comme dresseur de chiens ) puis a accompagné earl hines puis lionel hampton.
C'est avec ce dernier que j'ai vu notre frankie, méconnaissable, faisant le pître et des grimaces comiques pour souligner ses roulements de caisse claire . Incroyable vu son passé ( cela étant il jouait vachement bien mais on n'avait du mal à l'imaginer avec monk )

il y a aussi kenny « lil'brother »barron et ted curson.

demain , alors là c'est sur, je vous entretiendrai du tuba
et de la clarinette ainsi que des musiciens de memphis et de philadelphie .

Tomorrow is another day...

vendredi 20 avril 2007

et monk c'est du rollins ?

tel qui bloggue vendredi etc etc, on verra bien dimanche, je vous tiendrai au courant.

Je reviens tout d'abord sur mon message concernant la firme stax. Souvenez vous que je vous avais entretenus de deux diablotins déchaînés: Sam & Dave. J'avais oublié de vous informer que nos deux lascars sont « featurés » sur un très bon disque ( 1976) de jaco pastorius appelé, tout simplement, « jaco pastorius »,
un très bon disque qui doit d'ailleurs être son premier en leader.



C'est un enregistrement un peu « showcase », comme tous les premiers, qui va de « donna lee » sur un tempo d'enfer à la fretless jusqu'à des fantaisies steel drums avec otello molineaux. Sur une plage « come on , come over » jaco a convoqué nos farfadets, qui s'en tirent très bien, en un hommage vibrant au R&B. A vos cassettes...


autre chose: sur un autre blog lady D. fait très finement remarquer que, selon elle, tous les musiciens de jazz se prénommant horace sont exclusivement pianistes. J'ai bien cherché des exceptions mais, malgré ma mauvaise fois coutumière, je n'en ai pas, spontanément, trouvées ( j'ai pensé un instant en inventer un, horace brown, premier batteur des 12 clouds of joys, jamais enregistré, mais c'était un peu gros ). C'est quand même très intrigant cette histoire.

Y aurait il quelque chose de génétique là dedans ? Faut que je demande à sarkozy , c'est un homme à avoir des idées sur la question...


cette histoire de prénom me rappelle une blague désopilante. Enfin, méfiez vous, les blagues que je trouve désopilantes ne font généralement rire que moi. Je me risque quand même :


lors de la naissance de son fils le 26 février 1802, le général hugo alla à la mairie de besançon le déclarer . Tout naturellement, l'employé de la mairie lui demanda comment il souhaitait prénommer le bambin.


Victor, répondit sans barguigner le général.


Ah, victor, donc victor hugo comme notre grand écrivain français ! S'exclama le scribe !


Je vois que ça ne vous fait pas rire. Au passage je vous donne le moyen de se souvenir sans coup férir de l'année de naissance de victor hugo. Très simple, il suffit d'apprendre par coeur ça :

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,

déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
C'est moi. -
Vous remarquerez que besançon est une vieille ville espagnole, puissance de la poésie.

Venons en aux choses sérieuses ( comme si hugo n'était pas sérieux pfftt ! )

je viens d'exhumer ça:



je suppose que vous connaissez. C'est un chef d'oeuvre mais plusieurs choses m'intriguent.

Monk tout d'abord ( je conviens que monk est généralement intrigant, c'est sur ) . Nous sommes en 53/54, monk ,qui a le même age que dizzy, a 36 ans. Ce n'est déjà plus tout jeune. Il a enregistré son premier disque en leader en 47, à 30 ans.
Ce qui est curieux c'est que, dans ces disques, de 47 à 53, monk est exactement le même que celui qu'il sera toute sa carrière. Absolument tout est déjà là. La manière, le style, les compositions, le tempo, tout.

Bien sur, il enregistrera des dizaines et dizaines d'autres disques ( d'ailleurs généralement dans le même format : trio ou quartet avec ténor ), écrira de nouveaux thèmes mais, dans le fond, changera t il vraiment ? Non, tout est là, tout est dit.
C'est un peu la même chose pour rollins qui lui n'a que 23 ans. Certes, lui aussi, fera de nombreuses expériences, avec la jeune garde ( don cherry, henry grimes ) affirmera encore plus avec « saxophone colossus » et « tenor madness » 3 ans plus tard, sa singularité et sa puissance. Mais, là aussi, dans le fond, si on écoute bien, tout est dit aussi et l'esthétique rollinsienne est en place et ne variera plus jusqu'à aujourd'hui.

Est ce que ce n'est pas le cas de beaucoup de musiciens ? Après « body and soul » en 39 coleman hawkins n'innovera plus jamais réellement et son changement de son ne sera du qu'à un aspect technique: le changement du bec de son sax.
Malgré sa courte carrière, on ne note pas véritablement d'évolution musicale notable chez charlie parker, une fois sa manière stabilisée.
Louis armstrong, dizzy, count basie ( le pianiste, l'orchestre c'est autre chose ) ne bougeront plus.

Si on peut noter des modifications dans la manière de lester young, dues à la fois à la pression de l'époque et à un état psychologique perturbé notamment par ce qui a été pour lui l 'enfer de la vie militaire, elles ne remettent pas en cause fondamentalement son approche qui est déjà toute contenue, par exemple, dans le tickle toe de 1940.

parfois, lorsqu'ils veulent évoluer, c'est la cata pour certains instrumentistes. Regardez ornette. Fin 50 début 60, il crée une musique d'une invention et d'une fraîcheur exceptionnelle. En quelques disques tout est dit. Après...

bien sur il y a de vrais évolutions. Elles sont l'exception. Coltrane est la plus éclatante.De plus en plus loin jusqu'à la fin en 67. Les bandes radios récemment rééditées de concert au half note en 65 sont totalement hallucinantes, le quartet est chauffé au rouge par l'incandescence coltranienne et la force de cette musique est telle qu'elle devient presque inécoutable.

Enfin il y a malheureusement les régressions. Les trompettistes presque toujours, pour des raisons physiques ( le concert dizzy/ max roach à banlieues bleues je ne sais plus quand était pathétique , enfin un peu pathétique). La liste est longue de ces naufrages : roy eldridge à la fin, freddie hubbard etc...


parfois la régression est incompréhensible: c'est le cas par exemple de benny golson, magnifique ténor be bop de l'école don byas/ lucky thompson, extraordinaire d'expressionisme et de musicalité dans les années 60 et qui, après une retraite de plusieurs années, a fait un come back, méconnaissable, mais pas dans le bon sens du terme.

Revenons à notre monk/rollins ( où, sur un titre, brille « the phantom » le corniste julius watkins ).

Une dernière question me taraude : quand est né monk ? Je ne veux pas dire au plan de l'état civil mais comme pianiste, comme musicien aussi singulier ? Les enregistrements du « minton's » de mai 1941 avec charlie christian ne nous renseignent pas.




Il y a bien un pianiste mais son jeu n'a rien à voir avec le monk que nous connaissons ( si nous ne savions pas qu'il s'agit de lui , nous n'y prêterions même pas attention ) et qui arrivera, peu d'années plus tard, avec sa manière toute prête, sortie d'où ?

Bon j'arrête je deviens pédant et ennuyeux.

Ah oui, vous savez que des rééditions blue note traînent dans les bacs. Cet après m' j'ai acheté ça :



je ne l'ai écouté qu'une fois. Je suis un lent , je vous en parlerai après une deuxième écoute ( enfin, vu le personnel ça m'étonnerait que je vous en dise du mal, bien que l'on dise qu'il soit moins brillant que le précédent – the fabulous TD- et le suivant -the magnificent TD , à voir)

mercredi 18 avril 2007

quand harry rencontre salvador


je suis de retour.

j'espère que le sujet STAX vous a permis d'aller voir un peu dans la discographie de ces survoltés du R&B ? si ce n'est pas le cas allez y vous ne serez pas déçus.
Revenons maintenant aux choses sérieuses ( comme si STAX ce n'était pas sérieux, inconséquents que vous êtes ) c'est à dire à mes petits musiciens méconnus, sous estimés voir oubliés.

Donc je m'en vais dire quelques mots sur un musicien scandaleusement sous représenté dans la littérature jazzistique, si on peut appeler ça comme ça. Non il ne s'agit pas de billy root ni de pee wee moore, bien que barytoniste lui même . Je vous vois déjà vous interroger : quel est ce baryton sous estimé dont il va nous causer le gaston ?

hé bien il s'agit tout simplement du baryton qui a reçu le plus grand nombre de lauriers dans sa catégorie ( dans la catégorie baryton les nominés sont...) le plus grand gagnant de grammies, polls et autres référendums. Vous êtes un peu sur la voie ? Bien sur c'est Harry Howell Carney. Sous estimé vous esclaffez vous ! Mais tout le monde connaît harry, tout le monde l'aime, tout le monde l'apprécie à sa juste valeur. Mouais, sûrement, opine- je mais en fait qui en parle ? Personne. Où avez vous lu une étude récente consacré à l'impétrant ? Nulle part.




Pourtant personne n'a jamais sorti de cet instrument, ingrat il faut bien le dire mais quel instrument n'est pas ingrat ? , de telles merveilles. Sa sonorité profonde mais tendre, chaude et expressive n'a jamais été égalée. C'est elle qui donne , à bien des égard, ce son particulier à l'orchestre de duke ellington, quelques soient les époques. Imaginez une seule seconde l'orchestre sans harry et son moelleux. Inimaginable.

Et c'est là le drame d'Harry. Entré, sans effraction, chez le duke ( dont l'orchestre s'appelait encore « the washingtonians ) en 1927 ( premier enregistrement en 1926 ) à 17 ans , 17 ans vous vous rendez compte !, il y restera sans désemparer jusqu'à la fin, poussant la fidélité au boss jusqu'à mourir 5 mois après lui, en octobre 74, comme les vieux chiens qui ne survivent pas à leur maître. Il n'y a d'ailleurs aucun autre exemple d'une telle longévité dans un orchestre.


Au sujet de l'âge du capitaine, avec le recul, on considère tous ces gens comme de vieux messieurs mais songez que, en 1927, tricky sam et bubber milley, qui étaient déjà là , avaient 20 ans et le duke 28 !

son drame et sa chance. Sa chance parce que jouer chez ellington bon... ( c'est d'ailleurs par hasard qu'il adoptera le baryton, parce que rudy jackson tenait ténor et clarinette dans le groupe et qu'il fallait un baryton; bonne pince harry s'y colla, et comment ! ). Son drame parce qu'il restera inéluctablement associé au ellington sound.





Mon opinion est que tout cela lui allait comme un gant ( quoique jouer du sax avec des gants c'est pas le plus facile ). En effet, malgré ses immenses qualités, harry n'était pas un improvisateur né. Vous ne l'entendrez jamais, comme gonsalves, enchaîner les chorus à la file; généralement un seul suffisait et encore je suppose qu'il était préparé .

D'ailleurs il ne s'est pratiquement jamais risqué en leader ( il y a un disque de 54 avec des cordes - introuvable dans le commerce je pense - et, semble t il, un disque – HC and the dukes men- en 60 que je ne connais pas ).





depuis sa rencontre avec le duke ( au « bamboo inn » pour la petite histoire, ça ne s'invente pas , on dirait du Raymond Chandler ) harry est donc resté bien sagement assis au bout à droite de la section de sax ( à droite en regardant l'orchestre, la droite et la gauche ici sont disposées pareillement qu' à l'assemblée nationale où toutefois la musique y est moins mélodieuse ) jouant sa partoche, au bary ou plus tard, magnifiquement, à la clarinette basse.


Alors que hodges s'assoupissait, exercice où il excellait, que gonsalves cuvait et que ray nance faisait le pitre, harry restait imperturbable et souriant, assurant l'essentiel des fondations de l'orchestre, pendant que les autres batifolaient. Sur le fameux diminuendo and.. de newport qui reste fidèle au poste après les folies gonsalvesiennes ? Woodyard, on le comprend, a du mou dans le poignet, hodges s'est définitivement endormi, gonsalves est exténué, on le comprend aussi, c'est harry qui reprend en mains.


Donc le seul fidèle entre les fidèles . Hodges est allé vivre sa vie quelques années , les autres sont venus plus tard, partis plus tôt. Seul Harry a toujours été là. Sa fidélité était telle que, pendant les tournées aux états unis, alors que l'orchestre voyageait en bus, c'est harry qui servait de chauffeur au maestro ( en Chrysler Imperial ! ).

Il aurait composé également « rockin in rythm « . Je suis très dubitatif là dessus. La pratique en effet dans les big bands était de gratifier les compos de petits arrangements entre amis. C'est ainsi que cootie williams est co-compositeur de round midnight. Personne ne connaissant cootie ne peut croire une chose pareille. Quant à Irving Mills, agent du duke, il est co-compositeur de mood indigo et de solitude alors qu'il n'a vraisemblablement jamais écrit une note de musique de sa vie !


Comme hawkins avec le ténor, harry a inventé le baryton, le tirant du staccato désuet d' adrian rollini, un des rares utilisateurs avant lui de cet instrument jugé pachydermique et dont il fera apparaître toute la grâce. Tous les barytons ont une dette envers lui. Pepper adams, cecil payne, leo parker, charles davis, ronnie cubber, tous.

Modeste donc et peu bavard. Il existe une interview de lui en 1967 pour jazz magazine par JP Binchet. Il s'y livre peu sauf ça: A la question : avez vous des enfants ? Il répond : " non; mais je m'amuse beaucoup à essayer " un homme qui répond ça ne peut pas être mauvais.


Que conseiller d'écouter d'harry carney ? N'importe quel disque d'ellington avec le big band fera l'affaire. Tiens je vous conseille celui là puisque je l'écoute en ce moment :





il est évidemment toujours présent et s'exprime sur quelques mesures, notamment sur « wanderlust » et « self portrait » .

pendant que je vous tiens, le bon forum « jazzitude » parle abondamment des double six ces temps ci. Excellent choix. Mimi perrin avait commencé avec le groupe formé par blossom dearie en france les blue stars ( pas terrible d'ailleurs ) . On peut trouver les blue stars sur ce disque :





curieusement, pour compléter le CD, Universal a rajouté 3 titres enregistrés en 56 par henri salvador -chant et guitare- pierre michelot-bs- et « mac kac » reilles -dms-


salvador joue de la guitare mais ce n'est pas tal farlow, je crois qu'il n'a jamais prétendu l'être non plus. Mais c'est franchement plus rigolo que les blue stars et, d'une certaine façon ça sauve l'achat du CD...


pour terminer sur salvador, j'adorais son disque de parodie de rock n roll, toujours en 56 ( sous le pseudo de" henry cording & his original rock n roll boys " ) paroles de boris vian ( désopilantes ) et musique de big mike ( aka michel legrand )




En fait ce n'est pas une parodie de rock n roll mais plutôt de R&B tel que le faisait à l'époque des gens comme roy milton .


J'ai eu ce disque mais je ne l'ai plus, je subodore qu'un de mes enfants me l'a "emprunté" mais comme ils sont de la même mauvaise foi que moi je ne le prouverai jamais. Si quelqu'un en possède une copie, je suis intéressé ( ah rock n roll mops et « va t' faire cuire un oeuf man « !

ça c'était ce que j'avais avant qu'on ne m'en dépossède ( ayez donc des enfants...)



A bientôt...

dimanche 15 avril 2007

soul food

comme je suis de bonne humeur, un petit message blog qui sortira de (mes) sentiers battus. En préalable un petit message : chers (3) lecteurs, merci de compatir à la solitude du bloggueur de fond, envoyez moi un message pour me signaler votre présence ( bien sur christian , fidèle entre les fidèles est exclu de cet appel, lady domi aussi, quoique sa présence m'encouragerait... )
assez de blue note (pouah!) riverside et autres prestige, l'écoute aujourd'hui de ça :





m'entraîne à vous parler d'un autre label : STAX. Mais si vous savez celui dont le logo était :



ce disque n'est pas le meilleur de la production stax ( pour moi, définitivement ce sont ceux d' albert king! )mais peut être un des plus emblématiques. Enregistré en 67, avec les plus grands de stax, otis redding bien sur mais aussi carla thomas, fille de rufus thomas, grand chanteur et amuseur devant l'éternel, et l'orchestre habituel de stax.

Cet orchestre ( soumis à variation bien sur ) était basiquement : ( sous le nom de booker T & the MG ou des Mar – keys ), booker T aux claviers, donald »duck » dunn- fb- steve ( the colonel ) cropper – g – al jackson -dms- et les cuivres des « memphis horns » ( wayne jackson -tp- andrew love -ts- ) .
Ces noms vous disent quelque chose forcément grâce au(x) film(s) « the blues brothers ».

de 59, date de sa création à sa mort en 76, la firme stax a produit un grand nombre de chefs d'oeuvre de la musique afro américaine.

Cette entreprise avait des points communs avec d'autres labels prestigieux dans ce domaine et à cette époque ( chess à chicago, atlantic à NYC, speciality à los angeles ):

tout d'abord des patrons blanc intéressés par le business mais suffisamment ouverts pour laisser à des « AR men » la partie musicale ( isaac hayes chez stax, willie dixon chez chess etc ). Dans le fond c'est assez proche de blue note avec ike quebec puis duke pearson non ?

Par ailleurs un ancrage régional. C'est très net pour chess à chicago et encore plus pour stax à memphis.

j'oubliais c'est Jim stewart et estelle axton ( frère et soeur ) qui ont fondé stax.
On dit que jerry wexler le « AR man » d'atlantic ( l'homme qui a lancé ray charles avec les frères Ertegun ) était tellement étonné du son des studios stax qu'il était venu les visiter pour s'apercevoir que ce « sound » si particulier était tout simplement du à un équipement de fortune et à la spontanéité des enregistrements.

Bref stax, dans les années 60, c'est un style unique, sudiste, avec une forte connotation de la musique religieuse noire. Isaac hayes explique que, fréquemment, ses compos étaient simplement démarquées de chants religieux auxquels, bien sur, étaient ajoutées des paroles qui n'avaient rien de religieux ( au contraire !).

les grands noms de stax furent, outre l'immense albert king, otis redding, the staple singers, sam and dave ( wouah !!!) , isaac hayes,eddie « knock on wood » floyd, rufus et carla thomas, booker T. etc...

tous ces musiciens ont été à l'époque très proche du mouvement des droits civiques et de jesse jackson en particulier.
Stax fit faillite dans les années 70, après bien des péripéties, mais son message a été remis au goût du jour grâce au film de 1980 « the blues brothers « .
En effet l'orchestre est basé sur les survivants de stax et notamment cropper et « duck dunn » qui ont refait à cette occasion une nouvelle carrière . J'ai vu, comme vous tous, l'orchestre des « blues brothers » en tournée avec, outre les déjà cités, matt murphy à la guitare et lou marini au sax. Bon...

n'empêche que, même la suite des « blues... » en 2000 avec aretha et james brown est bien agréable à regarder. Dans le deuxième, le show final avec un orchestre inimaginable ( BB King, bo didley, koko taylor etc accompagnés par une section de cuivres où l'on remarque joshua redman et jon faddis + jack dejohnette aux drums, et plein d'autres dont je ne me souviens plus ) est à la mesure de la démesure américaine quand elle s'y met !

Terminons avec un clin d'oeil ( d'yeux ? ) à ceux qui ont eu 16 ans en même temps que moi ( mais si il en reste! ). L'orchestre dont je parlais au début : « the mar-keys » était l'auteur du premier l'indicatif d'une émission que vous, jeunots, ,n'avez pas connue : SLC salut les copains de frank ténot et daniel filipacchi au début des années 60. le titre ? « last night « ... et c'est ainsi que je découvris ( tel christophe colomb ) l'amérique...

enfin, il y a eu fin des années 60 une tournée stax en europe avec pratiquement tous les musiciens cités. Heureux ceux qui ont vu ça, notamment les possédés qu'étaient sam & dave ,à paris à l'olympia.



Plus rien de tout ça n'existe. A memphis, l'emplacement même du studio stax a été rasé. Et , à detroit, un nommé berry gordy fondait, à la même époque que stax, tamla motown dont l'orientation sera radicalement différente. Certes à base de musique « noire » mais destinée avant tout à fédérer autour d'elle, en l'affadissant, un large public blanc.

Sic transit gloria mundi !

vendredi 13 avril 2007

dolphy, corcoran encore et épinards toujours !

On va clore, pour un moment, le chapitre blue note commencé par la lecture du bouquin de richard cook par ça :

Blue note a connu des périodes distinctes même si elles se sont relativement enchevêtrées. Cela depuis les enregistrements « old style » du tout début qui ont culminé avec la magnifique série des sidney bechet.

Parmi ces périodes une des plus intéressantes est celle du début des années 60.
en effet, à cette époque, blue note sortira plusieurs enregistrements majeurs qui sont devenus des classiques de la musique de jazz enregistrée. Ces disques sont assez nombreux mais j'en retiens trois aujourd'hui, dont certains ne sont pas les plus connus, mais assez révélateurs du style blue note de cette période.



Ces trois disques ont quelques points communs:

tout d'abord la présence de Tony Williams à la batterie. Âgé de 18 ans à l'époque et membre depuis quelques mois de la nouvelle formation de miles, tony apporte une conception nouvelle de l'instrument, en rupture avec ses grands prédécesseurs comme philly joe. Inspiré vraisemblablement à l'origine par alan dawson avec qui il avait pris des leçons, tony joue d'une façon totalement libre, le tempo étant suggéré plutôt que marqué.


Pourtant on est loin des folies du free jazz radical, et la pulsation propre à cette musique est toujours présente. A bien des égards le « solo de batterie » est généralement un exercice pénible et très souvent sans aucune signification musicale. Avec tony, tout au contraire, l'architecture de ses interventions possède toujours à cette époque un sens musical très profond.

Pour ma part c'est sa meilleure période; son évolution vers le jazz-rock avec le « lifetime » est, avec le recul, très en deçà . Plus tard il reviendra à un style de batterie plus conventionnel, où il sera magnifique, notamment dans les trios avec hank jones. Mais on ne retrouvera plus jamais le tony de cette époque, rimbaud de la batterie.

l'autre musicien commun , et dont l'évolution sera assez semblable à celle de tony williams, est bobby hutcherson qui, à l'époque, développe un jeu d'une très grande originalité, à base d'accords « flottants » comme accompagnateur et, en solo, proche d'eric dolphy par l'utilisation de larges intervalles et une sonorité littéralement inouïe. L'évolution ultérieure sera pour lui aussi, vers un retour à un jeu plus traditionnel et plus chaleureux, avec harold land notamment.

Dans 2 disques sur 3 c'est richard davis le bassiste, en osmose parfaite avec l'esthétique de ces enregistrements ( bob cranshaw est évidemment beaucoup moins à sa place avec grachan moncur ).

Eric dolphy est également présent sur 2 enregistrements dont évidemment le chef d'oeuvre « out to lunch ».

Véritable testament musical d'eric ( enregistré en février 64, eric dolphy disparaîtra en juin de la même année ). Il n'y a plus rien de nouveau à dire sur ce disque qui est LA perle de toute discothèque digne de ce nom. J'avais acheté ce disque dès son édition en france et ça a été un choc même si à l'époque ma culture jazzique était encore embryonnaire .

La musique d' out to lunch n'est pas « abstraite » ou intellectuelle mais touche directement l'auditeur par sa puissance et son originalité, non dépassées à ce jour. Avec la pochette de reid miles . si vous ne devez posséder qu'un seul disque blue note ou qu'un seul disque d'eric dolphy, ne cherchez plus c'est celui là !

l'autre point commun à ces trois disques est la présence, aux côtés de novateurs résolus, de musiciens plus traditionnellement hard bop de l'écurie blue note.

Kenny dorham chez andrew hill ( quoique kenny ne soit pas vraiment un vrai « blue note man ) . Kenny est sans doute le plus conservateur de tous les musiciens intervenant dans les 3 disques. Mais c'est un grand musicien.

Freddie hubbard chez dolphy. Si hubbard flirtera avec l'avant garde ( du « free jazz » de coleman avec dolphy à bien d'autres tentatives ) il reste fondamentalement un héritier de clifford, son évolution ultérieure chez CTI, même si les préoccupations commerciales ne sont pas absentes, le prouve.

Tout comme lee morgan, qui se frottera fréquemment à cette « new thing « mais qui n'y sera jamais réellement à l'aise. Il est intéressant de noter que lee joue avec grachan dans « evolution » en novembre 63 mais qu'il enregistrera un mois plus tard « the sidewinder » qui sera un hit, y compris dans les juke box, et servira de fond sonore à la pub télé de chrysler !

Enfin, toujours dans « evolution » , jackie Mc lean. En fait, si jackie est bien un bopper qui a déjà une carrière significative derrière lui, il n'a que 33 ans à l'époque ( et se trouve plus jeune que dolphy ! ). Par ailleurs , avec « let freedom ring « en 62 puis « destination out » en en septembre 63 ( déjà avec hutcherson et moncur ) , Mc lean a commencé une évolution qui le mènera jusqu'au « new & old gospel » de 67 avec ornette himself...à la trompette ( réédité actuellement ).

ces trois disques sont donc représentatifs de l'esthétique nouvelle de blue note à l'époque ; rendue possible par le goût sincère du producteur alfred lion pour cette musique ( il n'y a aucun « coup » marketing » derrière tout ça, ces enregistrements n'auront d'ailleurs à l'époque que des chiffres de ventes ridiculement faibles )

dans le même temps blue note ne pouvait ignorer ce qui se passait ailleurs . Ornette coleman dès la fin des années 50 chez contemporary; évidemment coltrane chez impulse et la « nouvelle chose » qui arrivait chez d'improbables petits labels comme celui d' ESP fondé la même année et qui enregistrera la première production d' albert ayler ou pharoah sanders.

Enfin, le contexte social et culturel est en train de changer radicalement. Nous sommes fin 63 début 64. Pour fixer les idées et la chronologie rappelons que le célèbre discours de martin luther king « I have a dream » date du mois d'août 63.

j'ai d'ailleurs longtemps cru que le titre du disque de Mc lean « let freedom ring » était inspiré par ce discours qui contient cette incantation ( en fait c'est impossible puisque Mc lean l'a enregistré en mars 62 ).



le contexte change pour la communauté afro américaine. La musique va également changer avec une rupture, beaucoup plus radicale que celle imprimée par le be bop, entre musique noire « savante » et musique populaire ( fini le temps où duke jouait pour les danseurs ). Le jazz va subir cela en se radicalisant musicalement et en se coupant définitivement du large public afro américain qui se tournera vers james brown, version hard, ou tamla motown, version soft.


Les disques d'aujourd'hui sont très révélateurs puisqu'ils mêlent des musiciens plus traditionnels à des avants gardistes, gardent une forme encore proche du bop ( cf par exemple les riffs de « the coaster » de grachan moncur ) et conservent une certaine lisibilité. Mais c'est le chant du cygne que le free va tuer ( pas le cygne, pauvre bête ,mais le jazz ) et qui resurgira, académisé en musique de répertoire avec winton marsalis et consorts ( non consort ,n'est pas un musicien !).

bon, j'ai été bien sérieux et passablement ennuyeux ce soir. Pour vous détendre je vous reparle un peu du capitaine corcoran...

d'abord c'est trouvable, réédité au serpent à plume :


ensuite je vous signale que « les aventures du capitaine corcoran » ont été publiées en BD par le journal « l'Humanité » ( hé oui ) entre 1954 et 1955 ( ça devait bien valoir Pif le chien pour ceux qui s'en souviennent !) .Il existe même une version allemande. Ach !


Allez tient, je vous donne le pitch et on n'en parle plus jamais de corcoran !


1856. L'Académie des sciences de Lyon doit choisir l'explorateur qui lui apportera le Gouroukamrata, premier livre sacré des Hindous. Le capitaine Corcoran, intrépide corsaire breton, âgé de 25 ans, se présente. Il est agréé. Ainsi commence l'un des romans les plus lus du XIXe siècle. Enchaînement trépidant d'exploits fantastiques contre les Anglais en Inde au service du maharadjah de Baghavapour, dont le héros épousera la fille et recueillera la succession, avant de réformer l'Etat et d'abdiquer en proclamant la République des Mahrattes et de se retirer dans une île du Pacifique. Il y a beaucoup de Voltaire et du Jules Verne dans ce récit ébouriffant, d'une verve et d'une gaieté constantes .

enfin , pour mettre un terme à tout ça, un dernier extrait du dictionnaire des idées reçues de flaubert :


ÉPINARDS: Sont le balai de l’estomac.Ne jamais rater la phrase
célèbre de Prudhomme: «Je ne les aime pas,j’en suis bien aise,
car si je les aimais,j’en mangerai et je ne puis pas les
souffrir.» (Il y en a qui trouveront cela parfaitement logique et
qui ne riront pas).


Ce qui est amusant c'est que, dans mon film culte « pierrot le fou » de JL Godard, jean paul belmondo dit cela à anna karina. Benoîtement j'avais toujours pensé que cette phrase était de maître godard lui même, qui sait parfois, quoique suisse, être malicieux. Bien que je lutes ( je lusses ? )antérieurement le flaubert j'avais du sauter la citation. Maintenant qui est prudhomme ? Sully ? Je suppose mais comment savoir. Je ne vais quand même pas me taper tout sully prud'homme. Vous voyez où ça mène le blog !

mercredi 11 avril 2007

où l'on parlera d'alfred assolant, de dave burns et de la du barry

Attentifs comme vous l'êtes vous vous souvenez évidemment de mon message du 18 mars ( comme on dit l'appel du 18 juin ) intitulé « RIAA is watching you » où il était notamment question de l'excellent saxophone ténor Corky Corcoran, qui officia longtemps chez harry james et participa, aux côtés de willie smith et slam stewart, à un mémorable « stardust » gravé par lionel hampton.

À cette occasion je me remémorais un souvenir d'enfance relatif à une bande dessinée dont le héros était le capitaine corcoran. Sous le coup de l'émotion nostalgique ne vous dépeins je pas le dit corcoran comme un valeureux officier de l'armée britannique des indes ? Je crains que si. En fait, recherches approfondies faites, j'avais, une fois de plus, tort. Je n'ai pas retrouvé la bande dessinée en question mais le livre dont elle était tirée.

Édité dans la « bibliothèque rose « de louis hachette en 1867, les aventures du capitaine corcoran mettent en scène bien au contraire un valeureux français ( un vrai français peut il raisonnablement être autre chose que valeureux ? ) exilé aux indes où il devient maharadjah grâce à sa bravoure aux côtés des « natives » contre l'affreux occupant anglais.

L'auteur ( creusois ) alfred assolant, mort en 1896, n'a jamais eu beaucoup de succès avec ses quelques romans, sauf celui ci auprès d'un public des préados de l'époque. Inutile de dire qu'il est bien oublié aujourd'hui, malgré( grâce à la première lettre de son nom ) un positionnement dans le début des dictionnaires ( seul edmond about, auteur lui de l'immortel « homme à l'oreille cassée » , est encore mieux placé ).

en fait, corcoran est le prototype du héros français, aux côtés des opprimés contre la perfide albion ( l'humiliation de Fachoda n'interviendra pourtant qu'en 1898 ). un condensé de tintin et de besancenot . Bien évidemment corky n'a aucun lien de parenté avec le capitaine.


Plus jazzistiquement, donc fini le bouquin de richard cook sur la saga blue note. C'est un livre très factuel, donc intéressant qui remet bien en perspective les différentes époques du label. Cela étant ce n'est pas réellement passionnant. Comme je l'ai lu en anglais je ne permettrai pas de porter un jugement sur le style de l'auteur mais ce livre est, disons, un peu « sec ».


je n'ai pas l'impression que cook ait vraiment rencontré ou connu la plupart des protagonistes dont il parle. D'où un côté un peu académique du bouquin. Ses jugements musicaux sont généralement corrects ( comprenez que je suis de son avis ). Bon , un livre indispensable pour les blue note maniacs ( dont je suis ) , bien documenté mais un peu ennuyeux. Qu'aurait fait assolant d'un tel sujet ?


Toujours sur blue note, une visite hier à la FNAC me fait penser qu'une petite vague de rééditions vient d'arriver ( à 9 euros je précise ). D'après ce que j'ai vu beaucoup de disques que j'ai déjà, mais il faut penser aux autres ( parmi ceux là, si vous ne l'avez pas , ne vous privez pas du « the spoiler » de stanley turrentine ). Mais comme toujours des trucs absents de la discothèque. Par exemple ça :






dont je me suis porté acquéreur et que je n'avais jamais vu édité en France ( ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas le cas ).

excellente séance de 1960 avec une rythmique superlative et une entente art taylor/ po(a)tato valdes remarquable.

Pour les souffleurs, stanley turrentine n'est pas complètement à sa place, plus adapté avec jimmy smith ou en leader. Par contre c'est l'occasion de (re)découvrir Dave Burns, très bon trompettiste dans la lignée dizzy, incomparable à la sourdine et qui a relativement peu enregistré.

Puisqu' on en est aux disques de la semaine, rappelez vous que je vous avais parlé de ça :





un curieux disque des seventies que je viens de retrouver, par un trio « stone alliance » dont steve grossman, assez peu reconnaissable ici, mais très bien, et le bassiste gene perla . Ce groupe a enregistré quelques disques, vraisemblablement assez difficiles à trouver aujourd'hui.

Perla et grossman s'étaient connus dans les sextet d' elvin jones et c'est l'occasion de ressortir un très bon disque de cette période le « live at lighthouse « de 1972, un des derniers bons blue note enregistrés.

j'avais formé le projet de relancer un peu la polémique sur le rap et le hip hop mais je garde ça pour plus tard.

Comme j'en ai assez de vous recopier des extraits des « 3 voeux » je vous donne un peu du dictionnaire des idées reçues, rédigé par Flaubert, dont on parlait à propos du hip hop, comme quoi tout est lié !


GÉNÉRAL : Est toujours brave. Fait généralement ce qui ne concerne pas son état, comme être ambassadeur, conseiller municipal ou chef de gouvernement


GRAS : Les personnes grasses n’ont pas besoin d’apprendre à nager. Font le désespoir des bourreaux parce qu’elles offrent des difficultés d’exécution. Ex. : la Du Barry.


HACHISCH : Ne pas confondre avec le hachis, qui ne provoque aucune extase voluptueuse.


HOSTILITÉS : Les hostilités sont comme les huîtres, on les ouvre. « Les hostilités sont ouvertes » . Il semble qu’il n’y a plus qu’à se mettre à table.

Pas mal non ?

lundi 9 avril 2007

one two three

le week end pascal tire à sa fin, il faut que je sorte de ma léthargie.

Pendant le week end, une petite polémique sur le blog de yannis. J'adore ça les polémiques, la castagne , l'odeur de la poudre, la mauvaise foi ( je suis champion en ce qui concerne la mauvaise foi, vous ne me battrez pas là dessus, demandez à mes proches ).

l'objet était un concert des rappeurs de public enemy. J'avais émis de fortes réserves sur les propos compassionnels des lascars de PE.

Yannis, et christian venu à la rescousse , m'expliquent que Chuck D. et ses comparses sont parfaitement sincères en ce qui concerne leur engagement vis à vis de la cause afro américaine, contre la guerre en Irak etc...

qu'est ce que ça change à leur musique ? Est ce que ça la rend meilleure ou moins bonne ?

Évidemment non.

Flaubert, qui a été le plus grand écrivain de son temps, avait été révulsé par la Commune et applaudissait des deux mains aux massacres qui l'ont suivie.

Picasso a été un stalinien pur sucre et a réalisé en 1953 un ( magnifique d'ailleurs) portait de Staline en jeune homme.



Céline, pour ne pas être en reste dans l'ignominie, a commis, tout au long de son oeuvre, spécialement dans « bagatelles pour un massacre » , des horreurs antisémites.

Pourtant picasso a été le plus grand peintre du XX ème siècle et Céline un des écrivains majeurs de la même période.

A l'inverse, au moment de l'affaire dreyfus, zola a eu une attitude citoyenne exemplaire, qui lui a coûté très cher. Pourtant flaubert est un écrivain plus important que zola.

Tout ça pour dire que les opinions des artistes sur les sujets qui ne touchent pas à leur art sont sans intérêt autre qu'anecdotique ( pas plus que mes propres opinions sur les mêmes sujets ). Et que, se prononcer résolument contre le racisme, pour la paix dans le monde etc ça ne mange pas plus de pain que ça.

Et que le rap est inécoutable, mais que là, je veux bien convenir qu'il faudra attendre quelques années avant de savoir si j'ai tort ou raison.

Bon on va bien voir si je me rends impopulaire auprès des rap addicts.

Passons aux choses sérieuses. Je continue, lentement il fait beau, la lecture du richard cook sur blue note . On y trouve des infos très importantes. Par exemple que le remarquable pianiste Elmo Hope avait été prénommé Elmo en hommage au saint patron des pêcheurs qui s'appelle, je l'apprends, Elmo. C'est pas de l'info ça ? Mais il y a plein de sujets très intéressants dans ce bouquin. J'en ferai une synthèse à la fin de ma lecture ( prévoir Noël prochain au train où j'avance ).

comme vous l'avez remarqué nous sommes en pleine campagne électorale ( j'ai l'impression qu'elle dure depuis un an, pas vous ? ) où les candidats sont censés répondre aux vrais problèmes des français. J'avais déjà noté à propos du grave sujet des coffrets que ce n'était pas le cas.

Mais il y a bien pire. Personne, dans les programmes électoraux, n'aborde le sujet, pourtant crucial, des trios piano. Basse. batterie.

Comment, le problème vous avait échappé ? Je ne veux pas le croire. Donc j'explique:

l'histoire phonographique du jazz comporte des milliers d'enregistrements effectués sous ce format, spécialement dans la période 40/50/60.

pourtant ce format est redoutable . En effet un disque, de durée variable mais depuis l'invention du LP de 30 mn au moins à 60 mn au plus, ne peut que très difficilement être écouté sérieusement sous cette forme ( entendu oui, mais écouté c'est autre chose ).

Je viens de faire l'expérience avec un disque de « the 3 sounds « . Pensez que ce groupe a enregistré 16 ( seize! ) albums pour blue note. En fait c'est parfait pour accompagner la lecture, voir une sieste, on se réveille de temps à autre quand Gene Harris, remarquable pianiste, attaque en block chords, puis on retourne à sa rêverie antérieure.



Vous me direz, je vous entends d'ici, oui mais the 3 sounds c'était quand même très proche du piano de bar ( cocktail piano comme on dit, notez qu'on a dit la même chose en son temps d' art tatum; comme je l'ai cru je me suis mis à fréquenter les bars, n'évitant que de peu la cirrhose ) .


Peut être, mais red garland, partenaire de miles davis dans sa meilleure période, a commis une tonne de disques sous cette forme pour prestige qui produisent un effet similaire; bien que l'ennui soit plus distingué qu'avec gene harris. Idem pour hampton hawes.

Écoutez un disque entier d'hampton, pourtant un de mes préférés, et très honnêtement dîtes moi si, de temps à autre, votre esprit ne s'égare pas sur d'autres sujets ( ai je éteint les phares de la voiture ?, ai je bien pensé à régler le loyer ?...). pourtant hampton dans ces disques là :














ne produit pas le même effet, la présence de « front line », même une simple guitare, évitant la monotonie ( dans l'un la seule présence de frank butler, batteur considérable, change tout ).


Toujours dans les bons pianistes en trio, même avec winton kelly ou même avec bobby timmons ( et je ne parle pas de Basie en trio, malgré ray brown ), vous ne tiendrez pas votre intérêt linéaire le disque entier.

Une des solutions à ce grave problème, je le dis, puisqu' 'il ne faut pas compter sur nos candidats pour aborder les vrais sujets, est de les écouter par tranches. Inconvénient : on ne sait plus où on les a laissés et on réécoute toujours le début.


Le cas ultime ( à une ou deux exceptions près dont le nigerian market place, peut être grâce à NHOP ) est oscar peterson sur lequel je n'ajouterai rien pour me fâcher avec personne.


Bien sur, comme toujours, des exceptions : bud powell qui, à l'inverse, on ne peut écouter que parcimonieusement mais cette fois à cause de l'intensité de sa musique ( idem pour sonny clark ). Monk, qui, je le rappelle , n'est pas un pianiste. Le duke, pas dans le surfait money jungle, mais dans ça :


avec un summertime qui est la chose la plus ébouriffante que j'ai jamais entendue ( sam woodyard y est quand même pour quelque chose ).
Et puis des cas . Ahmad jamal, mais seulement avec crosby et fournier, en 58. Depuis...


errol garner, à petites doses ( une fois par an me paraît bien ) peut supporter l'écoute d'un disque entier sans faiblissement d'attention. Earl hines est un cas à part puisqu'il est passionnant même ( et surtout ) en solo.


Enfin vous étonnez vous, rien sur bill evans. Les disques de bill evans produisent généralement cet effet d'ennui, et je ne parle pas de l'influence déplorable qu'il a eue sur toute une génération de pianistes qui n'ont retenu que ses mauvais penchants ( je ne cite personne, ils se reconnaîtront ).

Une exception le trio avec la faro et motian live au vanguard qui, normalement, vous tient convenablement éveillés.


Bon, j'attends, de pied assuré, vos réactions.


Allez, puisque vous insistez, un dernier coup de 3 voeux mais c'est vraiment la fin.

Wilbur ware

1.remettre de l'ordre dans ma vie pour qu'on puisse m'accepter partout, et pas seulement pour ma musique.

2.bien jouer, et grâce à mes capacités musicales, être capable de subvenir aux besoins de ma famille.

3.paix et harmonie dans le monde.


Wilbur était ( presque ) un aussi bon garçon que chuck D.

samedi 7 avril 2007

la fontaine de la bruyère etc etc

bonjour les amis.

Vous pensiez vous être débarrassés de moi. Que nenni, gaston revient !

En fait le beau temps lié à mon état de paresse naturelle m'avait fait disparaître mais de façon temporaire. Le bon jean de la fontaine ( on ne lit plus assez les fables de la fontaine car on croît, vestige de la scolarité, les connaître, alors que ce sont de véritables bijoux ) avait souhaité que l'on grave sur sa tombe, en guise d'épitaphe « ci gît jean de la fontaine qui fit de son temps deux parts, l'une à dormir , l'autre à ne rien faire « . en définitive comme d'habitude on ( ? ) grava tout à fait autre chose; y a t il un SAV des dernières volontés ?

Donc , dans la dernière période j'ai un peu fait mon la fontaine. Enfin pas tout à fait ( lui non plus d'ailleurs ) puisque j'ai bien avancé sur le livre de richard cook retraçant l'épopée blue note.

c'est un livre assez dangereux à lire, non qu'il comporte des passages scabreux, mais parce que ,au fur et à mesure de sa lecture vous éprouvez l 'envie irrépressible de réécouter les disques dont il est question.

Et là, ou bien vous ne les possédez pas et vous faites la liste de tout ce que vous devez acheter et, croyez moi, vous finirez inexorablement ruinés. Ou bien vous en possédez pas mal et, forcément, leur écoute ralentit considérablement votre lecture puisqu'un mélomane normalement constitué, enfin c'est mon cas, ne peut en même temps lire et écouter de la musique.

Donc , considérant ce qui précède + le soleil, la nature en éveil et une humeur folâtre, je n'en suis qu'à la moitié.

Je vous en parlerai plus en détail quand j'aurai fini mais je ne résiste pas à vous livrer deux infos, une sérieuse et une autre.

La sérieuse est que richard cook s'est intéressé à un sujet qui me turlupine depuis un moment : à savoir qui achetait cette production, il faut bien le dire énorme, de disques de jazz « moderne »des années 50/60 aussi bien de blue note que des autres labels similaires, prestige, riverside ou autre ?

Il est évidemment bien difficile d'apporter à posteriori une réponse tranchée à cette question vu qu 'à l'époque les moyens de marketing que nous connaissons n'étaient pas encore matures et que, d'autre part, eussent ils existés que la modeste firme blue note n'aurait certainement pas eu les moyens de les mettre en oeuvre.

Toutefois, d'après cook, il a été observé, d'après les chiffres de vente selon les zones géographiques, que vraisemblablement une partie du marché était constituée de ce que cook appelle les « intellectuels bohèmes « ( vous avez compris qu'on dirait aujourd'hui « bobo » ),une autre partie d'étudiants, le jazz étant à l'époque un peu à la mode. Mais, et c'est très intéressant, majoritairement par le public noir. Selon cook, des villes où la communauté noire était faiblement représentée ( boston par exemple ) avaient des chiffres de ventes très faibles alors qu'à l'inverse etc... bon, attendons une étude sérieuse sur cette question réellement passionnante.

l'autre info a trait au rôle ( néfaste ) des chats sur les enregistrements . J'explique :


Un des premiers artistes majeurs de jazz « moderne », après monk toutefois, à être enregistré chez blue note a été bud powell.




Une séance était prévue mais bud était dans une de ses périodes disons... bizarre ( ce qui tendra progressivement malheureusement à devenir la règle ). Pour être certain que tout se passe bien alfred lion, un des deux propriétaires de blue note,l' avait retenu à dîner puis « à coucher » .
Jusqu'au petit déjeuner du matin tout se passa bien, jusqu'à ce que le chat d' alfred bondisse sur les genoux de bud, lequel, saisi de rage antiféline, poursuivit le chat avec un couteau de cuisine pour l'égorger. Bon le chat s'en tira et la séance a eu quand même lieu...

le chat récidiva puisque, à la fin des années 50, lion et wolff tenaient une réunion d'affaires avec l'étoile montante du jazz, john coltrane himself à l'époque sous contrat prestige, afin d'envisager la production d'un album. Malencontreusement, le chat qui élisait domicile dans les bureaux blue note, s'échappa par la fenêtre, ( s'agissait il du même ? ) et nos deux blue note brothers, n'écoutant que leur amour des bêtes, lui coururent après dans la rue, le sauvant de justesse des pneus d'un taxi.
L'ennui, c'est que quand ils regagnèrent la salle de réunion, JC , sans doute dubitatif sur le sérieux de producteurs qui courent après les chats, était parti !
Heureusement les choses finirent par s'arranger et l'album « blue train » merveille des merveilles vit le jour.







Lola, que vous connaissez maintenant et qui lit par dessus mon épaule, me souffle tout le mal qu'elle pense des chats et de leurs manigances !








Bien, maintenant une devinette. Qui a dit « Je crois honnêtement qu'une personne n'a pas commencé à vivre tant qu'elle n'a pas joué du saxophone basse. » ? vous séchez ?

c'est james carter. C'est sûrement excessif. Mais james carter ( à ne pas confondre avec jimmy carter, qui lui fut président des états unis et qui, à ma connaissance, n'a jamais joué du saxophone basse ni de rien d'autre d'ailleurs )



est excessif et, franchement reconnaissez le, c'est ce qui fait son charme.
Lorsque james carter est apparu sur la scène jazz, ça nous a tous interloqués. Pour moi c'était son premier ( ou deuxième ? ) disque . jurassic classics, avec craig taborn au piano. Il avait 25 ans ( pas le piano, carter ). Plein la poire ( si je peux me permettre ? ) toute l'histoire du sax , du jazz et une aisance incroyable, un zapping musical permanent.



Ma deuxième impression avec « conversin' with the elders » où il joue avec des grands du sax , a été moins bonne ( sauf l'occasion d'entendre buddy tate à la clarinette, ce qui n'est pas rien ).
ce type est arrogant me dis je à l'époque, il croit tout savoir ( en fait il sait tout ), veut nous en remontrer, il est agaçant. En fait il est agaçant. Son côté tchatcheur façon chuck D. énerve. Mais quel musicien. Voilà, c'est ça, James Carter est un grand musicien agaçant.

Mais trouvez moi un musicien américain de ce calibre qui consacre un disque entier à django ?

Et qui plus est, utilise dans ce disque le fameux saxophone basse , lequel, à priori, est l'instrument le moins approprié pour évoquer l'art de django ( il est vrai qu'un thème de django, joué dans ce disque, s'intitule « artillerie lourde » alors...)

je me rappelle que michel contat, qui officiait alors au monde disais que J.Carter faisait du "pantagruélisme saxique" !


bon, vous l'avez compris, carter m'agace, m'horripile, mais quel homme...
et vous quel effet vous fait carter ?

Bon , en ce week end pascal, je ne vais pas y passer la nuit. La prochaine fois je vous parle de ... bon je verrai !

Ah oui, un petit coup des 3 voeux pour terminer ( après j'arrête ce coup des 3 voeux )

Clifford jarvis

1. une batterie neuve
2. 14 000 dollars pour m'acheter une maison.
3. une voiture




jarvis devait jouer chez sun ra à l'époque et ça ne payait manifestement pas des masses. Cela étant 14 000 dollars pour une maison, c'était le bon temps question prix de l'immobilier !
ah dernière chose. J'ai découvert ça :



un curieux disque de 76 avec steve grossman, débarrassé ici de l'influence rollins et coltranien avec gene perla qui fit les beaux jours du quintet d'elvin jones. Un beau disque mais que je vais réécouter avant que de vous en dire définitivement du bien

mercredi 4 avril 2007

one freeman, two freemen

Deux jours sans gaston, comment avez vous tenu le coup ? C'est inhumain j'en conviens. Cette attente ne peut plus durer, aussi je m'y recolle, nonobstant un milliard et demi de choses passionnantes à faire. Mais je sens bien que j'ai des responsabilités qui ne peuvent être éludées.

Je vous avais déjà entretenus de problèmes existentiels majeurs comme l'existence des coffrets. curieusement aucun message sur ce sujet. Franchement vous vous moquez de la vie quotidienne des français. Je vous le dis, ce pays est ingouvernable et c'est de votre faute. je tente de lancer un débat participatif sur la nocivité des coffrets et pfuitt , rien...essayez donc d'être utile à vos contemporains !

Tant pis je continue. J'avais le choix entre plusieurs sujets importants : le jazz est il toujours vivant ? Dieu est il mort ? Qui sommes nous, où allons nous, d'où venons nous ? Que va t on manger ce soir ? Y aura t il une nouvelle canicule cet été ? Qui sera au deuxième tour, schivardi ou nihous ?

Tout compte fait je vais parler d'autre chose. De récents échanges avec daniel (Jazz miscellanous ) m'ont un peu fait réfléchir, ce qui chez moi n'est quand même pas courant.

Je vous narre la chose :

Daniel, à propos de je ne sais plus quoi, m'a donné à entendre ça :





un album donc de von freeman. Vous le connaissez tous le von. Et bien en fait moi pas. Enfin, bien sur, je connaissais son existence, je l'avais entendu d'une oreille distraite et l'autre n'était pas plus active. Du coup, j'ai écouté ce disque avec attention. C'est une pure merveille . Pensez que le lascar a 79 ans au moment de l'enregistrement, alors qu'on dirait un disque réalisé par un tout jeune musicien, l'expérience et l'immense talent en plus. Un souffleur comme on n'en fait plus, émouvant, délicat , tendre , passionné et surtout d'une extraordinaire modernité musicale. Enfin je peux vous raconter ce que je veux; le mieux est de faire comme moi: l'écouter et puis, forcément vous le réécouterez.

Comme toujours dans les meilleurs disques, une petite réserve: un guitariste moyen mais ce n'est pas gênant. Et aussi une curiosité; sur certaines plages von est accompagné par jason moran et , sur une plage seulement, par le batteur de jason: nasheet waits. Or , si von est le père de chico, nasheet est le fils de freddie, immense batteur , donc un petit enchevêtrement de générations à noter.

La question est : pourquoi cette omission de ma part sur ce von ?



En fait, à la réflexion, il y a plusieurs réponses.

La première est que le von n'a pas fait beaucoup d'efforts. Natif de chicago en 1922, il a tété le biberon du captain walter dyett à la Dusable high school, exactement comme un autre saxophoniste chicagoan célèbre: johnny griffin , de 6 ans son cadet. Seulement johnny, lui, a fait des efforts pour que je le connaisse. Il a participé aux big bands de son époque, a voyagé, est venu à new york où les choses se passaient, a massivement enregistré, notamment chez blue note, a côtoyé les plus grands, spécialement monk, est venu en europe etc. bref il a fait son maximum pour que je ne le rate pas. Johnny c'est le genre de type qui se met en plein milieu lors des photos de mariage, à côté de la mariée, en faisant les cornes, avec ses doigts, derrière la tête du beau père.

Au lieu de ça, le von est resté pépère à chicago, jouant par ci par là, même avec un autre de chicago: sun ra, se la coulant douce quoi. En fait il attendait paresseusement que son fils chico ( a t il été prénommé comme ça en hommage à chico marx, pianiste visuel ? ) démarre dans le métier, gagne de la notoriété et en fasse profiter son papounet. Y en a tout de même ! Et après ça il vient se plaindre que je ne le connaisse pas suffisamment; quel aplomb!

Bon, c'est vrai que, de mon côté, j'aurais pu faire un effort ; le von a quand même, à partir disons des années 80, commencé à bouger un peu et à avoir une visibilité évidente. Alors, qu'est ce qui a coincé ?

A la réflexion je le sais. Il se trouve que j'ai vu, en concert comme on dit, vers le milieu des années 80, le chico. Accompagné, si mes souvenirs sont bons ( et ils le sont je vous prie de me croire ) par kirk lightsey au piano et don moye à la batterie. Étais je dans de mauvaises dispositions ( digestion difficile, réception d'avertissement fiscal, chignon proéminent de la dame assise devant moi ... ) ? ou bien le chico était il dans de mauvaises dispositions pour des raisons similaires auxquelles peuvent s'ajouter le décalage horaire ou une sono pourrie ? Quoiqu'il en soit ce concert m'avait laissé très dubitatif et j'ai fait une croix sur le chico et par capillarité sur le von auquel je ne me suis pas plus intéressé par la suite que vous en ce moment à la lecture de ce pensum. Résultat, faut que je rattrape le retard et sur le von et sur le chico, une vraie vie de galérien vous dis je.

Comme quoi notre paysage musical , que nous construisons inconsciemment au fil du temps, est fondé pour une part sur des hasards assez difficiles à expliquer. Par exemple, à contrario, pourquoi me suis je autant intéressé à Hank Mobley ? Cela à tel point que ( je viens encore de le vérifier ) c'est un des musiciens le plus représenté dans ma (modeste ) discothèque : 25 disques de lui en leader sans compter toutes ses interventions en sideman. Est ce bien raisonnable d' avoir à sa disposition plus de disques d' Hank Mobley que de duke ellington ? ( enfin à voir je n'ai pas compté les duke ellington ).

outre que hank est un grand musicien, il y a certainement une part de symbolique : hank est LE musicien blue note par excellence,( avec lee morgan surreprésenté chez moi aussi ) et mon goût pour blue note est un peu hypertrophié aussi. A ce sujet je viens de recevoir ( je l'ai payé attention, mais ce n'est pas cher $ 15 chez amazon, très raisonnable ) ça :








Le livre de richard cook.

je vous en parlerai ( peut être ) quand je l'aurais lu ( comme c'est en anglais c'est un peu plus long car je ne peux pas utiliser ma méthode habituelle de lecture rapide ). enfin j'ai commencé.


Pour terminer sur la question , à laquelle nous reviendrons,( vous ne vous en tirerez pas comme ça), du paysage musical de chacun, maintenant que j'ai le temps, je m'aperçois de béances dans ma connaissance de certains territoires du jazz.


Par exemple mon dédain ( relatif quand même ) pour ce qui est regroupé sous le nom générique de « west coast ». Donc, je rattrape le temps perdu ( ce matin : shelly man 1953 avec le magnifique thème de bill russo « sweets » dont les double six avaient réalisé une adaptation très réussie ).


pour finir, en parlant de west coast, j'écoute en ce moment les merveilleux enregistrements de dexter gordon à los angeles en 1955 avec rosolino, conte candoli, lou levy and partners. C'est bien !

Qu'est ce que je vous dois ? Ah oui billy root, on va attendre un peu; sam cooke est en réserve, jackie mclean aussi. Il y a quand même un très grand sujet à traiter : est ce que le jazz est toujours vivant ou est ce que, comme la musique savante européenne ou l'opéra, il se survit dans l'académisme ? Avez vous une opinion ? J'en ai une mais c'est coton à aborder, même par la face nord...

pour la route un des « trois voeux... »

Anita o'day ( ma chanteuse préférée, je le redis si nécessaire )

1.trouver un trio de musiciens qui swinguent et qui m'aimeraient assez pour jouer en mettant du sentiment, et qui soient justes, musicalement et techniquement.


2.Réduire le nombre de mes factures à l'absolu minimum, pour que du coup je puisse les régler à temps.

3.Un grand désir de bonne santé...surtout, SURTOUT j'espère ne pas avoir de cancer, comme ma mère...rester active jusqu'à ma mort...tu vois...du genre superwoman.

Concernant le point 2, quand je vous dis que nous avons tous en nous quelque chose d'Anita...sauf lola qui se moque totalement des factures...





dimanche 1 avril 2007

gaston se fait disputer


j'avais promis hier de parler de von freeman et hank mobley, non pas pour les comparer mais pour comprendre pourquoi on s'intéresse à priori plutôt à un musicien qu' à un autre. Jazz miscellanous a eu la gentillesse de me prêter du von freeman, je vais attendre de l'avoir écouté pour revenir sur ce sujet.

Toujours au sujet d'hier ( je suppose que l'administration du blog sera plus compréhensive et que je pourrais aller jusqu'au bout... ) je signale à lady domi ce que je considère comme une excellente intervention de ken Mc intyre, il y en a évidemment beaucoup d'autres, c'est sa participation au disque de beaver harris « beatiful africa » où, aux côtés de grachan monchur 3 et cameron brown notamment, il délivre de bien belles choses à l'alto/flûte/ basson.


Dernière chose sur le passé. J'avais fort méchamment écrit en février, à propos de ma chanteuse préférée anita o'day, ça : » je ne résiste pas à la méchanceté de décerner le titre de la plus mauvaise chanteuse de jazz : Ciara Arnette , une américaine vue au festival de montlouis sur loire en septembre dernier.Affligeant. Si anita a tout ciara n'a rien»

ciara arnette dont l'agent je suppose a vu ça sur le net me fait le commentaire suivant :

les mots sont des choses puissantes. J'apprécie votre appui, l'art évolue et je me développe et évolue. Le jazz me donne l'espoir et compassion, j'espère qu'elle vous donne la même chose.Ciara ArnetteAmerican jazz singer

ce qui est évidemment beaucoup plus gentil que mon commentaire.je suis donc embêté, j'ai horreur d'offenser les gens. Bon c'est vrai que quand on se produit en public il faut accepter d'être jugé, même par des zigottos comme moi ( est ce que on ne dirait pas zigotti au pluriel ? ).
Mais je veux bien croire que les conditions du festival de montlouis sur loire ne sont pas idéales pour une chanteuse : salle plus propice à recevoir un comice agricole qu'un concert de jazz, public disons...rural et vraisemblablement peu de répètes ( Comme ça je suis au moins sur d'être fâché non seulement avec l'artiste mais aussi avec les organisateurs et le public. C'est tout moi ça !)

donc je vais faire mon possible pour ré entendre ciara arnette dans de meilleures conditions ( malheureusement il ne semble pas qu'il y ait de disque ? ) et j'en reparlerai objectivement. De toutes façon ça ne peut pas être pire ( mon jugement je veux dire pas la chanteuse, ah je m'enfonce ).

allez un p'tit coup des « trois voeux des ... »

Lonnie hillyer : « 1. être le meilleur trompettiste du monde
2.Un fils et une fille
3.jouer dans un groupe comprenant barry harris, charles Mcpherson et moi.

pour le dernier voeu ça a été réalisé, sa discographie en fait foi, le deuxième sais pas, quand au premier je ne dis plus rien sinon je vais encore être fâché avec quelqu'un! D'autant que lonnie est, aux dernières nouvelles, toujours de ce monde, donc prudence.

Pour être sur de ne plus me faire d'ennemis je vais parler un peu d'un musicien que j'aime, vraiment et que j'ai toujours aimé, toujours : BOOKER ERVIN.

Booker est un texan, il y a un peu de l' arnett cobb chez lui, toutes proportions gardées, avec un profond sens du blues. Il a commencé sa vie musicale, comme tout le monde à cette époque et c'était peut être la meilleure école, dans les orchestres texans de R&B.

A 29 ans il entre chez charles mingus et va participer à la création des chefs d'oeuvre de la meilleure période du maître :

au hasard ( mais dans l'ordre ) Blues and roots en février 59, Mingus ah um en mai de la même année où il est remarquable sur « open letter to duke « . En 61 il forme une fameuse paire avec roland kirk sur le « mingus oh, yeah! ». Enfin il est encore en 63 sur le « Mingus, mingus, mingus ..). c'est avec mingus qu'il viendra en france, à antibes en 1960.

parallèlement, il va enregistrer une oeuvre personnelle, essentiellement chez prestige, le plus souvent en quartet mais aussi en quintet ou formation plus étoffée.

Mes préférés : « groovin'high » attention au personnel, les sessions sont un peu mélangées et on retrouve sur des disques des séances faites pour un autre, c'est le cas de groovin high. Bon en gros retenez qu'avec book, sur ces séances , officie quasiment toujours une monstrueuse section rythmique ==> jaky byard, richard davis et le trop méconnu alan dawson. Parfois byard est remplacé par gildo mahones.



Dans le « freedom book » de 1963, c'est ce quartet, le vrai « booker ervin quartet ».Dans « the song book « en 64 c'est flanagan au piano à la place de byard. The blues book nous fait retrouver une partie des musiciens de « groovin'high » . Enfin « the space book » en 64 ( je n'ai pas ce disque ).


enfin tous ces « book » sont des enregistrements majeurs de la firme prestige.

en 1966 book enregistre en sextet ( si je sais compter ) avec le quartet ( byard, davis, dawson ) augmenté du trompettiste jimmy owens et du superlativement excellent tromboniste garnett brown, le disque « heavy » qui mérite bien son titre. C'est mon préféré!

Si c'est chez prestige que book fera ses meilleurs disques, il passera comme tout le monde chez blue note. Il y a sur le marché un faux blue note : « structurally sound « , enregistré en fait chez pacific jazz que blue note a ( je crois car je ne suis pas bien au fait de ces histoires de business ) racheté. Ce n'est pas mon préféré de book. Je le trouve un peu ennuyeux, trop d'uniformité sans doute.

Non, le disque qu'il vous faut chez blue note c'est « tex book tenor » un de ses derniers disques, enregistré en 68, avec un combo d'enfer; woody shaw, kenny baron et billy higgins whoua !

Bien sur , comme vous et moi, book a enregistré, outre chez mingus, comme sideman. Ce serait trop long à énumérer. J'aime bien celui là:

sous le leadership de roy haynes ( mais ce pourrait aussi bien être paru sous le nom de booker ervin ) avec le magnifique pianiste ronnie matthews; et puis celui là :
qui est un des témoignages de la collaboration de book avec randy weston.
Enregistré en 64 avec ray copeland ( dont je rappelle mais je ne le répéterai plus, qu'il était le Tp préféré de monk ) mais paru qu'après la mort d'ervin ( en 72, pas la mort, la parution du disque )

Car malheureusement book disparaîtra à 40 ans en 1970 ( ça lui évitera une bonne partie des horreurs du free jazz mais quand même ).

booker ervin, comme gonsalves, hodges ou rollins est un musicien qui a une manière unique et qu'on reconnaît immédiatement, un style personnel à une époque où, il faut bien le dire, il y avait une certaine standardisation du ténor be bop. Puissance héritée du texas natal , sens du blues mais aussi une façon spéciale et lyrique d'utiliser le vibrato .
Allez, pour la route, encore un petit coup des trois voeux :

jimmy garrisson :

un coup de main
2.la sécurité
3.arriver à bien jouer de cette bête là !