Et je serais assailli de messages me réclamant du elmo. Elmo!elmo!elmo! Beugleriez vous, avides d'en savoir plus. Au lieu de ça, silence total; preuve que vous n'écoutez rien. Enfin, vous m'auriez réclamé elmo que, têtu comme je suis , je ne vous en aurais jamais causé, mais comme vous ne dîtes rien je vais me faire un malin plaisir de vous saouler avec elmo... de quoi s'agit il exactement. Elmo hope était simplement un des plus grands pianistes bebop que le monde du jazz ait enfanté. Ça vous la coupe non ? Et ça vous étonne vous qui n'avez jamais entendu causer de cet elmo, tout occupés que vous êtes à refaire vos calculs budgétaire après la censure par le conseil constitutionnel de la disposition relative à la déductibilité des intérêts afférents à l'emprunt pour votre résidence principale. C'est ça hein ? Je sens que je m'égare non ?
Revenons à nos elmo(s?). en fait à elmo hope car il n'y a qu'un elmo. Ah oui tout de suite car sinon je vais oublier: hope donc a été prénommé elmo en hommage au saint patron des pêcheurs qui s'appelait elmo. C'est pas de l'info ça ?
Plus sérieusement. Infos biographiques : né en 1923 mort en 1967, à 44 ans donc. Ça c'est fait.
La vie d'elmo est déplorable et triste à pleurer.du zola. Pour faire court sachez qu'il se destinait à la musique classique et qu'il a donné des récitals de ce genre au début de sa carrière . Réalisant assez rapidement qu'il n'avait aucun avenir là dedans pour un afro américain de l'époque, il est passé à autre chose ( remarquez il aurait pu y penser avant, c'est tout elmo ça ).
il avait quand même un peu de bol puisque , adolescent, ses meilleurs amis s'appelaient bud powell et thelonious monk, avec lesquels- surtout bud- il passait son temps à écouter des disques . Il y a pire comme prédispositions.
Pour le reste sa vie a été une quasi longue dérive dans des établissements miteux, partie sur la côte est , partie sur la côte ouest ( il n'y a pas aux états unis de côte sud ni de côte nord ) dont il prétendait que l'air était meilleur pour ses bronches , ce qui ne l'a pas empêché de mourir d'une pneumonie , comme quoi tout ça allez. Bien sur, car il ne se refusait rien, l'addiction à la drogue a fait plus que le guetter et il a passé pas mal de sa courte vie à l'abri des prisons d'oncle sam, notamment au pénitencier de riker's island dont il se souviendra en 1963 à l'occasion d'un disque ( je vous raconte ça plus bas si je vais jusqu'au bout ).
quelques moments de calme lui ont quand même permis de faire 3 ( trois) enfants avec sa femme bertha hope, elle aussi pianiste dont les gazettes spécialisées disent beaucoup de bien mais dont, j'en ai honte, je n'ai jamais entendu une note.
Bon passons à la musique. Il y a deux elmo (s?) le sideman. Très tôt avec joe morris, compère de johnny griffin, tous deux ex hamptoniens, comme elmo d'ailleurs fugacement ( mais qui n'a pas été hamptonien à cet époque ? ) ces disques sont aujourd'hui très difficiles à trouver, puis avec lou donaldson dans ses premières oeuvres chez blue note:

avec clifford chez blue note aussi :
pour la côte ouest c'est surtout avec harold land qu'on peut apprécier le elmo, notamment dans ce très très bon disque , un quintet de oufs où sévit un des batteurs les plus sous estimés: frank butler que l'on va retrouver un peu plus loin, si j'y arrive :
et le elmo leader en trio, c'est là qu'il est littéralement tuant. Il y a plusieurs disques enregistrés sur la côte est, chez blue note ou prestige:


et puis, selon moi, son chef d'oeuvre:

un trio avec jimmy bond ( non pas 007) et , encore , le magistral frank butler. À part un standard, que des originaux merveilleux de hope.
Alors que le très surestimé herbie nichols ( auquel je ne comprends rien ) fait posthumement parler de lui, notre pauvre elmo est aux abonnés absents des trompettes ( bien qu'il jouât du piano ) de la renommée; son style unique et magnifique,grave, profond, est ravalé à celui d'un épigone de bud et monk; ce qui est une illusion d'optique historique.
Il existe quelques disques d'elmo en leader avec souffleurs dont celui là dont j'adore la photo, moins la musique
et celui là dont j'adore la musique, un des derniers enregistrés en 63 avec john gilmore et philly joe. Dédié à rikers island dont je vous causais plus haut et que, semble t il, les participants à la séance avaient tous connu en villégiature.

Comme vous le savez je pense qu'il ne sert à rien de faire de la littérature avec la musique , sauf à se faire plaisir; tout ce qui vous reste à faire ( toutes choses cessantes bien sur ) c'est de vous précipiter écouter du elmo et de m'en donner des nouvelles.
À propos d'autres choses:
il ressort maintenant à gros jets des rééditions insensées de trucs des sixties qu'on ne soupçonnait même pas. Des « lost and found » par centaines, enfin par dizaines. En particulier des trucs qui n'avaient jamais été édités à l'époque. C'est particulièrement le cas chez blue note. Vous connaissez la mésaventure de ce pauvre tina brooks dont un seul disque en leader a été édité de son vivant.
Ce dont je voulais vous causer c'est d'une récente, on ne peut pas dire en ce cas réédition, sortie d'un disque de dexter gordon de 1965 jamais édité « previously »:

bien que le personnel soit superlatif ( barry harris, hubbard, billy higgins...) je comprends qu' alfred lion ne l'ait pas à l'époque jugé digne d'un lancement sur le marché. Si dexter joue parfaitement du dexter, le reste n'est pas à la hauteur de ses enregistrements habituels chez blue note et curieusement freddie hubbard n'est pas dans un bon jour et « claironne » parfois un tantinet soit peu, ce qui lui arrivait épisodiquement ( bien qu'il soit avec clifford et lee morgan un des mes préférés trompettistes du genre ).
c'est quand même très bien et je suis content qu'il ait été enfin édité.
Dernière info
vous vous souvenez peut être que je vous avais causé du pianiste alain mayeras, vu en concert et dont j'avais repéré ce disque:

je m'extasiai alors sur son goût pour les décolletés, gage selon moi de santé morale, mais je n'avais pas encore tout vu. Sur un forum j'ai, à mon immense stupéfaction, découvert la pochette de ce disque dans lequel officie le susdit mayeras :

compte tenu de ce que nous avons appris sur son compte précédemment il est bien évident que le mayeras est l'inspirateur, voire pire le photographe, de cette pochette ( nous connaissons trop le sérieux de daniel huck pour imaginer qu'il soit à l'origine d'une chose pareille ).
see you soon!
