jeudi 31 mai 2007

born to be blue

la reprise du blog s'accompagne naturellement de ma petite chronique des musiciens des années 50/60 un peu oubliés, sous estimés ou insuffisamment connus. Je vous en ai déjà brossé le portrait de quelques uns.
Aujourd'hui j'aimerai bien vous entretenir quelques minutes de blue mitchell.

Né en floride et mort à los angeles, dit comme ça sa vie a l'air d'un truc genre miami vice ou alerte à malibu. Quand on y regarde de plus près ce n'est pas tout à fait ça.
En fait le blue (richard de son vrai prénom ) a eu une carrière assez typique des hard boppiens de sa génération. A 21 ans il était avec shafi hadi et sam jones ( qu'il recroisera fréquemment ) dans un orchestre de R& B puis trompettera chez Red Prysock, excellent ténor dont je vous recommande, si vous la trouvez, la compil ci dessous.




Moins célèbre que son chanteur de frère arthur, red avait une bonne renommée au milieu des années 50 . Doué, blue montera en grade en passant chez le plus célèbre des R&B men de l'époque, earl bostic ( dont une récente réédition nous rappelle opportunément le grand artiste qu 'il a été ).


Ensuite, schéma classique, cannonball adderley et lou donaldson ( qu'il retrouvera également fréquemment ).


de 58 à 65 c'est son heure de gloire: il sert dans la phalange de horace silver avec junior cook, son « twin brother » et participe à tous les chefs d'oeuvre d'horace de cette époque : finger poppin', blowin the blues away, doin' the thing, une partie de song of my father etc etc.


pendant toute cette période il est sideman ou leader pour de nombreux enregistrements. On peut sans être exhaustif ( d'autant plus que je ne les connais pas tous ) en évoquer quelques uns.

écoutons ensemble ( pas facile hein ? ) Top Shelf, de l'album « blue soul » ( fantasy record 1959 ).

Après un remarquable chorus de jimmy heath , sur un tempo médium tenu, avec le déhanchement que lui seul savait pratiquer , par Philly joe jones, blue mitchell développe une intervention claire, avec des idées logiques, une sonorité égale, ponctuée en fin de phrase de légères petites audaces quasi gillespiennnes , avant de passer la parole naturellement à winton kelly, comme une maîtresse de maison de neuilly vous passe le pain.

On est ici au coeur du classicisme hard bop, sans les violences artblakeyiennes ni la frénésie d'un griffin, mais avec une sérénité rare que le morceau suivant- park avenue petite- accentue et où notre blue adopte une démarche brumeuse proche du miles de l'époque . Tout le disque-Blue Soul je le rappelle- est de la même ( haute) tenue.

On peut avantageusement comparer la version enregistrée ici de « the way you look tonight » avec celle de johnny griffin ( et comparses ) de l'album blue note « blowin' session ».

Malgré la présence puissante de philly joe, le traitement est beaucoup plus « cool » même si on est dans la même famille stylistique. Comparativement à griff la démarche est assurée mais apaisée, là où notre griffin semble, à son excellente habitude, prêt à dévorer tout cru les autres musiciens, l'ingénieur du son et l'auditeur lui même si vous laissez votre oreille traîner trop négligemment ( si il y a eu des plaintes ! ). Blue mitchell, quoique hard bopper émérite, est beaucoup trop civilisé pour se permettre une telle attitude de sauvage.

Ceci posé , il n'empêche que nos deux lascars ont enregistré ensemble au moins un disque sous le nom de blue ( big six )

quelques mois avant avec un personnel quasi identique ( griffin se substituant évidemment à jimmy heath ) et un disque sous le nom de griffin en 59 également ( the little giant )

toujours avec sam jones et winton kelly ; albert heath remplaçant philly joe.

L'écoute à la suite de blue soul et du griffin montre que notre blue n'était pas de taille à résister au « little giant » bien longtemps. Même quand il est le leader nominal ( big six ) griffin tire tellement la couverture que mitchell finit sur le sommier.






Regardez d'ailleurs plus attentivement la photo de pochette.



Certes blue est en gros plan devant mais matez le mec dans le fond, le seul qui porte une chemise de couleur, vraisemblablement bariolée. Bien sur c'est notre griffin qui regarde blue comme l'épervier plane au dessus du lapin. Et, de fait, la séance mitchell se transforme très vite en séance griffin.

Pour terminer sur big six, la première séance de blue en leader, elle comporte une curiosité de par la présence du premier enregistrement de « blues march » réalisé ici avant celui des jazz messengers.

Ces enregistrements pointent le drame bluemitchellien.garçon sensible laché dans une cour de récré de petits sauvageons.

Ça colle beaucoup mieux pour lui quand il se retrouve en compagnie de camarades civilisés; comme c'est le cas dans l'album « out of the blue «

où, malgré le tellurisme de blakey ( tenu ici en lisière ), la présence chaleureuse et apaisante de benny golson- version 1958, la meilleure- lui permet de développer sereinement sa manière posée et aimable.

Mais, en dépit de cet environnement propice , il réussit le tour de force de se faire voler la vedette par golson qui joue ici mieux que jamais, débarrassé sans doute de la compagnie encombrante de lee morgan qu'il côtoyait à cette époque chaque jour chez blakey. Mitchell était le genre de trompettiste qu'il fallait à golson ( qu'il retrouvera plus tard avec art farmer au sein du « Jazztet » ), mais notre blue , toujours leader, joue encore un peu les faire valoir.( Et franchement pourquoi jouent ils « when the saints.. » dans ce disque ? Très curieux!)

après son départ de chez silver, il constituera un quintet avec junior cook auquel s'agrègeront le tout jeune chick coréa et l'excellent al foster. Pourtant la poignée de disques réalisés chez blue note par cet ensemble ne sont pas très convaincants. Par exemple celui ci, sympa mais bon..

une réussite toutefois, l'album « boss horn » grâce sans doute aux arrangements de duke pearson.

La suite ne présente pas le même intérêt. L'époque est finie pour le genre de musique pratiquée par blue qui trouve refuge dans le big band de ray charles puis accompagne john mayal, sans doute pas des choix artistiques. Lou donaldson lui donne quelques occasions de jouer un peu « straight ahead » comme dans l'album « everything I play is funky « .

Il meurt à 49 ans .

Dans le fond blue mitchell, esthétiquement, est assez près de kenny dorham sans peut être en avoir l'envergure. Fondamentalement sideman, quand il est leader c'est avec un autre ( junior cook en l'occurrence ) ou , comme on l'a vu, c'est un faux leader; le disque ayant pu parfaitement être édité sous le nom d'un des autres musiciens participants.

Sa grande qualité c'est l'élégance et un goût très sur; jamais aucune facilité ni vulgarité n'entache son jeu même dans les contextes qui auraient pu s'y prêter.

Blue mitchell est un de ces nombreux « unsung heros » dont l'histoire du jazz est peuplée et sans lesquels cet art n'aurait pas existé.


Pour parler tout à fait d'autre chose:

dîtes donc j'y pense, vous avez un crédit immobilier pour votre résidence principale vous ? Moi non mais si c'est votre cas je ne voudrais pas être à votre place. Piiiou, vous avez du en passer des nuits blanches et des angoisses à terrasser un diplodocus. Pensez, un jour tout est déductible. Le lendemain c'est que 20 %. Notre Hollande ça l'énerve faut voir. Pas de ça lisette tempête t il ( et quand hollande tempête, attention. dîtes donc, à propos, vous avez vu ses histoires avec sa dame ? paraîtrait que il y aurait des salades conjugales , même qu'ils ont assigné des journalistes, incroyable ). il nous faut des prêts à taux zéro qu'il dit, et pas de déduction! Circulez, le sarkozi vous embrouille.
Là dessus la déduction qui ne marchait qu'à partir du 6 mai voilà qu'elle concernerait tous les crédits, même ceux d'avant. Mais ça va coûter une fortune ! s'étrangle le devédjian, marri de s'être fait préférer une lascarde pour la garderie des sceaux.
Et vous pendant ce temps là qui refaites vos additions dans tous les sens! Et que je te simule un budget avec déduction ( bonnard, vacances au ski ) et que je te simule un budget sans déduction ( pouf, le ski se transforme en séjour chez la belle mère à la campagne. bravo le gouvernement! ). Enfin on vit une époque formidable. Non ?

se rendent pas compte les chinois. Sont là à travailler 25 heures par jours avec des heures sup même pas déplafonnées, même pas défiscalisées à 25 % à hauteur de la moitié de l'assiette prise en compte pour le calcul du taux moyen horaire relatif. Non le chinois s'en lave les pognes du crédit déductible. Un peuple qui n'a pas inventé le » bouclier fiscal », le crédit d'impôt , la taxe flottante sur les hydrocarbures; un peuple comme ça je vous le dis, monsieur, n'a pas d'avenir. Pourquoi je vous appelle monsieur ? Ah tient avec tout ça je n'ai plus ma tête.

Faut que j'arrête de lire la presse, ça m'étourdit!

mercredi 30 mai 2007

chose promise...


comme indiqué dans le paragraphe précédent, je suis enfin sorti de ce titanesque chantier qui consistait à numériser l'ensemble de ma discothèque, musique et pochettes comprises.
Il est assez connu que les paresseux deviennent sporadiquement les plus grands travailleurs lorsqu'un défi leur est lancé. C'est mon cas et bien des fois pendant cette aventure surhumaine je me suis maudit d'avoir fait l'acquisition de ce satané DD externe, source de ce labeur insipide.

Maintenant passons à autre chose. Ou plutôt restons un peu sur ce travail qui m'a permis, au fil de la répétition mécanique des mêmes gestes tayloriens ( pas cecil taylor, mais l'inventeur du travail à la chaîne..) de passer en revue tous mes enregistrements, enfin pas les miens , ceux que je possède, et d'en redécouvrir certains un peu oubliés ( oubliés de moi s'entend) . Par exemple :

un merveilleux disque de eddy louis et michel pétrucciani, conférence de presse.
À ce sujet une chose m'a intrigué. Pendant l'extraction du disque mon lecteur-windows media player- indiquait un titre intitulé : « jean philippe harbien ». Curieux titre me dis je à moi même ( ce travail était tellement harassant que se parler à soi même était la seule façon de ne pas devenir fou, méthode utilisée par les otages gardés en isolement total ). puis je me souvins m'être déjà posé la question, lors de l'achat du disque, sur ce mystérieux personnage dont pétrucciani avait fait un thème. La chose me revint alors en mémoire après avoir relu la pochette. Le lecteur se trompait car il ne s'agissait point de Harbien mais de Herbien. Ce qui change tout car « jean philippe herbien « phonétiquement rappelle que michel était assez porté sur la chose et, comme tous les latins, un peu vantard. Cela étant c'est un disque merveilleux de deux grands artistes.

Toujours à ce propos ( pas d'enfilage hyper bien, allons! ) un disque retrouvé de eddy louiss en trio avec kenny clark et rené thomas, une bien belle chose également.

Toujours dans les redécouvertes, quelque chose que j'avais complètement oubliée: un enregistrement des années 80 du jay Mc shann kansas city band, fait à Paris je pense, avec un personnel incroyable et le parfum inimitable de la musique de kansas city.

Vous connaissez tete montoliu ? Pianiste aveugle et catalan, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Le disque ci dessous est charmant.

Frank morgan. Musicien bien oublié à la carrière chaotique ( de 1953 à 1985 il a passé l'essentiel de son temps en prison ) qui faisait là un « come back « assez réussi :

Je ne suis pas un inconditionnel de mark murphy ( il y en a, mais il y a de tout ) mais j'ai, dans mes pérégrinations numérisqueuses, retrouvé et réécouté ça, qui est vachement bien quand même :

Ah! et joe newman, délicieux trompettiste qui a passé le plus clair de sa vie dans les studios et chez count basie ( il y a pire me direz vous ).
Cette réédition jazz tribune lui rend particulièrement justice . Entouré excellemment, notamment d' al cohn, il a gravé ici des faces inoubliables. Joe newman président !

j'ai réécouté aussi ce très bon disque du très très sous estimé bill perkins

un petit français pour célébrer l'exception culturelle du même métal. Xavier richardeau, que j'adore. Que devient il ?

Enfin le bonheur avec rex stewart et notamment « tea ans trumpets » de 1937 dont l'ami réda nous rebat régulièrement les oreilles avec les soi disant deux versions ( je dis soi disant car je n'en connais qu'une et je soupçonne Réda d'être assez malicieux pour avoir inventé cette histoire )

bon j'en garde un peu pour la prochaine fois car ça devient fastidieux.
Pendant mes travaux forcés, forcés par moi mais forcés quand même- je me suis un peu évadé en lisant le livre de guy cosson consacré à Roland Kirk.

Excellent bouquin qui est une somme sur le personnage et qui représente un travail de documentation époustouflant au regard duquel mes jérémiades sur ma corvée sont indécentes. En le lisant vous saurez tout sur rahsaan, heure par heure. Donc pas de réserves, achetez le.

Enfin si, vous me connaissez, critique comme pas deux, le style sent un peu son universitaire ( peut être que cosson, que je ne connais pas, est tout sauf universitaire, charcutier ou receveur des postes allez savoir ). C'est pas vivant, vivant . Certes cosson n'a pas pu connaître rahsaan mais l'historien henri guillemin n'avait pas connu napoléon ( qu'il détestait d'ailleurs ) et ça ne l'empêchait pas, à la défunte ORTF, d'en parler comme s'il l'avait quitté la veille. Enfin, c'est une réserve mineure, il faut le lire.

Dernière réserve mais cosson n'y est pour rien. Pendant la lecture on est vachement tenté d'écouter les disques dont le cosson cause, c'est naturel. J'en ai 17, c'est pas toute l'oeuvre de Kirk mais bon ça balaye bien. Résultat: dès que vous entamez un disque le cosson parle d'un autre ce qui oblige à une gymnastique incessante . Évidemment au bout d'un moment j'ai laissé tombé ce manège et j'ai écouté des disques de kirk pendant que je lisais l'analyse d'un autre. Curieux.

Ah si j'avais oublié! J'ai retrouvé ça aussi : un supplément sonore de jazz magazine de 1994. présenté par daniel filipacchi ( quel plaisir de retrouver la voix qui a bercé mon adolescence...) une série d'enregistrement des années 20 d'orchestres aux noms savoureux (the six jolly jesters ou memphis jugs band par exemple ) et totalement oubliés aujourd'hui. Le parfum du mystère temporel...

A bientôt.

ça y est !!!

cher(e)s petit(es) lecteurs(trices)

ça y est.j'ai fini. donc très bientôt reprises de mes aventures pleines d'humour de capes et d'épées. Où vous verrez de vos yeux éblouis comment les méchants sont punis et les bons récompensés, comment les princesses épousent des bergers ( et vice versa ) comment ils se marient et comment ils ont beaucoup d'enfants...

donc très bientôt sur vos écrans la suite des aventures de gaston. Faîtes passer !

dimanche 6 mai 2007

gaston is not back,mais presque...

hello les amis.

Vous vous interrogez légitimement sur mon silence persistant. Que devient gaston ? Gaston est il mort ? Gaston a t il d'ailleurs réellement existé ?

Je dois donc une explication à ma disparition, provisoire, du paysage.

En fait je me suis lancé dans la numérisation sur disque externe de ma discothèque, assommé que j'étais chaque fois de chercher des CD que je ne trouvais jamais ou de trouver ceux que je ne cherchais pas, de les manipuler une fois trouvé, de les remettre dans le bon boîtier etc etc.

mais, je ne mesurais pas le chantier considérable auquel je m'attelai ( extraire chaque disque, numériser la pochette et le personnel, renommer, classer...)
un labeur incessant ( digne de charlot dans « les temps modernes » ) me permet aujourd'hui d'aborder les D ( ayant naturellement commencé par les A !).

vous avez raison je n'aurais jamais du commencer mais maintenant j'ai le dos au mur. Donc pas de message blog avant la fin mais, promis ensuite je m'y remets.
Je suis tous les jours les blogs « amis » et les forums sympa mais mon travail de forçat me rive à mon ordinateur comme le serf à sa glèbe.

d'après mes calculs scientifiques, à la fin du mois je suis débarrassé.

En tout cas ne vous lancez pas dans cette aventure ( sauf si vous possédez 50 disques ), quoique, après, qu'est ce que ça va être bon de trouver d'un seul clic la bonne version de stardust ou la plage souhaitée dans le coffret de 40 CD du duke... enfin on verra.

Merci à yannis de prendre de mes nouvelles . C'est très sympa. Je reviens c'est promis.

Ah tiens j'écoute ça en ce moment. C'est l'occasion de mettre une belle image.