mercredi 29 août 2007

elmo,elmo

bon, c'est un fait, vous ne vous souvenez pas de ce que je vous raconte! Comment ça si ? Bien sur que non, sinon vous auriez mémorisé ma promesse de vous parlez un jour d' ELMO HOPE. Et je serais assailli de messages me réclamant du elmo. Elmo!elmo!elmo! Beugleriez vous, avides d'en savoir plus. Au lieu de ça, silence total; preuve que vous n'écoutez rien. Enfin, vous m'auriez réclamé elmo que, têtu comme je suis , je ne vous en aurais jamais causé, mais comme vous ne dîtes rien je vais me faire un malin plaisir de vous saouler avec elmo...

de quoi s'agit il exactement. Elmo hope était simplement un des plus grands pianistes bebop que le monde du jazz ait enfanté. Ça vous la coupe non ? Et ça vous étonne vous qui n'avez jamais entendu causer de cet elmo, tout occupés que vous êtes à refaire vos calculs budgétaire après la censure par le conseil constitutionnel de la disposition relative à la déductibilité des intérêts afférents à l'emprunt pour votre résidence principale. C'est ça hein ? Je sens que je m'égare non ?

Revenons à nos elmo(s?). en fait à elmo hope car il n'y a qu'un elmo. Ah oui tout de suite car sinon je vais oublier: hope donc a été prénommé elmo en hommage au saint patron des pêcheurs qui s'appelait elmo. C'est pas de l'info ça ?

Plus sérieusement. Infos biographiques : né en 1923 mort en 1967, à 44 ans donc. Ça c'est fait.

La vie d'elmo est déplorable et triste à pleurer.du zola. Pour faire court sachez qu'il se destinait à la musique classique et qu'il a donné des récitals de ce genre au début de sa carrière . Réalisant assez rapidement qu'il n'avait aucun avenir là dedans pour un afro américain de l'époque, il est passé à autre chose ( remarquez il aurait pu y penser avant, c'est tout elmo ça ).

il avait quand même un peu de bol puisque , adolescent, ses meilleurs amis s'appelaient bud powell et thelonious monk, avec lesquels- surtout bud- il passait son temps à écouter des disques . Il y a pire comme prédispositions.

Pour le reste sa vie a été une quasi longue dérive dans des établissements miteux, partie sur la côte est , partie sur la côte ouest ( il n'y a pas aux états unis de côte sud ni de côte nord ) dont il prétendait que l'air était meilleur pour ses bronches , ce qui ne l'a pas empêché de mourir d'une pneumonie , comme quoi tout ça allez. Bien sur, car il ne se refusait rien, l'addiction à la drogue a fait plus que le guetter et il a passé pas mal de sa courte vie à l'abri des prisons d'oncle sam, notamment au pénitencier de riker's island dont il se souviendra en 1963 à l'occasion d'un disque ( je vous raconte ça plus bas si je vais jusqu'au bout ).

quelques moments de calme lui ont quand même permis de faire 3 ( trois) enfants avec sa femme bertha hope, elle aussi pianiste dont les gazettes spécialisées disent beaucoup de bien mais dont, j'en ai honte, je n'ai jamais entendu une note.

Bon passons à la musique. Il y a deux elmo (s?) le sideman. Très tôt avec joe morris, compère de johnny griffin, tous deux ex hamptoniens, comme elmo d'ailleurs fugacement ( mais qui n'a pas été hamptonien à cet époque ? ) ces disques sont aujourd'hui très difficiles à trouver, puis avec lou donaldson dans ses premières oeuvres chez blue note:


avec clifford chez blue note aussi :






pour la côte ouest c'est surtout avec harold land qu'on peut apprécier le elmo, notamment dans ce très très bon disque , un quintet de oufs où sévit un des batteurs les plus sous estimés: frank butler que l'on va retrouver un peu plus loin, si j'y arrive :




et le elmo leader en trio, c'est là qu'il est littéralement tuant. Il y a plusieurs disques enregistrés sur la côte est, chez blue note ou prestige:




et puis, selon moi, son chef d'oeuvre:




un trio avec jimmy bond ( non pas 007) et , encore , le magistral frank butler. À part un standard, que des originaux merveilleux de hope.


Alors que le très surestimé herbie nichols ( auquel je ne comprends rien ) fait posthumement parler de lui, notre pauvre elmo est aux abonnés absents des trompettes ( bien qu'il jouât du piano ) de la renommée; son style unique et magnifique,grave, profond, est ravalé à celui d'un épigone de bud et monk; ce qui est une illusion d'optique historique.


Bien sur elmo à une parenté avec monk, et avec bud, mais simplement parce qu'il est de la même génération, de la même école et qu'ils se sont abreuvés aux mêmes sources mais il est aussi original et important.


Il existe quelques disques d'elmo en leader avec souffleurs dont celui là dont j'adore la photo, moins la musique



et celui là dont j'adore la musique, un des derniers enregistrés en 63 avec john gilmore et philly joe. Dédié à rikers island dont je vous causais plus haut et que, semble t il, les participants à la séance avaient tous connu en villégiature.




Comme vous le savez je pense qu'il ne sert à rien de faire de la littérature avec la musique , sauf à se faire plaisir; tout ce qui vous reste à faire ( toutes choses cessantes bien sur ) c'est de vous précipiter écouter du elmo et de m'en donner des nouvelles.


À propos d'autres choses:


il ressort maintenant à gros jets des rééditions insensées de trucs des sixties qu'on ne soupçonnait même pas. Des « lost and found » par centaines, enfin par dizaines. En particulier des trucs qui n'avaient jamais été édités à l'époque. C'est particulièrement le cas chez blue note. Vous connaissez la mésaventure de ce pauvre tina brooks dont un seul disque en leader a été édité de son vivant.
Ce dont je voulais vous causer c'est d'une récente, on ne peut pas dire en ce cas réédition, sortie d'un disque de dexter gordon de 1965 jamais édité « previously »:



bien que le personnel soit superlatif ( barry harris, hubbard, billy higgins...) je comprends qu' alfred lion ne l'ait pas à l'époque jugé digne d'un lancement sur le marché. Si dexter joue parfaitement du dexter, le reste n'est pas à la hauteur de ses enregistrements habituels chez blue note et curieusement freddie hubbard n'est pas dans un bon jour et « claironne » parfois un tantinet soit peu, ce qui lui arrivait épisodiquement ( bien qu'il soit avec clifford et lee morgan un des mes préférés trompettistes du genre ).


c'est quand même très bien et je suis content qu'il ait été enfin édité.


Dernière info


vous vous souvenez peut être que je vous avais causé du pianiste alain mayeras, vu en concert et dont j'avais repéré ce disque:


je m'extasiai alors sur son goût pour les décolletés, gage selon moi de santé morale, mais je n'avais pas encore tout vu. Sur un forum j'ai, à mon immense stupéfaction, découvert la pochette de ce disque dans lequel officie le susdit mayeras :





compte tenu de ce que nous avons appris sur son compte précédemment il est bien évident que le mayeras est l'inspirateur, voire pire le photographe, de cette pochette ( nous connaissons trop le sérieux de daniel huck pour imaginer qu'il soit à l'origine d'une chose pareille ).


see you soon!

samedi 18 août 2007

comment orrin rencontra blanche neige et voltaire

Pendant les travaux le blog continue.Bon je veux dire par là que, normalement, je devrais être à rôtir à ibiza et qu'au lieu de ça , sous la grisaille française ( enfin au moins la moitié nord) je continue à vous poster des messages alors que, sans doute, vous même vous prélassez vous à palavas voir à malibu.c'est profondément injuste aussi ne vous poste je que des messages brefs et sans intérêt, bien fait.


Je vous avais promis un papier circonstancié, étayé de nombreuses heures d'études pendant lesquelles j'aurais abîmé mes yeux déjà fragiles sur des grimoires anciens ( les grimoires abîment paraît il vachement plus les yeux que paris-match ), le tout consacré au rôle primordial de quelques producteurs de génie dans l'histoire de la musique de jazz enregistrée. J'avais je dois le confesser présumé de mes maigres forces estivales.

Si je sens bien le sujet, les recherches sus décrites me font d'avance préférer siroter une margarita sous mon parasol ce qui est blâmable mais c'est comme ça...
pour me faire pardonner et vous faire patienter un lien vers all about jazz, moins paresseux que moi, qui consacre justement un papier à orin keepnews, justement fondateur avec bill grauer d'un des plus fameux jazz label : riverside.
Il a également fondé milestone mais, je m'en excuse, historiquement parlant ça n'a rien à voir . Riverside c'est d'abord Thelonious monk dès 1955, certes après blue note, mais aussi cannonball, wes montgomery ou bill evans et bien d'autres. Le catalogue est fabuleux.

À 84ans orin a l'air toujours plein de projets et on réédite actuellement sous son autorité quelques perles riversidienne. Ci dessous la pub et je ne touche rien là dessus :

en matière de rééditions, orin avait présidé voilà quelques années à une super compil de 4 CD dont voilà le book du CD 1 ( le barbu est orrin )




super truc très frustrant comme toujours puisque quelques titres font références à des disques dont on voudrait posséder l'intégralité mais qui sont malheureusement « out of print » ( ex: budd johnson).

Bon ça va vous faire patienter.

Je voulais aussi vous parler de louis armstrong dont je viens d'écouter pas mal de choses des années 40/50 mais ça sera pour une autre fois. Enfin si, juste le fait que, plus on l'écoute, plus armstrong se révèle LE génie absolu de la musique de jazz. Pour l'anecdote je vous signale que la première édition du « dictionnaire du jazz » , dont je dis régulièrement pis que pendre tout en continuant à l'utiliser, avait louis sur sa couverture.

Les rééditions ultérieures ont fait litière de cette anomalie dégoûtante. Quoi cet oncle tom, ce musicien qui ne connaissait même pas les gammes modales, suffit maintenant. Je crois que le comité de rédaction du dico a longuement réfléchi à l'homme qui pourrait le mieux personnifier le jazz. Certain ont avancé les nom de
Alexander Von Schlippenbach voir de son pays trompettiste R. Goebbels ( si si il y a un musicien allemand qui s'appelle goebbels c'est pas sa faute mais c'est comme ça ), d'autres ont parlé de davis s ware voire de eberhard weber ou jan garbarek. Le sujet était ardu, on mit un saxophone...

Pour terminer mon pensum ( mais non c'est un plaisir ) un truc qui n'a rien à voir avec la musique syncopée. Je suis tombé sur un texte de Voltaire relatif aux trente cinq heures , mais si vous savez cette réforme que le monde entier nous envie. En fait comme vous vous en doutez voltaire ne parle pas vraiment des 35 heures mais..lisez vous mêmes; c'est court.

J'ai un vieux parent qui a servi le roi cinquante-deux ans. Il s'est retiré dans la haute Alsace, où il a une petite terre qu'il cultive, dans le diocèse de Porentru. Il voulut un jour faire donner le dernier labour à son champ; la saison avançait, l'ouvrage pressait. Ses valets refusèrent le service, et dirent pour raison que c'était la fête de Ste Barbe, la sainte la plus fêtée à Porentru.

"Eh! mes amis, leur dit mon parent, vous avez été à la messe en l'honneur de Barbe, vous avez rendu à Barbe ce qui lui appartient; rendez-moi ce que vous me devez: cultivez mon champ, au lieu d'aller au cabaret. Ste Barbe ordonne-t-elle qu'on s'enivre pour lui faire honneur, et que je manque de blé cette année?" Le maître-valet lui dit: "Monsieur, vous voyez bien que je serais damné si je travaillais dans un si saint jour. Ste Barbe est la plus grande sainte du paradis; elle grava le signe de la croix sur une colonne de marbre avec le bout du doigt; et du même doigt, et du même signe, elle fit tomber toutes les dents d'un chien qui lui avait mordu les fesses: je ne travaillerai point le jour de Ste Barbe."


Mon parent envoya chercher des laboureurs luthériens, et son champ fut cultivé. L'évêque de Porentru l'excommunia. Mon parent en appela comme d'abus; le procès n'est pas encore jugé. Personne assurément n'est plus persuadé que mon parent qu'il faut honorer les saints; mais il prétend aussi qu'il faut cultiver la terre.

Je suppose en France environ cinq millions d'ouvriers, soit manoeuvres, soit artisans, qui gagnent chacun, l'un portant l'autre, vingt sous par jour, et qu'on force saintement de ne rien gagner pendant trente jours de l'année, indépendamment des dimanches: cela fait cent cinquante millions de moins dans la circulation, et cent cinquante millions de moins en main-d'oeuvre.

Quelle prodigieuse supériorité ne doivent point avoir sur nous les royaumes voisins qui n'ont ni Ste Barbe, ni d'évêque de Porentru! On répondait à cette objection que les cabarets, ouverts les saints jours de fête, produisent beaucoup aux fermes générales(1).


Mon parent en convenait; mais il prétendait que c'est un léger dédommagement; et que d'ailleurs, si on peut travailler après la messe, on peut aller au cabaret après le travail. Il soutient que cette affaire est purement de police, et point du tout épiscopale; il soutient qu'il vaut encore mieux labourer que de s'enivrer.


J'ai bien peur qu'il ne perde son procès.


(1) en français d'aujourd'hui: aux impots

n'allez pas en déduire que je suis un vieux réac ( vous pouvez si vous voulez ça m'indiffère ) les 35 heures je n'y connais rien et je m'en fiche mais, dans le fond, il y avait plus de bon sens et d'esprit chez voltaire que dans le cerveau de bien de nos économistes.

j'ai l'impression que je plombe l'ambiance avec voltaire non ?

allez, pour me faire pardonner un truc qui m'a fait rire ( j'ai une ame simple )

mercredi 15 août 2007

flemme comac

un petit tour en passant, après tout c'est les vacances même si il ne fait pas beau ( puissante l'entrée en matière non ?)


Quelques mises au point , addendums et réparation d'oublis suite au message précédent.


Retour sur le red :


mon truc sur red garland était tout compte fait assez lapidaire bien qu'il ne prétendisse pas à l'exhaustivité – vachement bien dit hein ?


Christian, sagace comme à l'accoutumée, me fait observer l'air de rien que je n'ai pas parlé, à propos des enregistrements du red avec miles de l'album « workin' ».


Je dis ça puisqu'il cite en lousdé it never entered my mind qui se trouve de fait sur cet album.

Il a parfaitement raison dans son reproche implicite puisqu'il s'agit d'un des plus beaux albums du quintet et qu'il comporte notamment, lui aussi comme le « milestone », un morceau en « trio intégral » encore une fois dédié à ahmad jamal. Cela démontre en tant que de besoin la grande estime dans laquelle miles tenait et red et ahmad.

Dernière réparation d'étourderie. Je m'aperçois également que, linotte que je suis, je n'ai absolument pas mentionné les enregistrements de coltrane chez Prestige avec red garland, notamment par exemple ceux là :





















bon vous conviendrez que ce n'est quand même pas rien....

GOSSIP!

Un peu de potins sans intérêt :

je vous signale que j'ai appris dans mes pérégrinations diverses que :

lorraine gordon, la veuve de max gordon créateur du village vanguard et toujours animatrice du club, avait été la première femme d' alfred lion, l'homme de blue note. Incroyable non ? Que font Gala et la police ?

Au sujet du vanguard, je vous signale , pour vous faire enrager bien sur, que j'ai d'ores et déjà « booké » une soirée dans ce club mythique pour le 27 septembre, car je serai à new york à cette époque, pour voir le vétéran slide hampton. Je vous en reparlerai à mon retour, si je reviens, aller savoir..., je pense faire d'autres lieux swinguants à cette occas. Vous serez tenus informés les premiers.

Autres potins: j'ai découvert que regina Carter, la violoniste de detroit était la cousine de james carter , lui aussi de detroit. Je remonte l'arbre généalogique des carter pour en débusquer d'autres.

Dernière actualité: lien vers la rubrique « people » de l' international herald tribune où vous apprendrez que le pauvre fats domino ( je sais pas vous, mais moi j'aaaaadore fats, symbole de la bonne humeur et du talent de la nouvelle orleans ) a récupéré ses disques d'or.
Si vous avez suivi vous savez qu'il avait subi de plein fouet les effets de katrina et qu' on l'a cru un moment noyé. Ouf, je respire .

La prochaine fois je vous parlerai des producteurs. Je déflore le sujet: il est certain que beaucoup des trésors que nous pouvons écouter aujourd'hui sont dus, évidemment aux musiciens avant tout, mais que le rôle de certains producteurs a été déterminant ( par exemple bob thiele pour john coltrane mais ce n'est pas très original ). donc je vous en cause sur la prochaine fois. Reste à savoir quand sera la prochaine fois. Bof nous verrons bien...

dimanche 5 août 2007

red's good groove

vous vous souvenez de rufus harley ? Mais si, le gonze qui joue de la cornemuse ( sac à tuyaux in english ) et dont je vous causais la semaine dernière. Ca y est , vous remettez ?

Comme je vous le disais je localisais bien le rufus mais je n'avais jamais entendu une note sortir de son engin spécial. Grâce à milady, nous avons tous pu nous délecter du son charmeur du biniou, c'est le cas de le dire, du rufus.

Mieux encore ( mais peut on, par essence, faire mieux que milady ? ); l'excellent blog « pharaohsdance » vient de publier un enregistrement de rufus. Vous le trouverez là :



http://pharaohs-dance.blogspot.com/

je pense que vous pouvez le télécharger sans vous mettre dans l'illégalité, pharaosdance ne publiant que des enregistrements vynils, jamais réédités ni sous cette forme ni en CD ( si problèmes ne comptez pas sur moi pour vous payer un avocat ! ).

du coup , rufus, qui était mon triangle des bermudes jazzique, est maintenant complètement situé sur la carte. Une question demeure : pharaohmachin lit il mon blog ou s'agit il d'une coïncidence ? J'ai un peu de mal à croire aux coïncidences sur un sujet qui intéresse si peu de monde, même de par le vaste univers...

bon, autre chose: vous avez remarqué comme moi, et j'en causais récemment, la propension hallucinante qu'ont les magazines spécialisés à user et abuser des numéros spéciaux ( spécial coltrane, spécial miles, spécial B3, j'attends avec impatience le spécial cornemuse qui, selon toute logique, devrait intégralement être consacré à...rufus harley! ). cette formule n'a que des avantages:


-pour le magazine, fréquemment dans une situation de trésorerie légèrement obérée ( cf au travers du temps les divers avatars de jazz hot qui ne bénéficie pas contrairement à son frère ennemi jazzmag du soutien financier du groupe frank ténot ), ça fait vendre des exemplaires, avec un prix au numéro un peu majoré.


-Pour le lecteur ancien dans la fonction, c'est toujours bon d'avoir une somme complète mettant à jour ses connaissances et bénéficiant des dernières découvertes de la recherche jazzique.


-Pour les jeunes générations ( notez que je n'aime pas les jeunes, ni les vieux d'ailleurs ) ça permet de découvrir complètement un artiste ou un style etc.


donc, puisque ça se fait et que gaston tient absolument à être up to date, aujourd'hui numéro spécial. Mais spécial quoi d'abord ? Et bien spécial RED GARLAND. Vous n'en croyez pas vos yeux hein ? Tiens y'a des jours où je me demande si vous me méritez.

vous connaissez tous red garland ( garland veut dire guirlande mais ça n'a aucun rapport avec sa musique c'est juste pour faire l'intéressant ) de par sa participation à certains des meilleurs enregistrements de la période prestige de miles davis.


Je vous raconte pas sa vie vous la trouverez dans tous les bons dictionnaires.

Toutefois indispensable de savoir que le red était né en 1923 à dallas et qu'il est mort en 1984 à dallas aussi. Ça a l'air de rien mais ça a son importance. En effet, notre texan est retourné dans sa ville natale en 1966, abandonnant tout espoir de faire une carrière nationale ou internationale à la différence d'un de ses modèles ahmad jamal. Tout ça en raison des ennuis de santé de sa vieille mère infirme dont il a tenu à s'occuper jusqu'à la fin. ( belle histoire non ? et édifiante avec ça )


en 1966 red n'a que 43 ans et c'est un peu jeune pour prendre sa retraite. De fait, bien que des enregistrements, excellents, de red existent après cette date, sa carrière sera très modeste et il continuera certes à se produire mais dans des trucs un peu miteux jusqu'à sa mort. Dans un forum d'all about jazz, sa petite fille confirme cette dévotion familiale assez étonnante.


Faut dire que le red prenait dès le départ la carrière musicale un peu par dessus la jambe puisque sa première ambition était de devenir boxeur professionnel, ce qu'il a d'ailleurs été jusqu'en 1946 ( catégorie poids léger ) avec une trentaine de combat ( désolé je n'ai pas les résultats détaillés ).


deux informations supplémentaires d'inégal intérêt:


-son surnom vient du fait qu'il s'était , par pure provocation, teint les cheveux en rouge ( pré-punk attitude par le fait ) .


-il avait à philadelphie rencontré john coltrane avec lequel il s'était lié assez étroitement et c'est lui qui aurait recommandé coltrane à miles.


Quoiqu'il en soit c'est chez miles que sa carrière prendra un vrai virage et que sera constitué une des plus belles rythmiques de l'histoire ( garland-paul chambers- philly joe jones ). écoutez là dans n'importe lequel des disques de miles de cette époque et vous serez sidérés par son efficacité et son swing.


Celui là par exemple est un must de ce point de vue.

En bonus vous aurez le fameux Billy Boy que miles lui a concédé en trio, en hommage à ahmad jamal.

À propos de swing, je ne sais pas si vous avez remarqué mais c'est devenu comme un gros mot. Plus personne ne parle de swing alors que la littérature spécialisée des années 40 par exemple s'interrogeait gravement sur sa nature, nature que personne n'a d'ailleurs jamais pu définir précisément, un peu comme celle de la sainte trinité. Je ne veux pas penser une seule seconde que ce désintérêt pour le swing viendrait de son absence dans la production actuelle ? Quoique...

bon, de cette période, au hasard de ma discothèque, y a tout ça aussi qu'est vachement bien et , de plus, facile à trouver.


Subséquemment à ce travail chez miles, red, pendant cette période, a enregistré un paquet de disques sous son nom, le plus souvent chez prestige. Ci dessous lien vers sa discographie pour vous éviter de chercher :

http://www.jazzdisco.org/garland/cat/


ces disques sont soit en petite formation avec le plus souvent son ami john coltrane et donald byrd qui tient le rôle de miles. Vous avez ça facile à trouver et absolument génial:




et quelque chose d'un peu différent mais aussi fantastique avec pepper adams et blue mitchell:



le titre de l'album « good groove » est vraiment un manifeste de l'art de red.
En effet, loin de l'austérité tourmentée et géniale de bud powell, de la magnificience baroque d' errol garner, du dandysme de winton kelly, de l'évanescence harmonique de bill evans ou de la furia frénétique d' horace silver par exemple, red garland n'a qu'un souci: swinguer!


Il le fait sous tous les modes, avec une grande prédilection pour le jeu en blocks chords dont il est, après milt buckner et avant gene harris, un des maîtres incontestés.


Ce sens premier du swing n'oblitère pas un goût extrêmement sur, une élégance naturelle et une maîtrise absolue du tempo.


En fait red est un pianiste comme on n'en fait plus. Dissimulant son énorme talent sous une modestie non feinte ( alors que tant d'autres dissimulent leur absence de talent sous une insolente absence de modestie; j'ai les noms!)


pour apprécier complètement ce grand artiste, les enregistrements en trio sont idéals ( idéaux ? Bof ), fréquemment avec paul chambers et art taylor, parfois augmentés-qui s'en plaindrait- de ray barreto. Au hasard ceux là vous feront l'affaire:


mais il y en a bien sur plein d'autres.


Dernier détail.méfiez vous de ce qu'on raconte. De mauvaises langues ,ici comme aux états unis, ont insinué que red garland n'aurait été qu'un pianiste de bar ( cocktail pianist chez les amerloques ). comme vous le savez on a dit la même chose d'art tatum. Et puis quoi, les bars c'est quand même plus sympa que le stade de france non ?


Allez, goinfrez vous de red garland vous ne le regretterez pas .


PS:


Merci à christian d'avoir fait un effort pour les disques curieux.


Tiens, aujourd'hui je vous propose ça:


c'est pas très lisible mais c'est tout ce que j'ai. Ce disque est hyper connu: il s'agit d'un enregistrement de sydney bechet où notre sydney joue, en re recording, de tous les instruments de l'orchestre. étonnant non ?