Résumé des épisodes précédents. Nous avions laissé Hank en 1954 , à 24 ans donc encore très jeune mais doté d'une riche expérience . Rappelons le séjour chez le R&B man Paul Gayten, chez dizzy, chez duke ellington même fugacement, chez max roach etc.
je ne vous refais pas la création des jazz messengers. C'est fait, la coopérative est lancée. L'aventure durera 2 ans jusqu'en 1956 où les problèmes entre les musiciens feront éclater le groupe. Pour être honnête ces problèmes étaient essentiellement liés à la toxicomanie , genre dans lequel malheureusement hank excellera pratiquement tout au long de sa vie.
En 1954 donc il rencontre 3 personnes qui marqueront durablement sa carrière, particulièrement le dernier : Silver, Blakey et Alfred Lion le producteur des disques blue note.
Une étude discographique serait, pour hank comme pour tout musicien, très fastidieuse, je ne m'y livrerai donc pas mais quand même :
le 13 novembre 1954 premier blue note, premier enregistrement d'un orchestre qui battra des records de longévité: les Jazz Messengers :. Kenny Dorham, Hank Mobley, Horace Silver, doug Watkins et bien sur Art Blakey. 4 titres sont enregistrés dont déjà une composition de silver qui deviendra un quasi standard : Doodlin'.
l'année 1955 sera exceptionnelle :

le 30 janvier la coopérative augmentée de cecil payne au baryton ( et percy heath à la place de doug watkins ) commence l'enregistrement de ce qui est aujourd'hui un classique blue note : afro cuban sous le nom de kenny dorham.
En février, premier concert public des JM au « blue note » ( décidément ) de Philadelphie. Excellent accueil du public et des critiques. Comme noté auparavant les jazz messengers apportent quelque chose de nouveau, grâce à la manière de silver conjuguée à la fougue de blakey. Le retour au « back beat « , aux racines du blues et du gospel mais sans renier les avancées du bebop ( rappelons quand même que blakey a été le batteur fétiche de Thelonious monk et qu'il restera son complice toute sa vie ) .
un mot de cette front line de rêve dorham/mobley. Dorham est le trompettiste le plus délicat qu'on puisse imaginer. Son jeu est toujours d'une extrême poésie mais, à la différence d'un Chet Baker, ne verse jamais dans la mièvrerie. Quant à notre héros, Hank Mobley, il fait déjà montre des qualités qui seront les siennes tout au long de sa carrière.
Leonard feather l'avait caractérisé comme le"middleweight champion of the tenor saxophone " , étiquette qui l'a poursuivi longtemps mais qui est en fait un malentendu. Hank Mobley n'est pas un musicien « poids moyen » au sens où des poids lourds le surpasseraient. Non, simplement sa manière n'est pas celle, directe, charnue, franche et impérative de Rollins, dexter gordon, Griffin ni même coltrane. A l'inverse il n'a pas l'aspect parfois éthéré, féminin d'un stan getz.
Vraisemblablement une des raisons qui ont fait sous estimer jusqu'à une période récente ce musicien tient à ce fait. Mobley est difficilement classable et n'attire pas spontanément l'oreille. La critique et le public ( je m'inclus là dedans ) aiment les musiciens, les styles aisément étiquetables . C'est commode on doit bien le reconnaître. Un tel est lestérien, tel autre coltranien ou hawkinsien. Il en va de même dans la vie publique où nous adorons tous enfermer les gens, singulièrement nos contradicteurs, dans des boîtes ( libéral, néo libéral, stalinien etc ) . Une fois le contradicteur bien sagement rangé dans sa boîte, il ne reste qu'à traiter la boîte comme le prévoit le manuel...
pour revenir à hank – j'avoue que je m'égare- il n'était pas facile à emboîter.
Ça tombait bien, kenny dorham non plus! Il formèrent donc ensemble la plus suave et la plus délicieuse équipe, personne ne dominant ni même ne souhaitant dominer l'autre, de futurs incompris.
Terminons ce premier trimestre de rêve : le 6 février ( 54 pas 34 pour les historiens...) deuxième séance des jazz messengers chez blue note où on met en boîte « the preacher » d'horace, tout un programme et une des premières compo d'hank qui en écrira pas mal : " Hankerin' "
le 20 mars , avec duke jordan et oscar pettiford notre homme accompagne le merveilleux corniste julius watkins ( surnommé the ghost en raison de sa sonorité ).
deux jours après Hank participe à la suite de l'afro cuban de kenny dorham.
Naissance du hard bop dont on a déjà parlé. La situation était mure. Le public était lassé de trop de sophistication et l'argent commençait à arriver , notamment pour le label Atlantic, pour ceux qui allaient faire autre chose. Malheureusement, pour hank l'argent...
l'orchestre des jazz messengers ou plutôt horace silver et les jazz messengers va donc durer jusqu'en 1956 et le fleuron enregistré est « live at the cafe bohemia » en novembre 1955, comportant notamment de nouvelles compos de hank..
la suite au prochain numéro avec plein d'aventures, de capes et même d'épées et surtout la rencontre en 1956 dans les studios de rudy van gelder de, tenez vous bien, hank mobley et...lee morgan.
Pour la route, une des réponses de hank au fameux questionnaire de la baronne Nica ( quels sont les 3 voeux que vous souhaiteriez voir exaucés ) :
« un endroit où l'on pourrait jouer SANS QUE LES GENS PASSENT LEUR TEMPS A VOUS COMPARER A QUELQU'UN D'AUTRE!...et où il y aurait un livret sur la table qui parlerait du musicien ... »
Allez on en reparle