Ceci posé de quoi je vais bien pouvoir vous parler, qui vous intéresse un peu et qui ne soit pas trop long de manière à ce que je puisse retourner à mon état léthargique ?
Ah oui. Parmi les musiciens insuffisamment connus, il y en a un qui vaut particulièrement le détour et qui commence seulement à gagner un peu de notoriété en france, c'est l 'ami Tubby Hayes.
Je dis qui commence seulement car je viens de compulser le dictionnaire du jazz ( dernière version expurgée et augmentée- collection « bouquins » chez robert laffont ) : point de tubby hayes ( par contre, ouvert au hasard, je vous signale qu'on y trouve des gens aussi importants que John mehegan- 1920/1984, « snub » mosley -1905/1981, maxim saury-1928/...,ou arne donerus -1924/toujours vivant ).
sujet britannique, tubby a été un des plus grands musiciens européens, capable de rivaliser avec les maîtres américains du sax ténor ( il pratiquait aussi, fort bien, la flûte et le vibraphone ).
Les américains ne s'y sont d'ailleurs pas trompés puisqu' à l'occasion d'une tournée aux states avec dizzy reece, tubby a eu la proposition d' art blakey de se joindre aux jazz messengers. Ultérieurement woody herman lui offrira également une place dans son « herd ».
stylistiquement proche de musiciens comme mobley, griffin ou rollins, hayes avait quelque chose d'original, sans doute du à son origine.
Malheureusement sa santé ne permettra qu'une carrière courte puisque qu'il nous quittera à 38 ans en 1973.
je ne sais quelle compagnie a réédité en france l'an passé une flopée de disques ( d'origine Fontana je crois ) de tubby, qui ont apporté dans la presse spécialisée une certaine redécouverte de cet artiste. On peut peut être encore en trouver. Ceux là peut être.




Mon préféré est « down in the village » enregistré « live » avec son compagnon habituel, l'excellent trompettiste jimmy deuchar.

Il y a également un disque américain « return visit » avec roland kirk et « jimmy gloomy », qui n'est autre que james moody ( vous suivez l'astuce moody = gloomy ? ).

on peut également voir une très bonne émission de la BBC , présentée par Humphrey Littleton « Jazz 625 » consacrée au big band de tubby , qui, en 1965 semble t il, réunissait la fine fleur du jazz anglais ( ronnie ross, peter king...).outre la curiosité de voir jimmy deuchar jouer du mellophone . ah vous ne savez pas ce que c'est ? Ça ressemble à ça :

Il me semble que ce n'est plus le cas aujourd'hui et que, la langue mise à part, tous les européens se ressemblent ?
À propos de film et de vidéos. Je ne suis pas un cinéphile forcené et en matière de jazz il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent, mis à part des concerts plus ou moins bien filmés. Généralement plutôt mal filmés. Si vous le pouvez éviter absolument tout ce qui est signé J.C Averty. C'est insupportable. Voire par exemple le john coltrane quartet à antibes.
Pour les films il y a des incontournables- jazz on a summer day de bert stern en 59. qui rend bien ce qu'on suppose être l'atmosphère du festival de newport à cette époque et qui permet de voir monk, anita o'day ( ah anita...) louis armstrong et jack teagarden, chico hamilton, jimmy giuffre et même chuck berry chantant « sweet little sixteen » accompagné par joe jones.
Et puis il y a deux bijoux :
jammin the blues- (très ) court métrage de gjon mili mettant en scène lester young, illinois jacquet, sweet edison, sidney catlett et joe jones. C'est magnifique car à la fois traité d'une façon indéniablement artistique tout en respectant la musique. Gjon mili, d'origine albanaise n'était pas un cinéaste mais un photographe « d'art » qui a notamment inventé le space writing et c'est amusé à ça avec picasso. Bon, si vous ne l'avez jamais vu je vous plains.
Une autre must: « stormy weather « de andrew stone en 1943. Un film entièrement joué par des afro américains ( ce n'était pas le premier, qui est « les verts pâturages » je crois ) et basé autour de la chanteuse lena horne et du danseur bill robinson.
Comédie musicale un peu cul cul la praline ( mais quelle comédie musicale ne l'est pas ? ) mais permettant de voir et entendre fats waller, cab calloway etc . C'est très bien fait ET SURTOUT , presqu' à la fin, vous pourrez voir un EXTRAORDINAIRE numéro de danseurs, les Nicholas brothers ( fayard et harold ), accompagnés par l'orchestre de cab, un truc à vous couper le souffle. La grâce aérienne, le swing, l'élégance. Je n'ai jamais rien vu de plus beau et si vous n'êtes pas de mon avis une visite à programmer d'urgence chez un psy s'impose.( encore plus si après avoir vu ça vous trouvez encore que fred astaire ou l'ineffable gene kelly ont une once de rythme!) On a écrit que cela avait été filmé en un seul plan séquence. Je pense quand même qu'il s'agit d'une légende, c'est impossible.
Allez voir sur youtube ça doit y être; mais gaffe, c'est quand même pas pareil qu'une bonne copie. ( en plus, moi je l'ai vu sur grand écran, à la pagode y'a vachement longtemps, sur le cul que j'étais !)
pour le reste si vous avez des idées de bons films jazz ( ah si j'oubliais l'excellent « straight no chaser » de charlotte zwerin consacré, fort bien, à thelonious monk) merci de me les signaler ( éviter de me parler des daubes type bird d'eastwood – qui a pourtant produit le zwerin ainsi qu'un bon « last of the blue devils » de je sais puki – ou type tavernier avec ( et malgré ) dexter gordon, à oublier de suite .








