mercredi 27 juin 2007

gaston fait son cinéma

autant vous le dire tout de suite, je suis aujourd'hui d'une paresse nettement au dessus de ma moyenne habituelle qui est déjà très très élevée. Donc, ce message ne va durer longtemps. Je le fais que pour vous, élevant une fois de plus mon altruisme au dessus de mes ( mauvais ) penchants naturels; Nul doute que cela me sera compté au ciel.

Ceci posé de quoi je vais bien pouvoir vous parler, qui vous intéresse un peu et qui ne soit pas trop long de manière à ce que je puisse retourner à mon état léthargique ?

Ah oui. Parmi les musiciens insuffisamment connus, il y en a un qui vaut particulièrement le détour et qui commence seulement à gagner un peu de notoriété en france, c'est l 'ami Tubby Hayes.

Je dis qui commence seulement car je viens de compulser le dictionnaire du jazz ( dernière version expurgée et augmentée- collection « bouquins » chez robert laffont ) : point de tubby hayes ( par contre, ouvert au hasard, je vous signale qu'on y trouve des gens aussi importants que John mehegan- 1920/1984, « snub » mosley -1905/1981, maxim saury-1928/...,ou arne donerus -1924/toujours vivant ).
sujet britannique, tubby a été un des plus grands musiciens européens, capable de rivaliser avec les maîtres américains du sax ténor ( il pratiquait aussi, fort bien, la flûte et le vibraphone ).

Les américains ne s'y sont d'ailleurs pas trompés puisqu' à l'occasion d'une tournée aux states avec dizzy reece, tubby a eu la proposition d' art blakey de se joindre aux jazz messengers. Ultérieurement woody herman lui offrira également une place dans son « herd ».

stylistiquement proche de musiciens comme mobley, griffin ou rollins, hayes avait quelque chose d'original, sans doute du à son origine.

Malheureusement sa santé ne permettra qu'une carrière courte puisque qu'il nous quittera à 38 ans en 1973.

je ne sais quelle compagnie a réédité en france l'an passé une flopée de disques ( d'origine Fontana je crois ) de tubby, qui ont apporté dans la presse spécialisée une certaine redécouverte de cet artiste. On peut peut être encore en trouver. Ceux là peut être.



Mon préféré est « down in the village » enregistré « live » avec son compagnon habituel, l'excellent trompettiste jimmy deuchar.


Il y a également un disque américain « return visit » avec roland kirk et « jimmy gloomy », qui n'est autre que james moody ( vous suivez l'astuce moody = gloomy ? ).


on peut également voir une très bonne émission de la BBC , présentée par Humphrey Littleton « Jazz 625 » consacrée au big band de tubby , qui, en 1965 semble t il, réunissait la fine fleur du jazz anglais ( ronnie ross, peter king...).outre la curiosité de voir jimmy deuchar jouer du mellophone . ah vous ne savez pas ce que c'est ? Ça ressemble à ça :




l'ensemble est excellent. Un point à noter qui n'a rien à voir avec l'excellence de la musique, c'est incroyable ce que, à cette époque, les musiciens anglais et le public anglais avaient l'air d'anglais !

Il me semble que ce n'est plus le cas aujourd'hui et que, la langue mise à part, tous les européens se ressemblent ?

À propos de film et de vidéos. Je ne suis pas un cinéphile forcené et en matière de jazz il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent, mis à part des concerts plus ou moins bien filmés. Généralement plutôt mal filmés. Si vous le pouvez éviter absolument tout ce qui est signé J.C Averty. C'est insupportable. Voire par exemple le john coltrane quartet à antibes.

Pour les films il y a des incontournables- jazz on a summer day de bert stern en 59. qui rend bien ce qu'on suppose être l'atmosphère du festival de newport à cette époque et qui permet de voir monk, anita o'day ( ah anita...) louis armstrong et jack teagarden, chico hamilton, jimmy giuffre et même chuck berry chantant « sweet little sixteen » accompagné par joe jones.

Et puis il y a deux bijoux :

jammin the blues- (très ) court métrage de gjon mili mettant en scène lester young, illinois jacquet, sweet edison, sidney catlett et joe jones. C'est magnifique car à la fois traité d'une façon indéniablement artistique tout en respectant la musique. Gjon mili, d'origine albanaise n'était pas un cinéaste mais un photographe « d'art » qui a notamment inventé le space writing et c'est amusé à ça avec picasso. Bon, si vous ne l'avez jamais vu je vous plains.

Une autre must: « stormy weather « de andrew stone en 1943. Un film entièrement joué par des afro américains ( ce n'était pas le premier, qui est « les verts pâturages » je crois ) et basé autour de la chanteuse lena horne et du danseur bill robinson.
Comédie music
ale un peu cul cul la praline ( mais quelle comédie musicale ne l'est pas ? ) mais permettant de voir et entendre fats waller, cab calloway etc . C'est très bien fait ET SURTOUT , presqu' à la fin, vous pourrez voir un EXTRAORDINAIRE numéro de danseurs, les Nicholas brothers ( fayard et harold ), accompagnés par l'orchestre de cab, un truc à vous couper le souffle. La grâce aérienne, le swing, l'élégance. Je n'ai jamais rien vu de plus beau et si vous n'êtes pas de mon avis une visite à programmer d'urgence chez un psy s'impose.( encore plus si après avoir vu ça vous trouvez encore que fred astaire ou l'ineffable gene kelly ont une once de rythme!)

On a écrit que cela avait été filmé en un seul plan séquence. Je pense quand même qu'il s'agit d'une légende, c'est impossible.

Allez voir sur youtube ça doit y être; mais gaffe, c'est quand même pas pareil qu'une bonne copie. ( en plus, moi je l'ai vu sur grand écran, à la pagode y'a vachement longtemps, sur le cul que j'étais !)

pour le reste si vous avez des idées de bons films jazz ( ah si j'oubliais l'excellent « straight no chaser » de charlotte zwerin consacré, fort bien, à thelonious monk) merci de me les signaler ( éviter de me parler des daubes type bird d'eastwood – qui a pourtant produit le zwerin ainsi qu'un bon « last of the blue devils » de je sais puki – ou type tavernier avec ( et malgré ) dexter gordon, à oublier de suite .
Ah oui aussi cassenti avait fait un bon reportage sur archie shepp. Pour le reste ?
Amis de la cinéphilie bonsoir.

vendredi 22 juin 2007

suicide mode d'emploi

hello joyeux assujettis à la CSG et CRDS ( pour les bénéficiaires de la CMU et RMI, hello aussi, pas de darwinisme social chez gaston, jamais ).

suite aux déconvenues navrantes du parti socialiste je me suis trouvé plongé dans un état semi comateux qui m'a inspiré quelques réflexions musicalo-existentielles ( comme quoi le PS mène à tout )

Je me suis laissé dire, ne l'ayant jamais expérimenté moi même, que certains états dépressifs peuvent mener à la tentation du suicide sans que les sujets concernés puissent aller jusqu'au bout de leurs pulsions mortifères ( vous remarquerez d'emblée la gaieté de ce message ), ce qui est regrettable , ou pas selon l'opinion qu'on en a.

soucieux de la santé morale de mes contemporains je veux apporter ma pierre à l'édifice de l'accomplissement personnel en donnant quelques ( judicieux ) conseils pour bien réussir son suicide. Basé uniquement sur la musique, comme certains médicaments sur les plantes ou l'homéopathie sur la crédulité, ma méthode est je pense infaillible. Donc:

fermer tous les volets et ne laisser subsister qu 'une lumière, la plus blafarde possible.

. sur votre chaîne Hi fi , écoutez intégralement les disques suivants ( intégralement est important, surtout ne zappez pas! )

commencez doucement avec june christy. Le mieux est celui là :



grimpez d'un poil avec un des derniers kurt elling. Celui là fera bien l'affaire :


vous sentez que votre état devient de plus en plus désespéré, mais ce n'est pas suffisant. Enchaînez avec cet helen merril

– important, toujours intégralement-


si vous êtes normalement constitués, ce dont je n'ai pas de raisons de douter un seul instant, vous vous précipiterez illico sur le revolver, le gaz, le rasoir, enfin ce qui vous semble le plus sympa pour en finir définitivement.


Si ce n'est pas le cas, avalez n'importe quel enregistrement de shirley horn.

Normalement, si ça ne marche pas c'est que, en fait, vous n'êtes pas faits pour le suicide.


Bien. si c'est le cas il vous faut maintenant une antidote. Après toutes ces drogues délétères, un bon coup de saucisson et de vin rouge façon jaja 12,5 degrés.


Vous n'avez que l'embarras du choix pour revenir à la vie:


slim & slam ?


Pas mal
count basie est assez recommandé.


Moi, si j'étais à votre place je n'hésiterais pas. Les grands moyens : black talk de charles earland.

Normalement administré avec du houston person au ténor et melvin sparks à la gratte , ça vous réveille un socialiste d'après élections. C'est vous dire.
Bon, vous vous sentez mieux ? Plus de bêtises hein ?

Allez, puisque ça va mieux je m'en vais vous causer vite fait d'un artiste très curieux, john gilmore.

Bien que né par hasard dans le mississipi gilmore était un pur chicagoan, passé comme von freeman ou johnny griffin, par l'enseignement du Captain Walter Dyett à la Du Sable Hight School; ce qui, normalement et c'est le cas, laisse des traces.
Disparu en 95, gilmore est un cas à part. Un peu comme harry carney chez ellington, gilmore rejoindra sun ra en 1953 et y restera toute sa vie, jusqu'à la fin. La notoriété et les enregistrements de sun ra ne sont évidemment pas au niveau de ceux du duke, ce qui fait que gilmore sera tenu dans l'ombre, saturnienne, de sun ra pendant toute cette période.

pourtant c'était un musicien de première. A preuve les quelques disques qu'il nous laisse en dehors de l'univers déjanté de sonny blount ( dit sun ra ). Je ne les connais pas tous , mais au moins ceux là

une folie hard boppeuse furioso, avec horace silver à 19 ans , blakey comme d'hab. Et cliff et johnny qui se tirent une bourre pas possible sur des up beat d'enfer. Une merveille.

Ça:

pas mal non plus, le père la roca étant quand même un des meilleurs batteurs du genre.

Et puis le plus curieux et pas le moins enthousiasmant; ça:

Elmo hope aux manettes ( faut que je vous recause un jour sérieusement d'elmo hope, mais suis je d'une nature à causer sérieusement ? )

J' ai eu le bonheur de voir « live » john gilmore mais avec sun ra. Big band Jouissif et jubilatoire, mais difficile d'apprécier johnny dans ces conditions. Et puis, un truc de oufs, au chatelet, début des années 80, un « all stars » sun ra + don cherry, archie shepp, philly joe jones,famadou don moye et clifford jarvis+ les deux jumeaux marshall allen et john gilmore. une folie pure.

Cela étant, curieusement, pris à part, john gilmore est un musicien exceptionnellement rigoureux, presque sévère. Il y a chez lui un coté protestant.
Mon grand regret est que gilmore n'ait jamais joué en quartet avec thelonious monk. Je suis persuadé qu'il lui serait allé comme un gant ( quoique monk préférasse les chapeaux aux gants )

dernier truc :

lien vers un papier de all about jazz sur nancy wilson.

Sympathique chanteuse, assez proche en plus sophistiqué, de dinah W.

beaucoup de soupe bien faite dans sa carrière MAIS un bijou: le disque de 1961 avec cannonball et toute sa clique ( zawinul, lil' brother etc ). Miss nancy est là une vraie diva swing.Elle n'a jamais fait mieux ( cherchez pas j'ai vérifié )
z'avez vu la miss avé la robe jaune et les chaussures itou ? la claaaassse, non ?

bon j'arrête pour ce soir ( excusez moi pour les blagues vaseuses du début sur les socialistes, c'était pour faire un mot d'actualité, n'y voyez pas de mal hein ? ) et puis helen merrill , kurt elling ou june christy sont d'excellents artistes, c'était une blague ( enfin pour shirley horn je sais pas )

vendredi 15 juin 2007

poil à la clarinette!

Hello les amis !

Coucou me revoilou...

comme vous vous en souvenez car vous vous souvenez de tout, je vous entretenais il y a peu du président lester young et notamment d'un de ses derniers disques ( non il n'y a pas de disques posthumes de lester ...ni anthumes non plus ) dans lequel il pratiquait, merveilleusement, la clarinette.

Milady, à qui rien de ce dans lequel on souffle n'est étranger, me faisait judicieusement observer que la clarinette dont le prez usait était une clarinette en métal, contrairement à l'usage communément répandu qui veut qu'une clarinette soit généralement en bois ( en bois d'ébène plus précisément, ce qui n'a aucun rapport avec l'esclavage et la traite des noirs ).


Jusque là je ne pouvais qu'opiner à son commentaire qui pour être factuel n'en était pas moins exact. Par contre je sautai de ma chaise comme un jeune cabri, quoique les cabris ne se trouvent que très exceptionnellement sur les chaises, ou alors uniquement dans certaines contrées septentrionales, à l'assertion par elle avancée selon laquelle ( je cite de mémoire ) seul lester young serait admissible à la clarinette.



Comment éructai je , de la bave aux commissures des lèvres, et Buster Bailey ? et jimmie noone m'étranglai je quasiment d'une indignation qui pour être contenue n'en était pas moins réelle !



Me revinrent par flots en mémoire les merveilles enregistrées sur le susdit instrument, par Art pepper ( écoutez je vous prie avant de me contredire « More for Les « au village vanguard- vol 4 ) ou plus encore le « warm canto » par eric dolphy lui même – et à la clarinette en si bémol pas à la clarinette basse- dans le disque de mal waldron de 1961 » the quest « . Et je ne parle que pour mémoire du travail de buddy tate sur « blue creek » avec james carter ( conversin' with the elder ).

Ne compteraient donc que pour du beurre les magnifiques enregistrements en trio ( krupa , wilson ) de benny goodman en 1935 ?





je comprendrais aisément qu'on ne raffole pas de jimmy giuffre( ce n'est pas ma tasse de thé non plus ) mais buddy de franco? Avec art tatum ? Que vous faut il ennemis jurés de la clarinette , stipendiés par les lobbies des saxophonistes?. Et si je vous assène barney bigard ( ah barney, sa fluidité, son coulé, son moelleux ) hein ?

Bon sérieusement il est vrai que si la claribole ( blackstick pour les USiens ) a été , avec la trompette ou le cornet, l'instrument roi des début du jazz, notamment dans les années 20, progressivement son utilisation s'est raréfiée, jusqu'à complètement disparaître et , à ma connaissance, il n'y a plus depuis plusieurs lurettes, que des clarinettistes occasionnels , saxophonistes toujours ( sauf peut être don byron mais bof..).

Cette éclipse a certainement des explications rationnelles dont la principale tient au fait que la clarinette a pu briller au firmament du jazz tant que le saxophone n'avait pas trouvé son hawkins. Après évidemment, à l'ère du « swing craze « ,la gracile clarinette pouvait aller se rhabiller, ce qu'elle fit d'ailleurs. on a sa dignité quand même...

il semble aussi que la clarinette a été victime de ses excès. Occupant seul le terrain des anches elle en a pris à son aise, dans l'à peu près, le criard, l'aigu pénible. Or il faut bien le reconnaître, la clarinette comme, dans un autre genre, la tête de veau, est une chose simple mais qui ne supporte pas la médiocrité ( essayez de manger de la tête de veau froide avec mezzrow en fond sonore et vous m'en direz des nouvelles, non je rigole ne faîtes surtout pas ça , votre santé serait définitivement altérée )

ajoutez à cela le calamiteux épisode du « niou » mais si vous savez la musique soit disant nouvelle orléans jouée par des parisiens originaires des deux sèvres type claude luter ou maxime saury- je cite ceux là parce qu'ils me viennent à l'esprit mais tous les pays d'europe ont généré les mêmes dans l'immédiat après guerre.

Enfin aux états unis avec les big bands blancs ayant pour leader un clarinettiste ( goodman après les admirables trios de 1935,et qui finira par être sacré « roi du jazz »(1) / woody herman, artie shaw, jimmy dorsey etc..) la clarinette finira par être assimilée par les afro américains à un instrument désuet et annexé par les blancs.

Tout ça est parfaitement compréhensible mais c'est bien dommage et il me faudrait la plume d' alphonse daudet dans le moulin de maître cornille ( j'adore ces réminiscences scolaires ) pour me laisser aller à la nostalgie des grands clarinettiste. Allez, faîtes moi plaisir, avant de vous endormir écoutez Egyptian fantasy par sidney bechet ( à la clarinette là;pas au soprano ) ou bien johnny dodds avec les hot five, ou albert nicholas, délicieux toujours. Ça vous fera le plus grand bien.

Pour terminer sur la claribole quelque chose qui n'a rien à voir mais a à voir quand même. Le fabricant français de clarinettes »Buffet Crampon « détient les ¾ du marché mondial de la clarinette professionnelle. Et après ça vous dénigrer la clarinette, mauvais français que vous êtes.
Sérieusement, j'ai eu l'occasion de visiter la « manufacture » de clarinettes à Mantes la ville et c'est passionnant; mélange d'industrie et d'artisanat d'art et avec un amour du métier noble de la part des compagnons ( à ce stade il ne s'agit plus d'ouvriers ) assez étonnant. Après être passé entre les mains de divers » fonds » aussi intéressés par la musique que vous par la TVA sociale, buffet crampon a été repris par son patron français Paul Baronnat à qui on peut souhaiter bonne chance ( si vous arrêtiez déjà de dénigrer la clarinette; tiens écoutez ce qu'en fait roland kirk ).



(1)cheb mamy, s'il avait eu idée de ces choses là , n'aurait pas manquer de pointer le fait que goodman était juif, ce qui, selon lui, aurait expliqué beaucoup de choses.

Ah oui. Alain mayeras dont je vous causais l'autre jour a bien fait un disque.Je vais tenter de me le procurer. La pochette est intéressante.Un homme, fut il pianiste, qui a du goût pour de tels décolletés ne peut pas être tout à fait mauvais.





Dernière chose. J'ai trouvé ce disque, pas mal du tout, genre bobby timmons, enregistré en 1960 par quelqu'un que je ne connais absolument pas.
Il aurait enregistré 4 autres disques, serait originaire de chicago où il aurait accompagné sonny stitt et gene ammons. Est ce que ça dit quelque chose à quelqu'un ? Help!

lundi 11 juin 2007

lester président !

en ces temps post élection présidentielle, il m'a paru opportun de parler du président. Quel esprit d'à propos ce gaston. Quand je dis le président vous avez bien compris qu'il ne s'agit pas de sarkozy ( qui voudrait consacrer une ligne de plus à sarkozy ? ) mais de lester young, le président.

En fait cela ne m'est pas venu de la soirée électorale d'hier soir qui m'a très modestement passionné ( en fait pas du tout ) mais de la réécoute d'un disque du président. Disque verve dont le titre est « laughin' to keep from cryin' » , ce qui, tout compte fait, s'accordait bien à la soirée.


Ce disque enregistré en février 58 est, selon mes informations, un des derniers enregistrements étatsuniens de lester. Il vaut la peine d'être écouté et réécouté.
A cette époque lester n'est pas ( c'est un euphémisme ) au mieux de sa forme, bien qu'il n'ait pas encore 50 ans.
Pourtant, à la différence de beaucoup d'artistes de cette période, ce n'est pas un musicien maudit. Il est reconnu à sa juste valeur et son influence est énorme.Le principal problème de lester young s'appelle lester young.

Quoiqu'il en soit il a une valeur marchande et verve n'hésite pas à l'enregistrer malgré son état, disons... crépusculaire.

Prudent, le producteur, pour cette séance, avait pris quelques précautions.
d'abord une rythmique tout terrain; notamment le délicat et serviable Hank Jones et le précis et efficace guitariste herb Ellis.

Comme il était vraisemblable que cela ne suffirait pas , Norman Granz, puisque c'est de lui qu'il s'agit, avait convoqué pour soutenir lester deux « béquilles » solides: les trompettistes roy eldridge et harry edison.

Le résultat est étonnant. Sur le tapis rythmique indiscutable que fournissent nos amis jones et ellis, les deux lascars trompettistes trompettent à qui mieux mieux en attendant que le président délivre de parcimonieux et fantomatiques chorus, au ténor bien sur mais aussi, ce qui est plus rare chez lui, à la clarinette.

si roy est plus proche de lester avec une fêlure, qui s'intensifiera ultérieurement mais qu'on sent déjà poindre, « sweets » fait montre d'une santé insolente, enchaînant les clichés bluesy comme vous les perles; un peu monsieur muscles chez les grabataires! (attention j'adore sweets edison )

Indifférent à ce qui se passe autour de lui, précautionneux comme une vieille dame, lester délivre son message; serein, gai et grave à la fois. Les imperfections techniques, notamment à la clarinette, n'ont strictement aucune importance. La beauté simple , épurée qui s'impose peu à peu à nos deux ludions trompettistes est plus forte que tout; lester est comme en lévitation.

Lester young n'était vraisemblablement pas un être humain. Tout concorde pour démontrer qu'il s'agissait d'un extra terrestre musical, envoyé sur terre pour donner une idée, même vague, aux rustres que nous sommes, de ce que peut être la beauté.

Vous avez vraisemblablement en mémoire cette bande vidéo, extraite d'un programme télé américain de l'époque, où billie holiday chante « fine and mellow », accompagnée d'une sérieuse équipe ( hawkins, ben webster, mulligan, eldridge encore ) dont lester, et nul doute que, comme moi, l'émotion qui vous a saisis en voyant le pauvre lester, couvé d'un regard admiratif et quasi maternel par billie, se lever pour prendre un unique chorus, chiche , simple, dépouillé, jurant tellement comparativement aux fulgurances de ses comparses, cette émotion vous ne l'oublierez jamais.

Vous avez compris que parmi toutes mes immenses qualités humaines que vous pressentez maintenant, l'intérêt pour lester young est la plus remarquable.
Il y a un autre disque du président de cette époque et c'est le dernier. Il a été enregistré à paris le 4 mars 1959. Lester devait rentrer à new york quelques jours après et s'éteindre, le 15 mars exactement, seul dans sa chambre d'hôtel en écoutant , paraît il un disque de frank sinatra, son chanteur préféré.

Je ne peux plus écouter ce disque. Si lester joue convenablement, pour des raisons que j'ignore ( rené urterger, survivant de la séance pourrait peut être nous en dire plus ), le batteur-kenny clark en l'occurrence- ne lui pardonne rien et lui mène un train d'enfer.

Vous l'avez compris, je me dévoile, lester young est le plus grand musicien de jazz de mon panthéon personnel. Avec louis armstrong et charlie parker ils ont fait cette musique.

l'influence de lester est énorme. Sur parker d'abord qui lui doit beaucoup mais sur la quasi totalité des ténors qui ont suivi. Il a eu des disciples « intégraux » comme paul quinichette le « vice - prez » excellent musicien qu'on peut écouter là:

mais aussi, chez d'autres afro américains comme wardell gray ou budd johnson.

La « west coast », pour faire court, était intégralement lesterienne.Pas toujours avec bonheur. On n'est pas responsable de ses enfants, ni louis armstrong de louis prima et al hirt, ni hawkins de certains « honkers » douteux, ni bill evans de l'évanescence pianistique qu'il a parfois suscitée, ni lester de musique aseptisée se réclamant de lui.

Si, ce qu'à dieu ne plaise, vous ne possédez aucun disque de lester young, la marche à suivre est très simple: demain ( ce soir c'est trop tard ) poussez la porte du premier disquaire venu ( je sais il n'en reste plus beaucoup ) et achetez n'importe quel disque de lester. Mieux achetez les tous ( si vos moyens ne le permettent pas, volez les! ). Vous me remercierez de ce conseil.

Dans mon denier message, j'employais je crois cette expression « assez causé de vieilleries » .donc causons de nouveautés:

le pat martino consacré à wes montgomery est excellent.

Accompagné de l'énorme david kikosky au piano ( vu avec roy haynes il y a bien longtemps ) qui sonne ici curieusement un peu comme le meilleur oscar peterson, martino rend un hommage vibrant et réussi à son maître. Bien sur vous vous précipiterez après, comme moi, sur « the incredible jazz guitar of wes montgomery » enregistré dans le même format pour comparer.
Martino s'en tire bien, avec une sonorité étouffée du meilleur effet et un vrai hommage sans plagiat. Pour la petite histoire rappelons que martino est devenu amnésique suite à un accident de santé et qu'il a du réapprendre intégralement la guitare. Vu la manière dont il joue j'ai du mal à croire à cette histoire...

Autre nouveauté: sonny please, le nouvel opus ( j'aime toujours opus ) de sonny rollins.
Bon sonny a la plus belle carrière de toute l'histoire du jazz, il a 77 ans, il joue toujours aussi bien; qu'est ce que vous voulez que je vous dise de plus? Qu'il apporte du neuf ? Évidemment non. Mais c'est sonny, indiscutable comme le beaujolais avec la tête de veau.

Pour terminer: mon exil ( pas forcé hein, je n'ai pas été déporté n'exagérons pas ) provincial me prive un peu de « live ». Donc je vais voir ce qui se passe dans mon bled, quand il se passe quelque chose ( en général de la musique institutionnelle , subventionnée et du genre « musique improvisée » façon solo intégral de contrebasse, accompagné de projections de photos de zones industrielles au petit matin- en noir et blanc- ) .
Donc samedi soir c'était le sympathique trompettiste ronald baker et son équipe. Jazz revival, donc jazz revival, donc jazz revival. Ah si, un pianiste, alain mayeras, que j'aimerai bien entendre dans un autre contexte.

Je voulais vous causer aussi d'un disque très curieux de jaky byard mais il est trop tard. Demain est un autre jour.

mercredi 6 juin 2007

toshiko si, mami no !

à propos de blue mitchell dont je vous ai largement entretenu dans mon dernier message, je m'aperçois que j'ai omis de vous parler de son dernier disque enregistré pour la marque blue note, chant du cygne de l'ami blue, enregistré en 1967 et sorti en LP en 1969. Je ne pense pas qu'il ait jamais été réédité sous forme CD. Sous le titre « Heads Up !
« il regroupe une phalange assez proche de celle qui a gravé « boss horn » ( priester, dodgion, cook, pepper adams , Mcoy tyner ) avec des arrangement de duke pearson, melba liston et jimmy heath. Sans être un chef d'oeuvre, et moins réussi que « boss horn », ce disque est émouvant parce qu'il clôt d'une certaine manière une période ( jazz staight ahead blue note ) qui ne reviendra jamais plus.

Assez causé de vieilleries, return to aujourd'hui, ou presque. Je viens d'écouter ce que je crois être le dernier opus ( j'aime bien opus, pas vous ? ) de winton marsalis « from the plantation to the penitentiary ».

un mot de winton, qui, comme james carter, personnifie d'une certaine manière, l'académisation du jazz, notation guère originale.
Après avoir revisité, magnifiquement, les grands anciens ( ellington avec « swingin' with duke » ou coltrane avec Love Supreme ), produisant une musique de répertoire, traitant le jazz à l'instar de la musique occidentale savante, winton a vraisemblablement senti la nécessité de « désinstitutionnaliser » sa musique pour coller un peu plus au présent. C'était déjà le cas avec l'excellent « live at the house of tribes »

retour au bebop d'une certaine manière, comprenant un environnement live, certainement artificiel mais très réussi.

Avec from the plantation... winton va un peu plus loin, non pas musicalement mais en intégrant une dimension sociale et des préoccupations moralisatrices .
Forcément le rap était inévitable dans ce contexte. Il s'y colle lui même dans « where y'all at ? ».

la musique est, comme toujours avec lui, excellente et le sax walter blanding est au niveau du maître. Une chanteuse ( jennifer sanon ) est très présente, sans être remarquable.

Je suis quand même un peu dubitatif devant ce préchi-précha qui n'engage à rien ( le racisme c'est mal, l' hypertrophie de consommation aussi etc ...) . Mais le travail de marsalis mérite toujours le respect et quel musicien. Enfin, sur la fameuse île déserte, si je ne devais emporter qu'un disque de winton ce ne serait pas celui là ( peut être « standard time » vol. 4 qui est mon préféré ).

l'avantage avec la musique afro américaine c'est qu'on découvre toujours du nouveau; ou des choses qu'on croyait connaître et dont en fait on n'avait qu'une connaissance superficielle.

c'est pour moi le cas de toshiko akiyoshi ( c'est tellement difficile à écrire que, si vous le permettez, je vais maintenant utiliser ses initiales TA ) .
je vous entends déjà : quoi il nous cause de musique afro américaine et il nous saoule avec une japonaise née en mandchourie. C'est vrai mais toshiko en fait produit de la musique américaine, dont elle a été bercée dès sa jeunesse via l'armée d'occupation et les musiciens ( généralement afro américains eux ) qui s'y trouvaient.

d'ailleurs elle a fait toute sa carrière aux états unis, s'y est mariée ( deux fois ) avec des musiciens américains ( charlie mariano puis lew tabackin )

le n° d'août 2006 de jazz hot nous gratifiait d'une longue et passionnante interview de TA. Je l'ai lue avec intérêt, sans réaliser qu'en fait je ne connaissais pratiquement pas le travail de TA, même si son nom ( toshiko mariano d'abord puis TA ensuite ) m'était familier.

Grâce à un correspondant qui ( lui ) possède plusieurs disques de TA, je me suis délecté de son travail en big band.

L'art du big band est redoutable ( je ne parle pas des big bands « pour la danse » des années 40 ni de count basie qui est indiscutable ) et il semble que les musiciens qui participent à ces aventures big bandesques prennent plus de plaisir que les auditeurs. Même ellington n'échappait pas toujours ( cf les « suites » diverses ) à un aspect grandiloquent voir rasoir.

TA contourne cette difficulté par une écriture raffinée mais toujours swinguante où les solistes, principalement son ténor de mari, ont la place pour s'exprimer.C'est véritablement une découverte pour moi, ce dont j'ai un peu honte puisque sa discographie en leader compte 78 disques ( je les ai comptés ! ).

une réserve ( il en faut sinon on verse dans l'hagiographie ...) : les quelques japonaiseries qui parsèment ici et là les titres ne sont pas toujours franchement solubles dans le jazz, mais c'est une réserve très mineure.

Notre rubrique habituelle " parlons d'autre chose " concerne aujourd'hui une interview parue dans le journal « le quotidien d'oran » du chanteur Cheb Mami. Ci dessous lien vers l'article pour que vous puissiez vous faire une opinion vous mêmes.

Je ne connais pas cheb mami autrement que de nom ( comme thoshiko il y a peu, tiens ). Je sais que c'est un chanteur de raï, chose qui n'évoque rien pour moi et sur laquelle je n'ai strictement aucune opinion. J'avais du lire , comme tout le monde, qu'il avait des ennuis judiciaires , sans y prêter plus d'attention et je suis tombé sur cet article vraiment par hasard, en cherchant autre chose ( je m'excuse presque ). pour finir j'ajoute que ne sais pas pourquoi je l'ai lu, curiosité malsaine certainement, personne n'étant parfait.

Pourquoi j'en cause : parce que ce M. Mami est particulièrement répugnant. Il se présente comme un pauvre arabe ( pas à une contradiction près il signale plus loin qu'il est riche et dispose donc de garanties suffisantes pour qu'on ne l'embastille point ) victime de l'hystérie raciste française, de ses médias et de sa justice.
S'agissant de quelqu'un accusé ( je n'ai pas compris très exactement de quoi ) je peux comprendre, même si elle n'entraîne pas l'adhésion, une telle posture. Mais il ne s'arrête pas là et souligne avec force que sa situation est due , de surcroît, aux manigances de son accusation et de son manager, qui , dans les deux cas , sont juifs .Il insiste bien là dessus.
Donc pauvre arabe victime des racistes français et d'un complot sioniste dirigé contre lui. Répugnant vous disais je . Pour tenir la balance égale on peut comparer cette attitude à celle des dirigeants israéliens qui, il y a quelques mois, dénonçaient la france comme le pays le plus antisémite du monde.

Après vous avoir infligé mon indignation à propos d'un personnage qui n'en vaut vraiment pas la peine, je sens que je vais me faire des amis dans le tiers monde moi.bof...